Avenir énergétique de la Tunisie : Un trésor inexploité

Alors que la Tunisie traverse une crise énergétique sans précédent, devenue importatrice nette d’hydrocarbures, une récente analyse révèle que le pays pourrait être assis sur un véritable trésor énergétique.

Avec des réserves non découvertes estimées à près de 4 milliards de barils de pétrole dans le bassin pélagien offshore et des ressources de gaz de schiste évaluées à 4,25 trillions de mètres cubes, la Tunisie se trouve à un tournant stratégique. L’accord historique de 19 millions de dollars pour le projet El Borma témoigne d’un regain d’intérêt international pour ce potentiel inexploité.

Un déclin qui perdure depuis quatre décennies

Les chiffres témoignent d’une chute vertigineuse. La production pétrolière tunisienne, qui avait atteint son apogée en 1980 avec 117.000 barils par jour, s’est effondrée pour ne plus représenter que 28.800 barils quotidiens en 2024. Cette dégringolade de plus de 75% en quatre décennies illustre l’épuisement progressif des gisements historiques du pays, principalement El Borma et Ashtart, qui représentent encore 85% de la production nationale.

Cette situation a des répercussions économiques dramatiques. La Tunisie, autrefois exportatrice d’hydrocarbures, est devenue importatrice nette d’énergie dès 2012. Le déficit énergétique a atteint un record de 4,7 millions de tonnes équivalent pétrole en 2017, pesant lourdement sur une balance commerciale déjà déficitaire. Les dernières données de mars 2025 confirment cette tendance avec une production mensuelle de pétrole brut de seulement 833.106 barils.

Cette dépendance énergétique croissante intervient dans un contexte économique difficile. Avec un taux de chômage dépassant 16% et une dette publique croissante, la Tunisie ne peut plus ignorer les ressources de son sous-sol. L’importation massive d’hydrocarbures grève le budget de l’État et limite sa capacité d’investissement dans d’autres secteurs.

Le départ successif de grandes compagnies pétrolières internationales comme Marathon, Total et Shell témoigne des difficultés rencontrées dans l’exploration. Découragées par des résultats peu probants, ces multinationales ont préféré concentrer leurs efforts sur d’autres régions, laissant la Tunisie avec un nombre réduit d’opérateurs et des investissements insuffisants.

Un potentiel colossal sous nos pieds

Pourtant, derrière ce tableau sombre se cache une réalité différente. Les études géologiques récentes révèlent que la Tunisie dispose d’un potentiel inexploité considérable qui pourrait transformer son paysage énergétique. Le bassin pélagien offshore, qui s’étend des côtes nord du pays jusqu’à la Libye, recèlerait des réserves non découvertes estimées à 3,97 milliards de barils de pétrole, selon une étude américaine de référence. Cela représente près de dix fois les réserves prouvées actuelles du pays.

Cette zone offshore, largement sous-explorée depuis les années 1990, présente des caractéristiques géologiques exceptionnellement favorables. Les formations sédimentaires mésozoïques et cénozoïques offrent des conditions idéales pour l’accumulation d’hydrocarbures, avec des analogies frappantes avec les bassins productifs de Méditerranée orientale qui ont donné naissance aux découvertes géantes au large d’Israël et de Chypre.

Le potentiel tunisien ne s’arrête pas aux ressources conventionnelles. Les ressources non conventionnelles représentent peut-être la véritable révolution énergétique qui attend le pays. Les réserves de pétrole de schiste sont évaluées à 1,5 milliard de barils, soit plus de trois fois les réserves conventionnelles actuellement prouvées. Quant au gaz de schiste, les estimations atteignent 4,25 trillions de mètres cubes, représentant environ dix fois les réserves conventionnelles de gaz naturel du pays.

Ces chiffres, s’ils se confirmaient par l’exploration, placeraient la Tunisie dans une position géostratégique totalement différente en Méditerranée. Le pays pourrait non seulement retrouver son autonomie énergétique, mais également redevenir un exportateur significatif d’hydrocarbures, générant des revenus substantiels pour financer son développement économique et social.

Un autre atout méconnu réside dans la qualité exceptionnelle des hydrocarbures tunisiens. Le pétrole tunisien est classé comme «extra-sweet», une des meilleures qualités au monde. Cette caractéristique lui confère une valeur commerciale supérieure sur les marchés internationaux et facilite son raffinage, représentant un avantage concurrentiel non négligeable.

Les zones onshore ne sont pas en reste. Contrairement aux idées reçues, plusieurs régions du Centre et du Nord du pays n’ont pas fait l’objet d’une exploration intensive. Ces zones présentent des structures anticlinales et des systèmes de failles favorables à l’accumulation d’hydrocarbures. L’accessibilité de ces zones et la proximité des infrastructures existantes représentent des avantages économiques considérables par rapport à l’exploration offshore coûteuse.

Les projets qui redonnent espoir

L’année 2025 marque un tournant historique avec la signature de l’accord de 19 millions de dollars pour le développement du champ d’El Borma. Cet accord, conclu entre le ministère tunisien de l’Industrie, des mines et de l’énergie et les multinationales Eni et Sitep, représente pour la première fois que la Tunisie figure parmi les cinq plus grands contrats pétroliers mondiaux. Cette reconnaissance internationale témoigne du regain d’intérêt pour le potentiel géologique tunisien.

Le projet El Borma s’inscrit dans une stratégie de revitalisation du plus ancien champ pétrolier commercial du pays. Exploité depuis 1966, El Borma a déjà produit plus de 500 millions de barils. La campagne de forage prévue entre 2025 et 2030 comprend neuf puits stratégiquement positionnés pour accéder à des réserves pétrolières inexplorées situées en périphérie nord du champ principal. L’utilisation de techniques de forage latéral permettra d’atteindre des zones précédemment inaccessibles.

Parallèlement, le projet Zarat dans le golfe de Gabès illustre l’évolution vers des techniques d’exploration plus sophistiquées. Avec un investissement minimum de 10 millions de dollars récemment renouvelé, ce permis de 736 kilomètres carrés bénéficie de la proximité de plusieurs champs pétroliers productifs. L’équipe multidisciplinaire a identifié cinq structures prometteuses, dont la structure Elyssa sélectionnée comme objectif prioritaire.

Le retour d’Eni, opérateur historique en Tunisie depuis 1961, symbolise cette renaissance. La compagnie italienne renforce sa présence dans le cadre de sa stratégie méditerranéenne. Cette confiance renouvelée des investisseurs internationaux s’explique en partie par les réformes réglementaires entreprises par les autorités tunisiennes. Le Code des Hydrocarbures de 2022 a introduit des simplifications administratives et des incitations fiscales qui améliorent l’attractivité du pays pour les investisseurs étrangers. Ces réformes, combinées à une stabilité politique relative, créent un environnement plus favorable aux investissements dans l’exploration pétrolière. Les 38 blocs libres actuellement disponibles offrent des opportunités diversifiées.

L’innovation technologique joue également un rôle crucial. Les techniques de récupération assistée, notamment l’injection d’eau et de gaz, offrent des perspectives d’augmentation de la production des champs matures. L’application de ces technologies aux gisements historiques pourrait permettre de récupérer des quantités significatives d’hydrocarbures résiduels.

Les défis à surmonter

Malgré ce potentiel prometteur, plusieurs obstacles majeurs doivent être surmontés. Les défis techniques représentent le premier écueil. L’exploitation des ressources non conventionnelles nécessite des technologies avancées de fracturation hydraulique et des investissements considérables en infrastructure. Ces techniques soulèvent des préoccupations environnementales concernant la contamination des nappes phréatiques et l’activité sismique induite.

Les contraintes financières constituent un autre défi de taille. L’exploration offshore en eaux profondes et l’exploitation des formations géologiques complexes nécessitent des investissements massifs que seules les grandes compagnies internationales peuvent assumer. La Tunisie doit créer un cadre attractif pour attirer ces investisseurs tout en préservant ses intérêts nationaux.

L’instabilité politique post-2011 a également pesé sur l’attractivité du pays. Bien que la situation se soit stabilisée, les investisseurs internationaux restent prudents face aux risques géopolitiques régionaux. La construction d’un consensus national autour de la politique énergétique constitue un prérequis essentiel pour rassurer les partenaires internationaux.

Les enjeux environnementaux ne peuvent être ignorés. L’exploitation intensive des hydrocarbures, particulièrement des ressources non conventionnelles, doit s’accompagner de mesures strictes de protection de l’environnement. La Tunisie doit développer un cadre réglementaire environnemental robuste et des capacités de contrôle adaptées aux nouvelles technologies d’extraction.

 

Une opportunité historique à saisir

La Tunisie se trouve aujourd’hui à un carrefour énergétique crucial. Le potentiel inexploité identifié par les études récentes offre une opportunité historique de transformation économique. L’exploitation de ces ressources pourrait non seulement résoudre la crise énergétique actuelle, mais également générer des revenus substantiels pour financer le développement du pays et créer des milliers d’emplois.

Cette renaissance énergétique nécessite une stratégie nationale cohérente. Les autorités tunisiennes doivent poursuivre les réformes réglementaires, investir dans la formation de personnel spécialisé et développer les infrastructures nécessaires. La coopération avec les pays voisins, notamment dans les zones frontalières prometteuses, pourrait ouvrir de nouvelles perspectives d’exploration.

L’enjeu dépasse largement le secteur énergétique. Il s’agit de redonner à la Tunisie une position géostratégique forte en Méditerranée et de créer les conditions d’une croissance durable. Avec des réserves potentielles qui pourraient placer le pays parmi les producteurs significatifs de la région, la Tunisie dispose de tous les atouts pour écrire un nouveau chapitre de son histoire énergétique.

Le temps presse cependant. Dans un contexte de transition énergétique mondiale vers les énergies renouvelables, la fenêtre d’opportunité pour valoriser ces ressources fossiles ne restera pas ouverte indéfiniment. La Tunisie doit agir rapidement pour transformer ce potentiel géologique en réalité économique, offrant ainsi à ses citoyens un avenir énergétique plus prospère et autonome.

Cet article s’appuie sur l’analyse complète «Le Potentiel Inexploité en Hydrocarbures en Tunisie» datée du 16 juillet 2025, qui compile les données les plus récentes sur les réserves et projets d’exploration du pays.

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