Selon les données publiées par l’agence TAP et attribuées au Département de la production végétale du ministère de l’Agriculture, les surfaces cultivées en roses en Tunisie atteignent environ 380 hectares. Près de 370 de ces hectares se situent dans le seul gouvernorat de Kairouan. Par ailleurs, la production nationale varie entre 500 et 540 tonnes par an. Ces volumes demeurent limités si on les compare à d’autres cultures agricoles. En revanche, ils sont considérés comme stratégiques. À cela s’ajoute le fait que l’essentiel de la valeur économique ne réside pas dans la fleur brute mais dans sa transformation. Celle-ci permet d’obtenir de l’eau de rose, des huiles essentielles et des pétales séchés.
Kairouan constitue donc le principal centre de production de roses à parfum en Tunisie. Ces dernières années, un discours économique et territorial s’est développé autour de cette production. En conséquence, la fleur est associée non seulement à l’agriculture mais aussi à l’identité locale et à l’attrait touristique. Des initiatives soutenues par le programme Pampat des Nations Unies et des partenaires publics tunisiens ont contribué à promouvoir la rose de Kairouan comme un produit emblématique du terroir régional. Qui plus est, des événements promotionnels, des itinéraires touristiques et une visibilité commerciale accrue ont été favorisés. Le Festival de la Rose de Kairouan s’inscrit dans ce contexte. Après une deuxième édition en avril 2025, la troisième s’est tenue du 17 au 19 avril de cette année. D’autre part, ce festival est devenu un outil de promotion de la filière et témoigne de la volonté de faire du secteur un levier de développement local plus large. Producteurs, transformateurs, artisans et acteurs du tourisme peuvent ainsi se fédérer autour de cette culture. La rose est de plus en plus considérée comme un produit local à part entière et non plus comme une simple matière première agricole.
Sur le plan économique, l’orientation vers les marchés étrangers demeure le facteur déterminant. Environ 60 % de la production tunisienne est exportée, principalement vers la France, l’Italie et la Suisse. En sus, cette situation confirme l’intégration de la filière dans les chaînes de valeur des produits aromatiques et cosmétiques. Les variétés les plus courantes, comme Rosa damascena et Rosa centifolia, sont prisées pour la qualité de leurs essences. Par conséquent, le secteur souffre encore de faiblesses structurelles. À cela s’ajoutent la fragmentation des entreprises, une mécanisation limitée, des capacités de distillation modernes insuffisantes ainsi qu’un système de marques et de certifications encore peu développé.