En Tunisie, une personne sur cinq est atteinte de diabète, une statistique alarmante qui met en lumière un problème de santé publique majeur dans le pays. Cette augmentation du nombre de cas de diabète peut être attribuée à plusieurs facteurs, notamment les changements dans le mode de vie, les habitudes alimentaires et une prédisposition génétique accumulée. Ce n’est donc pas par hasard qu’on qualifie le sucre de « tueur silencieux. » Nous avons tenté de comprendre le pourquoi de cette situation catastrophique pour la santé et pour le budget, avec des chiffres étonnants à la clé…
Un spécialiste du secteur nous a affirmé : « Le Tunisien consomme des formes directes de sucre par jour, mais aussi des formes indirectes, contenues dans le pain, les pâtes ou les boissons gazeuses. Par an, 36 kilos de sucre sont ainsi consommés par habitant, soit plus de mille tonnes par jour, répartis moitié pour un usage industriel et moitié pour les foyers. On se retrouve alors avec ce chiffre énorme : 370 mille tonnes de sucre consommés en une année. »
Il précise : « Le problème, c’est que la Tunisie produit à peine 30% de cette denrée et l’Office national du commerce est obligé d’importer le reste. Et comme le sucre fait partie des denrées compensées, il en coûte à cette caisse de compensation entre 9 et 10 milliards de dinars par an. L’une des conséquences de cette consommation excessive, c’est qu’un Tunisien sur cinq est atteint de diabète, souvent sans le savoir. »
« Les jeunes enfants sont les plus touchés »
Avec l’urbanisation rapide, de plus en plus de Tunisiens adoptent un mode de vie sédentaire et consomment des aliments riches en sucre et en graisses, ce qui augmente le risque de développer cette maladie. Des changements ont transformé non seulement la façon dont les gens vivent, mais aussi leur comportement, obligeant le système de santé à repenser son approche pour prévenir et gérer le diabète.
Par an, 36 kilos de sucre sont consommés par habitant, soit plus de mille tonnes par jour, répartis moitié pour un usage industriel et moitié pour les foyers. On se retrouve alors avec ce chiffre énorme : 370 mille tonnes de sucre consommés en une année. »
Selon un médecin, « le diabète est devenu un problème de santé majeur chez nous, puisqu’il touche une grande partie de la population, surtout les enfants et les jeunes. Cette montée du diabète affecte particulièrement les jeunes enfants chez qui c’est le diabète de type 1 que l’on détecte souvent, une maladie auto-immune où le corps ne gère pas correctement cet afflux de sucre ».
Le diabète est devenu chez nous un grand problème depuis que les Tunisiens ont abandonné le fameux régime méditerranéen, appelé aussi crétois. Il s’agit d’un mode de vie alimentaire sain, riche en produits végétaux comme les fruits, les légumes, les noix, les céréales complètes et l’huile d’olive. La consommation modérée de produits laitiers et de viande rouge fait qu’il est reconnu pour réduire les risques cardiovasculaires et prévenir le diabète.
Résultat, selon un nutritionniste, « le nombre de Tunisiens touchés par ce fléau ne cesse de croître, faisant de notre pays l’un des plus impactés de la région de l’Afrique du Nord et du Moyen-Orient, avec des chiffres effrayants. En effet, environ 15 à 16% de la population adulte est officiellement diagnostiquée diabétique. Mais des études récentes suggèrent qu’en réalité, un Tunisien sur quatre, soit 25 % de la population, serait diabétique ».
Le pire, c’est que près de 50 % des malades ignorent leur état. Une situation complexe, surtout que le diagnostic intervient souvent trop tard, au stade des complications, avec parfois une insuffisance rénale, la cécité, les amputations… A cela s’ajoute une pénurie fréquente de médicaments, avec un coût élevé pour les plus défavorisés, en plus des ruptures de stock, surtout que la Pharmacie centrale de Tunisie (PCT) fait face à des difficultés financières régulières, entraînant des pénuries d’insulines modernes et d’antidiabétiques oraux essentiels.
« La sédentarité est l’un des principaux problèmes »
Conséquences : les patients sont souvent contraints de changer de traitement brusquement ou de réduire leurs doses, ce qui déstabilise leur glycémie et aggrave leur état de santé à long terme. Le drame, c’est que les médias parlent peu de ce sujet et que les téléspectateurs eux-mêmes ne veulent pas regarder ce type de programmes à la télé.
En outre, selon un médecin, « l’évolution de la société tunisienne favorise depuis quelques années l’émergence du diabète de type 2. La sédentarité est l’un des principaux problèmes, puisqu’on estime que deux tiers de la population n’ont pas d’activité physique régulière. Or, un peu de marche quotidienne après chaque repas suffirait à réduire les risques. Ajoutez à cela l’alimentation avec la consommation excessive de sucres rapides, de pain blanc et d’aliments ultra-transformés et vous obtenez un taux d’obésité supérieur à 60 % et des Tunisiens en surpoids, ce qui constitue un facteur déclenchant majeur ».
Plus de 50 % des malades ignorent leur état. Une situation complexe, surtout que le diagnostic intervient souvent trop tard, au stade des complications, avec parfois une insuffisance rénale, la cécité, les amputations…
Il faut aussi évoquer le coût financier du diabète qui représente une part colossale des dépenses de la Caisse nationale d’assurance maladie (CNAM). Bien que de nouveaux médicaments, comme les Gliflozines, commencent à être intégrés, leur accès reste soumis à des procédures d’accord préalable complexes. A cela, il faut ajouter les inégalités régionales, puisque l’accès aux spécialistes, les endocrinologues, ainsi qu’aux centres de soins spécialisés est beaucoup plus difficile dans les zones rurales et le Centre-Ouest du pays, par rapport au Grand Tunis et aux zones côtières.
Un endocrinologue donne quelques conseils importants : «Les symptômes sont faciles à décoder. Si vous, ou l’un de vos proches présentez des signes tels qu’une soif intense, une fatigue inexpliquée ou une cicatrisation lente, n’attendez pas. Un simple test de glycémie en pharmacie peut sauver des années de mauvaise santé. Il faut aussi adapter immédiatement son alimentation en profitant de notre héritage culinaire riche, tout en évitant les pièges de la sédentarité moderne. La Tunisie regorge de produits locaux qui sont des super-aliments. »
Pour lutter contre cette maladie chronique, plusieurs solutions peuvent être envisagées, allant de la prévention, à l’amélioration du système de santé. Il est crucial de sensibiliser la population aux facteurs de risque du diabète par le biais de campagnes d’information et d’éducation. Ces campagnes peuvent encourager l’adoption de modes de vie sains, par exemple en adoptant une alimentation équilibrée et en améliorant l’activité physique régulière.
Le nutritionniste précise : «L’idée est de revenir aux basiques avec l’huile d’olive, qui reste votre meilleure alliée, surtout si elle est extra vierge, car elle est riche en antioxydants et en bons gras. Il faut remplacer autant que possible les huiles végétales raffinées. Il est urgent de revenir aux légumineuses comme les pois chiches avec le fameux « Leblebi », mais sans excès de pain. Les lentilles, les fèves et les haricots sont riches en fibres et en protéines végétales qu’il faut consommer au moins deux à trois fois par semaine. »
Les symptômes sont faciles à décoder. Si vous, ou l’un de vos proches présentez des signes tels qu’une soif intense, une fatigue inexpliquée ou une cicatrisation lente, n’attendez pas. Un simple test de glycémie en pharmacie peut sauver des années de mauvaise santé.
Signalons aussi que les poissons bleus sont très utiles et pas chers, notamment les sardines, les maquereaux et le thon frais, très riches en Oméga-3. L’assiette idéale devrait contenir 50% de légumes, 25% de féculents et 25% de protéines. La Tunisie offre des fruits de saison toute l’année. Préférez le fruit entier aux jus de fruits, même si l’eau doit rester la boisson principale. Evitez les sodas, très présents lors des repas de famille.
Notons, enfin, que les écoles et les communautés locales peuvent jouer un rôle important en intégrant des programmes de santé qui mettent l’accent sur l’importance de la nutrition et de l’exercice. Ensuite, le dépistage précoce est une autre solution essentielle pour réduire l’impact du diabète en Tunisie. Les cliniques et les hôpitaux pourraient offrir des tests de glycémie gratuits ou à prix réduit pour détecter ce fléau.
Il y va de l’avenir des jeunes générations !
Yasser Maârouf