De Verdi à West Side Story : immersion dans l’art lyrique à l’Opéra de Tunis

Crédit Photo: Nadia Ayadi

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Au théâtre de l’Opéra national de Tunis, la représentation « L’Âme de l’Opéra », magnifiée par quatre artistes d’exception — le violoniste Patrice Fontanarosa, le ténor Hassen Doss, la soprano Sabine Riva et la pianiste Stéphanie Fontanarosa s’est révélée comme une véritable immersion au cœur de l’art lyrique.

Portée par la Fondation Hasdrubal pour la Culture et les Arts Mohamed Amouri avec la collaboration de l’ambassade de France, de l’Autriche, du consulat de Monaco et de l’Institut français de Tunisie, cette soirée s’inscrivait dans une démarche exigeante, presque ascétique dans son ambition : revenir à l’essence de l’opéra, en respecter la vérité stylistique et en révéler la nudité expressive.

La soirée s’est ouverte sur les premières notes du « Brindisi » de La Traviata. La voix du ténor tunisien, ample et généreuse, embrassant l’ardeur verdienne, s’est mêlée à la clarté et à la précision lumineuse de la soprano Sabine Riva (et non Sabina). Pensé comme une traversée sensible de l’âme lyrique, le programme s’est poursuivi par un moment de repli avec les variations sur La Traviata de Marc-Olivier Dupin, où le violon devient confidence, presque murmure.

La présence de Patrice Fontanarosa, figure majeure de l’école française du violon, conférait à l’événement un éclat particulier ; cette soirée fut l’occasion de lui rendre un vibrant hommage. Son interprétation de la « Méditation de Thaïs » de Jules Massenet, grâce à un jeu d’une délicatesse absolue où l’archet semble à peine frôler les cordes, a offert au public un instant suspendu. À ses côtés, Stéphanie Fontanarosa a imposé une musicalité d’une rigueur élégante, faite de finesse et d’écoute profonde : son art du dialogue musical, nourri par l’accompagnement de légendes telles que Luciano Pavarotti ou Nemanja Radulović, donne au piano une voix à part entière. Dans cet élan, Hassen Doss a bouleversé le public avec son interprétation du fameux « Nessun dorma » de Puccini, cri d’espérance et de triomphe.

Le répertoire d’Europe centrale, de Franz Lehár à Francesco Cilea, a apporté grâce mélodique et élégance lumineuse. Même le XXe siècle s’est invité avec « Tonight » de West Side Story, rappelant que l’opéra, loin d’être figé, dialogue sans cesse avec son temps. Enfin, « Non ti scordar di me » a prolongé cette nostalgie douce, où la mémoire et l’émotion se confondent.

Lorsque le « Brindisi » revient, porté cette fois par les quatre artistes réunis et invitant le public à en reprendre le souffle avec eux, il devient une joie collective qui circule et se renouvelle. Dans cette continuité presque organique, « L’Âme de l’Opéra » se révèle non pas comme une succession d’airs, mais plutôt comme une matière vivante, façonnée par des artistes dont l’écoute mutuelle fait naître un véritable espace d’émotion et de partage.

Car au-delà des styles, des langues et des époques, quelque chose affleure : une émotion commune, une vibration essentielle. Peut-être est-ce là, simplement, que réside l’âme.

Romane Losardo 

Crédit photo & Vidéo: Nadia Ayadi / Femmes de Réalités 

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