À l’Espace Art et Culture Hédi Turki, le vernissage de l’exposition qui eut lieu le 20 juin 2026 de Sylvain Montéléone a révélé un artiste pour qui la peinture ne se limite jamais à la seule couleur. Chez lui, l’image dialogue constamment avec le mot, le sens avec le symbole, la lumière avec la réflexion. Son univers est fait de correspondances, de clins d’œil et de jeux subtils où l’esprit du spectateur est invité à participer à l’œuvre.
Sylvain Montéléone : « le plus Tunisien des Italiens »
D’« Égypte au logis » à « Eros’shema », de « Psych’effet miroir » au « Lac des signe(s) », chaque toile témoigne d’un créateur qui manie le langage avec autant de liberté que le pinceau. Les titres ne sont jamais de simples légendes, ils prolongent l’œuvre, l’enrichissent et ouvrent de nouvelles pistes d’interprétation. Sylvain Montéléone cultive ainsi l’art du double regard où les mots deviennent eux aussi matière à création.
Le thème du miroir occupe une place particulière dans cette exposition. À travers ses « toiles miroir », l’artiste semble vouloir jouer encore davantage avec les mots et les significations. Certaines œuvres sont même baptisées « Légo », un titre qui évoque évidemment le célèbre jeu de construction, mais qui peut aussi être entendu comme une allusion à l’ego. Un jeu de sonorités qui renvoie à la réflexion sous toutes ses formes, celle de la pensée, mais aussi celle du miroir qui nous renvoie notre propre image. Le spectateur est alors amené à s’interroger sur lui-même autant que sur l’œuvre qu’il contemple.
Une autre toile représente un jeu d’échecs. Faut-il y voir une métaphore du monde où chacun avance selon des règles qui le dépassent ? Une réflexion sur l’homme, simple pion parmi les pions, souvent condamné à perdre face aux mécanismes du pouvoir ou du destin ? L’artiste laisse la question ouverte, offrant à chacun la liberté de construire sa propre lecture.
Installé depuis de longues années en Tunisie, Sylvain Montéléone est souvent présenté comme « le plus Tunisien des Italiens ». Cette double appartenance culturelle nourrit sans doute sa capacité à multiplier les regards et à refuser les frontières, qu’elles soient géographiques, esthétiques ou intellectuelles.
Lorsqu’on lui demande pourquoi son style évolue sans cesse, sa réponse est simple : il refuse d’être enfermé dans un moule. À ses yeux, la création est mouvement permanent. Il se compare volontiers au papillon qui quitte son cocon pour renaître sous une nouvelle forme. Cette idée de métamorphose traverse d’ailleurs son parcours artistique tout entier.
Elle trouve un écho particulier dans l’une de ses œuvres consacrée aux roses de Jéricho. Cette plante fascinante, réputée pour sa résistance exceptionnelle, semble morte avant de renaître dès qu’elle retrouve l’eau. Capable de survivre dans les conditions les plus arides, elle devient une belle métaphore de la persévérance et du renouveau. D’une certaine manière, Sylvain Montéléone ressemble à cette rose de Jéricho : un artiste qui ne cesse de se réinventer, traversant les époques et les styles avec une remarquable vitalité créatrice.
Comme un ultime clin d’œil à cette quête permanente de renouvellement, l’artiste a choisi de modifier sa signature. Désormais, Sylvain Montéléone signe ses œuvres «Symo». Interrogé sur ce changement, il répond avec l’humour qui le caractérise qu’il fait exactement l’inverse de ceux qui adoptent un pseudonyme au début de leur carrière : lui le choisit à la fin. Ce nouveau nom est né de la contraction de Sylvain et de Montéléone, donnant naturellement « Symo ». Une signature plus épurée, mais qui conserve l’essence de son identité artistique.
À travers cette exposition, Symo offre bien davantage qu’un ensemble de peintures. Il propose un voyage où les mots, les couleurs et les symboles se répondent sans cesse. Une œuvre à la fois ludique et profonde, portée par une imagination fertile et une liberté créatrice qui refuse les conventions. Entre jeux de mots et jeux de lumière, humour et réflexion, l’artiste confirme qu’il demeure avant tout un homme de renaissance, fidèle à sa propre devise : ne jamais cesser de se réinventer.