Ce qu’il faut retenir de l’interview de l’ambassadrice de France

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C’est une interview qui a fait date sur les ondes de Mosaïque FM. L’ambassadrice de France en Tunisie était l’invitée d’Anis Morai. Face au journaliste, la diplomate a déroulé une feuille de route précise pour le sommet « Africa Forward », prévu les 11 et 12 mai prochains à Nairobi. Elle a aussi donné des chiffres sans détour sur les visas, les investissements et les échanges commerciaux.

« Je suis très heureuse d’être avec vous », a lancé l’ambassadrice en guise d’ouverture, avant d’être interrogée sur le sens de ce rendez-vous africain. Anis Morai a d’emblée posé la question qui fâche : « Pourquoi la France organise un forum aussi important dans un pays anglophone comme le Kenya, plutôt que dans un pays francophone d’Afrique de l’Ouest ? »
La réponse de l’ambassadrice a fusé, claire et assumée. « Le message est celui du renouveau », a-t-elle expliqué. Elle a détaillé trois dimensions dans ce choix. D’abord, la concrétisation d’un profond réajustement des relations entre la France et ses partenaires africains. Ensuite, un rejet assumé des logiques de blocs et de toute forme de néocolonialisme. Enfin, une mise en valeur du multilatéralisme africain, Nairobi étant l’un des quatre sièges des Nations unies avec New York, Genève et Vienne.
Le journaliste a enchaîné en voulant en savoir plus sur les participants. « Qui sera présent ? », a-t-il demandé. L’ambassadrice a alors détaillé trois cercles. Le premier cercle réunit les chefs d’État et de gouvernement, présents le 12 mai pour plancher sur sept chantiers prioritaires : la refonte de l’architecture financière mondiale, la transition énergétique et l’accès à l’électricité, l’industrialisation verte, l’économie bleue, l’agriculture durable, l’intelligence artificielle et le numérique, et enfin la santé.
Le deuxième cercle, a-t-elle poursuivi, est celui des entrepreneurs et du secteur privé, avec un forum d’affaires organisé le 11 mai sous le signe de l’inspiration. « Le secteur privé est très important car il faut créer des emplois pour les jeunes », a-t-elle insisté. Et c’est justement le troisième cercle : les jeunes, les artistes, les sportifs, la société civile et les représentants des diasporas africaines en France et dans le monde.
Anis Morai a ensuite recentré le débat sur l’économie. « L’Afrique comptera bientôt deux milliards d’habitants. Comment vont-ils vivre ? », a-t-il interrogé. L’ambassadrice a répondu en affirmant que la première ressource du continent, ce sont ses ressources humaines. Elle a alors sorti des chiffres précis. En 2024, a-t-elle révélé, les échanges commerciaux entre la France et l’Afrique ont atteint 65 milliards d’euros. Sur les quinze dernières années, les investissements français ont généré 500 000 emplois directs en Afrique, faisant de la France le quatrième plus grand investisseur sur le continent.
Le journaliste a relancé sur un sujet plus sensible, la réinvention du partenariat franco‑africain. « La Françafrique a eu son lot de critiques. Comment évaluez‑vous cela ? », a‑t‑il demandé. L’ambassadrice a rappelé le sommet de Paris en 2023 pour un nouveau pacte financier mondial, auquel la Tunisie a adhéré. « Il ne faut plus choisir entre lutte contre le changement climatique et prospérité économique », a‑t‑elle expliqué. Ce nouveau pacte, a‑t‑elle ajouté, est un pacte de prospérité pour la planète et les peuples, et il s’inscrit dans un refus des logiques de blocs et du néocolonialisme.
Un autre sujet brûlant a été abordé en fin d’interview. « Beaucoup de Tunisiens se plaignent des délais pour obtenir un rendez‑vous de visa », a lancé Anis Morai. « J’aimerais connaître les derniers chiffres. » L’ambassadrice a alors répondu sans esquiver. En 2025, a‑t‑elle annoncé, la France a délivré plus de 116 000 visas aux Tunisiens, soit une hausse de plus de 11 % par rapport à 2024. « Proportionnellement à votre population, vous faites partie des premiers pays au monde », a‑t‑elle souligné. Elle a reconnu que le problème actuel réside dans les délais de rendez‑vous. « C’est un peu compliqué, a‑t‑elle admis, et nous avons besoin d’une coopération avec les autorités tunisiennes. »
Avant de conclure, l’ambassadrice a lancé un appel aux entreprises tunisiennes. « Je suis très heureuse que des entreprises du secteur privé se soient déjà inscrites, a‑t‑elle déclaré. Les inscriptions sont encore ouvertes. Que les entreprises tunisiennes se manifestent. » Elle a salué la place singulière de la Tunisie, seul pays du Maghreb membre du COMESA, et l’a décrite comme « un pont naturel entre l’Europe et l’Afrique, et à l’intérieur même de l’Afrique ».

Anis Morai a refermé l’interview par une demande au nom de nombreux auditeurs. « Les Tunisiens souhaitent un meilleur accueil dans les centres de visas », a‑t‑il insisté. L’ambassadrice a pris acte et a promis que des efforts sont faits, tout en appelant à une coopération renforcée avec les autorités tunisiennes pour fluidifier les rendez‑vous. Le sommet de Nairobi, dans quelques semaines, dira si cette dynamique porte ses fruits.

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