La Cheffe du gouvernement, Sarra Zaafrani Zenzri, a présidé ce mardi 9 juin au palais de la Kasbah un conseil ministériel restreint consacré à la politique nationale de l’eau.
La réforme et la gouvernance du secteur de l’eau, a souligné la Cheffe du gouvernement, figurent parmi les priorités absolues de l’État avec pour objectif de garantir à chaque citoyen, sur un pied d’égalité, le droit constitutionnel à l’eau potable, tout en préservant cette ressource vitale pour les générations futures.
Un programme d’urgence pour faire face à l’été
Le ministre de l’Agriculture, des ressources hydrauliques et de la pêche, Ezeddine Ben Cheikh a présenté un état des lieux exhaustif des ressources disponibles et des niveaux de remplissage des barrages, avant d’exposer le plan d’approvisionnement en eau potable pour la saison estivale.
Pas moins de 81 projets ont été programmés à cet effet, dont 35 déjà en cours d’exécution, pour une enveloppe globale de 58 millions de dinars. Ce programme prévoit notamment le forage et le raccordement de 38 puits profonds, la maintenance et la rénovation de 26 stations de pompage, ainsi que des interventions sur 22 chantiers de renforcement et de renouvellement des réseaux. Pour desservir les zones montagneuses et enclavées, 20 camions-citernes seront spécialement mobilisés. En parallèle, l’accélération de 187 systèmes hydrauliques est programmée au bénéfice de 248 000 habitants, pour un investissement de 147 millions de dinars.
La Stratégie Eau 2050, une feuille de route pour l’avenir
Au-delà de la gestion immédiate de la crise estivale, le conseil a examiné les grandes orientations de la stratégie nationale de l’eau à l’horizon 2050, déclinée en programmes opérationnels couvrant la période 2026-2030. Cette feuille de route ambitieuse s’articule autour de quatre axes majeurs, comprenant 43 programmes et 1 200 mesures, pour un investissement global estimé à 74,5 milliards de dinars.
Plus de la moitié de cette enveloppe, soit 53 %, est destinée à la valorisation des eaux non conventionnelles et à des projets prioritaires portant sur l’amélioration des réseaux d’eau potable et d’irrigation, le captage des eaux pluviales et le recours aux énergies renouvelables. Dans ce cadre, l’installation d’une capacité photovoltaïque de 225 mégawatts est prévue, avec l’ambition de ramener la part de l’énergie dans le coût de production de l’eau de 27 % en 2025 à 17 % d’ici 2030.
L’innovation technologique au service de la ressource hydrique
Le conseil s’est également penché sur plusieurs technologies appelées à transformer en profondeur la gestion de l’eau dans le pays. Une plateforme numérique d’aide à la décision sera mise en place pour centraliser en temps réel les données hydrologiques issues de différentes sources, tandis qu’une autre plateforme sera dédiée à la gestion dématérialisée des autorisations d’exploitation du domaine public hydraulique, dans le but de simplifier les démarches administratives et de lutter contre les forages illicites.
Parmi les innovations à l’étude figurent également des expériences pilotes visant à réduire l’évaporation des surfaces en eau, notamment sur le lac de Kamech dans le gouvernorat de Nabeul, ainsi que des projets d’ensemencement des nuages et l’installation de panneaux photovoltaïques flottants. La mise à jour de la carte des étages bioclimatiques permettra, quant à elle, d’affiner la cartographie agricole nationale et d’orienter les choix de cultures selon les réalités climatiques de chaque région.
Des décisions fermes
A l’issue des délibérations, le conseil a arrêté une série de mesures concrètes. Il a notamment décidé de garantir l’approvisionnement en eau potable dans l’ensemble des régions, en renforçant la coordination entre les gouverneurs et les structures compétentes afin de prévenir toute coupure et d’assurer une intervention rapide en cas d’incident. La gestion des systèmes ruraux d’alimentation en eau sera progressivement transférée à la SONEDE, tandis que les promoteurs immobiliers seront désormais tenus d’intégrer des citernes de collecte des eaux pluviales dans tout nouveau projet de construction.
Le conseil a par ailleurs appelé à l’adoption généralisée de compteurs intelligents et de systèmes de détection précoce des fuites, et a réaffirmé la nécessité de rationaliser la consommation d’eau à tous les niveaux pour mettre fin au gaspillage.