Un moment clé pour l’avenir du programme Erasmus+ se dessine actuellement. Alors que la future génération 2028-2034 est en cours de définition, Tunis accueille, du 20 au 23 avril, une conférence internationale majeure intitulée : “Erasmus+ Viser plus haut : ponts méditerranéens entre l’Afrique et l’Europe”.
Portée conjointement par les bureaux nationaux Erasmus+ de Tunisie et d’Italie dans le cadre du réseau MedNet, cet évènement réunit 170 représentants d’universités européennes et africaines à Tunis. Il vise à renforcer la coopération académique entre les établissements d’enseignement supérieur européens et africains.
Tunis : épicentre d’un nouveau dialogue
La Tunisie, pays partenaire du programme Erasmus+, occupe aujourd’hui une place stratégique dans l’espace euro-méditerranéen de la mobilité académique. À ce jour, la Tunisie a bénéficié de 74 projets de renforcement des capacités et de plus de 12 000 mobilités, ce qui en fait le premier partenaire de la région méditerranéenne en nombre de projets et la classe au 10e rang mondial. Cette position est d’autant plus renforcée par les atouts structurels du système de recherche tunisien, reconnu pour sa qualité, sa productivité scientifique et ses performances en sciences et ingénierie. La Tunisie se distingue notamment par son classement au deuxième rang mondial en termes de proportion de diplômés en STIM, et au premier rang pour la part des femmes diplômées dans ces disciplines, comme l’a souligné le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, Mondher Belaid.
Les défis communs des pays méditerranéens et d’Afrique subsaharienne
L’ambition affichée par Giuseppe Perrone, ambassadeur de l’Union européenne en Tunisie, est de bâtir un espace où les connaissances circulent librement, car des deux côtés de la Méditerranée, les enjeux sont les mêmes : crise démographique et changement climatique.
Le défi est aussi social. En Afrique subsaharienne, plus de 60 % de la population a moins de 25 ans. Le risque actuel est de rester sur des programmes trop académiques qui ne débouchent pas sur des emplois. Une collaboration plus étroite est donc indispensable pour conduire des réformes éducatives profondes.
L’enjeu de la démocratisation de la mobilité à l’international : un dispositif jugé très élitiste actuellement
Si le programme est une chance, il est encore jugé trop « élitiste ». Plusieurs obstacles freinent aujourd’hui une collaboration efficace. Pour Dina Elgayar, professeure à l’Université d’Alexandrie, beaucoup d’étudiants n’ont tout simplement pas les moyens de vivre à l’étranger. Un soutien financier renforcé est la condition sine qua non d’une vraie démocratisation. La complexité administrative représente également un obstacle.
Un professeur de la Cheikh Hamidou Kane Digital University du Sénégal, Serigne Ababacar Cissé, a souligné que la complexité des formulaires Erasmus pousse certains de ses collègues à ne pas finaliser leur demande de candidature. Selon lui, une simplification administrative est nécessaire pour permettre à tous de bénéficier de cette opportunité.
Construire la nouvelle génération Erasmus+ ensemble : des projets en construction
Cette conférence transnationale est l’occasion de discuter de solutions innovantes pour une meilleure coopération à venir et permet des rencontres « B to B » concrètes entre universités. L’enjeu de ces échanges est de transformer Erasmus+ pour qu’il ne soit plus un privilège, mais un moteur de collaboration intellectuelle transméditerranéenne.
Romane Losardo