Bayer Crop Science : quelles ambitions pour l’agriculture tunisienne à l’horizon 2030 ?

Sécheresse, stress hydrique, pression des ravageurs et nécessité de préserver les rendements : l’agriculture tunisienne fait face à des contraintes qui imposent de repenser les pratiques et les moyens de protection des cultures. Dans ce contexte, l’innovation scientifique et technologique est appelée à jouer un rôle croissant, à condition de répondre aux réalités du terrain et aux besoins des agriculteurs.

C’est dans cette perspective que Bayer Crop Science a accueilli, les 15 et 16 octobre 2026, des journalistes de Tunisie, d’Algérie et du Maroc sur plusieurs de ses sites de la région lyonnaise. Cette immersion a permis de découvrir les différentes étapes de la chaîne d’innovation du groupe, de la recherche en laboratoire à la formulation et au conditionnement des produits, en passant par les applications de l’intelligence artificielle et les partenariats avec les acteurs de l’écosystème agricole.

Au Centre de Recherche de La Dargoire, qui réunit près de 200 chercheurs, les échanges ont notamment porté sur les nouvelles approches de recherche en protection des cultures, dont CropKey, ainsi que sur l’apport de l’analyse des données et de l’intelligence artificielle dans le développement de solutions ciblées. La visite du site industriel de Villefranche-Limas a, quant à elle, permis d’appréhender les enjeux liés au passage de la recherche à la production.

Mais au-delà des technologies présentées, comment faire en sorte que ces avancées puissent se traduire en solutions concrètes pour les agriculteurs tunisiens, confrontés à la raréfaction de l’eau, à l’évolution des conditions climatiques et aux résistances des bioagresseurs ?

Dans cet entretien accordé à Réalités Online, Amina L’Kima, directrice générale de Bayer Maroc et directrice de la division Crop Science de Bayer en Afrique du Nord, revient sur la place de la Tunisie dans la stratégie régionale du groupe, ses perspectives de développement à l’horizon 2030 et les innovations susceptibles d’enrichir son portefeuille de solutions sur le marché tunisien. Elle évoque également les  solutions actuellement en cours d’homologation en Tunisie, dont des solutions biologiques, ainsi que les partenariats scientifiques et techniques mobilisés pour accompagner leur éventuelle mise à disposition. INTERVIEW.

Quel est le poids de la Tunisie dans les activités de Bayer Crop Science en Afrique du Nord ? Quels sont vos chiffres clés pour 2025 : chiffre d’affaires, effectifs, investissements et part du marché tunisien ?

La Tunisie est un marché important pour Bayer Crop Science en Afrique du Nord. Le pays dispose d’un secteur agricole dynamique et d’une grande diversité de productions, qui en font un acteur clé de l’agriculture dans la région. Certes, comme de nombreux pays de la région, la Tunisie est confrontée à des défis liés à la gestion de l’eau, à l’évolution des conditions climatiques et à la compétitivité des filières agricoles, mais ces enjeux s’accompagnent également d’une forte capacité d’innovation et d’adaptation des acteurs du secteur.

Nous ne communiquons pas publiquement sur nos chiffres d’affaires, nos parts de marché ou nos investissements par pays. Ce que nous pouvons souligner, en revanche, c’est la place importante qu’occupe la Tunisie dans nos activités en Afrique du Nord et dans notre vision d’une agriculture plus productive, plus résiliente et plus durable.

Cette importance se traduit notamment par notre présence de longue date auprès des agriculteurs et par les collaborations que nous avons développées avec les différents acteurs de l’écosystème agricole tunisien. À travers des solutions scientifiques, des essais terrain, des démonstrations, des actions de formation et des partenariats avec les institutions locales, nous cherchons à accompagner au plus près les besoins du terrain.

Plus largement, la Tunisie joue un rôle important dans notre ambition régionale de mettre la science, l’innovation et les partenariats au service d’une agriculture durable et créatrice de valeur pour les agriculteurs.

Quelles sont vos ambitions en Afrique du Nord à l’horizon 2030 ? Quels objectifs chiffrés et quels investissements prévoyez-vous, particulièrement en Tunisie ?

Notre ambition est d’accompagner les agriculteurs dans leur transition vers une agriculture toujours plus productive, résiliente et durable. Cela passe par l’innovation scientifique, l’accompagnement technique, le développement de nouvelles solutions, les partenariats et le partage des connaissances.

En Afrique du Nord, les priorités restent étroitement liées aux grands défis de la région : gestion plus efficiente des ressources, adaptation au changement climatique, protection des cultures et sécurité alimentaire.

Nous souhaitons également poursuivre le renforcement des partenariats avec les acteurs de la recherche, de l’innovation et du développement agricole afin d’accélérer le transfert des connaissances et l’adaptation des innovations aux réalités locales.

À l’horizon 2030, notre ambition en Afrique du Nord est de continuer à accompagner les agriculteurs vers une agriculture plus productive, plus résiliente et plus durable, en associant innovation et proximité sur le terrain. En Tunisie, cette ambition se traduit concrètement par 15 solutions en cours d’homologation, parmi lesquelles figurent certaines des dernières innovations de Bayer, notamment des solutions biologiques.

Notre objectif est de les rendre progressivement accessibles aux agriculteurs tunisiens à l’horizon 2030, sous réserve de l’obtention des homologations nécessaires.

Parallèlement, nous souhaitons renforcer notre accompagnement de proximité et le partage de notre expertise technique pour aider les agriculteurs à tirer pleinement parti de ces innovations. Nous nous appuyons pour cela sur nos cinq distributeurs partenaires, dont deux ont récemment rejoint notre réseau, avec lesquels nous travaillons à développer notre gamme de solutions et à la rendre accessible au plus près des besoins du terrain.

Comment les innovations en matière d’intelligence artificielle et de protection des cultures bénéficieront-elles concrètement aux agriculteurs tunisiens ? Quelles solutions sont prévues et selon quel calendrier ?

L’un des principaux enseignements de la visite du Centre de Recherche de La Dargoire est que l’intelligence artificielle joue désormais un rôle important dans la recherche agricole. Elle permet notamment de mieux analyser les données, d’accélérer certaines étapes de la recherche et d’identifier plus rapidement les solutions les plus prometteuses.

Les agriculteurs tunisiens bénéficient déjà aujourd’hui des avancées issues de la recherche mondiale de Bayer à travers les solutions et l’accompagnement proposés sur le terrain. L’objectif est de continuer à mettre l’innovation au service des agriculteurs afin de les aider à mieux protéger leurs cultures, à optimiser l’utilisation des ressources et à faire face aux défis climatiques.

Concernant les futures innovations, leur mise à disposition repose sur des processus de recherche, d’évaluation et d’homologation rigoureux. Notre priorité reste de développer des solutions répondant aux besoins des agriculteurs tout en garantissant les plus hauts standards de qualité, de sécurité et de performance.

Notre portefeuille en cours d’homologation en Tunisie comprend notamment des solutions biologiques ainsi que des innovations insecticides et fongicides issues de la recherche Bayer. L’objectif est d’élargir les possibilités offertes aux agriculteurs pour protéger leurs cultures contre les ravageurs et les maladies, dans une démarche de protection intégrée.

Leur introduction est envisagée progressivement à l’horizon 2030, sous réserve de l’obtention des homologations et selon les usages autorisés. Ce déploiement sera accompagné de démonstrations sur le terrain, de formations et d’un appui technique, en collaboration avec nos distributeurs partenaires, afin d’aider les agriculteurs à intégrer ces innovations dans leurs pratiques.

Quels sont les principaux défis propres à l’Afrique du Nord ? Comment adaptez-vous vos solutions à la sécheresse, au stress hydrique, aux résistances des ravageurs et aux contraintes économiques des agriculteurs ?

En Afrique du Nord, et particulièrement en Tunisie, les agriculteurs sont confrontés à des défis majeurs liés au stress hydrique, au changement climatique, à la protection des cultures et à la nécessité de maintenir la productivité de manière durable.

Pour y répondre, Bayer combine innovation scientifique et accompagnement de proximité. Les travaux menés au Centre de Recherche de La Dargoire mobilisent notamment la biologie, la chimie, l’intelligence artificielle et la science des données afin de développer des solutions plus ciblées face aux maladies, aux ravageurs et aux autres défis agricoles.

Face au défi croissant des résistances, nous investissons également dans la recherche de nouveaux mécanismes d’action et déployons en Tunisie l’initiative « Résistance 360° », un programme de sensibilisation et d’accompagnement technique qui promeut les bonnes pratiques agronomiques, l’alternance des modes d’action et une utilisation raisonnée des solutions disponibles.

Enfin, nos équipes accompagnent les agriculteurs à travers des essais terrain, des démonstrations, des formations et du conseil technique afin de les aider à optimiser l’utilisation des ressources et à renforcer la résilience de leurs exploitations face aux défis climatiques et économiques.

Quels engagements concrets Bayer compte-t-il prendre envers l’agriculture tunisienne d’ici 2030 ? En matière de partenariats locaux, de formation des agriculteurs et d’accès aux nouvelles technologies, quels résultats mesurables visez-vous ?

Pour la Tunisie, notre ambition est de continuer à accompagner les agriculteurs à travers l’innovation, les essais terrain, les démonstrations, la formation et le partage de bonnes pratiques agronomiques. Nous sommes convaincus que l’innovation prend tout son sens lorsqu’elle est développée et évaluée au plus près des réalités du terrain.

Cet engagement s’appuie également sur des partenariats de long terme avec les acteurs de l’écosystème agricole tunisien, notamment des institutions académiques, des instituts de recherche et des centres techniques tels que l’INAT, l’ESAM, l’INGC et le CTPTA. Ces collaborations permettent de conduire des expérimentations dans les conditions locales, d’évaluer de nouvelles solutions et pratiques agronomiques, de partager l’expertise scientifique et de renforcer les capacités des acteurs du secteur.

Notre priorité est de faire en sorte que les avancées scientifiques et les innovations développées par Bayer se traduisent par des bénéfices concrets pour les agriculteurs tunisiens. Plus largement, nous souhaitons continuer à mettre la science, l’innovation et les partenariats au service d’une agriculture tunisienne plus productive, plus résiliente et plus durable.

 

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