Par Dr Zohra Boukadida*
Le rapport entre la finance et le marché de matières premières est étroit et multifacette. Les matières premières sont des ressources naturelles utilisées dans la production de biens et de services. Dans ce sens, il est crucial d’analyser le rapport entre finance et marché de matières premières, par l’analyse des principes et fonctionnement de cours de matières premières softs et matières premières hards.
Cours de matières premières : principes et fonctionnement
Les matières premières softs sont des produits agricoles, alors que les matières premières hards (dures), font souvent référence à des matière premières physiques et tangibles telles que les métaux précieux, les métaux de base, le pétrole, le gaz naturel et d’autres matières premières extraites de la nature.
Ces matières premières sont des produits non transformés qui sont utilisés dans la production de biens et de services. Elles ont une demande mondiales fluctuante et peuvent être négociées sur les marchés financiers. Les investisseurs et les entreprises surveillent de près les matières premières dures en raison de leur impact sur l’économie mondiale.
- Les matières premières « softs » :
Les matières premières softs jouent un rôle essentiel dans l’économie mondiale, notamment dans les secteurs de l’agriculture, de l’alimentation, et des biens de consommation. Les principales matières premières softs sont : Le café, le cacao, le sucre, le coton, jus d’orange, blé, maïs, soja, le coton, le riz, caoutchouc naturel, cuir …
Les matières premières softs ont souvent des variations de prix en raison des conditions météorologiques, des maladies, des cycles de culture, et des décisions politiques comme les subventions agricoles ou les restrictions à l’exportation.
Les marchés de ces matières premières sont également influencés par la demande mondiale, les innovations dans les technologies agricoles, et les changements dans les habitudes de consommation.
Ces matières premières représentent une source de revenus cruciale pour de nombreux pays en développement, en particulier ceux qui dépendent fortement de l’agriculture. Par exemple, des pays comme la Côte d’Ivoire et le Ghana dépendent largement des exportations de cacao, tandis que des nations comme le Brésil et la Colombie tirent des revenus substantiels de l’exportation de café.
En résumé, les matières premières softs sont des éléments essentiels de l’économie mondiale, à la fois en tant que denrées de base pour la consommation humaine et animale et en tant que composants clés dans diverses industries.
-Les matières premières « hards » (dures) :
Elles souvent utilisées dans l’industrie lourde, la construction, la production d’énergie, et la fabrication de biens de consommation. Les principales matières premières hards sont le pétrole, le gaz naturel, le charbon, l’or, l’argent, le cuivre, le fer, l’aluminium, le platine, le palladium, le lithium , le nickel , l’uranium, le plomb, Le zinc …
Les matières premières hards sont cruciales pour l’économie mondiale, car elles fournissent les matériaux nécessaires à l’industrie, la construction, l’énergie, et la fabrication de produits de consommation. Ces matières premières sont souvent échangées sur des marchés mondiaux, et leurs prix peuvent fluctuer en fonction de la demande industrielle, des politiques économiques, des réserves disponibles, et des événements géopolitiques.
Ces matières premières sont essentielles pour les économies modernes, en particulier pour les pays exportateurs comme l’Arabie saoudite (le pétrole), la Russie (le gaz naturel), l’Australie (le fer et le charbon), et la République Démocratique du Congo (le cobalt). Le commerce des matières premières hards représente une part importante des échanges internationaux et qui sont souvent un indicateur clé de la santé économique globale.
La nécessité de se couvrir contre les fluctuations des prix de matière premières
Se couvrir contre les fluctuations des prix des matières premières, qu’elles soient « softs » ou « hards », est crucial pour plusieurs raisons économiques et stratégiques. La couverture contre ces fluctuations est nécessaire pour la stabilité financière, parce que les fluctuations des prix des matières premières peuvent rendre difficile la prévision des coûts de production. En utilisant des instruments de couverture, les entreprises peuvent fixer les prix de leurs matières premières à l’avance, ce qui permet une meilleure planification financière et une gestion plus précise des budgets.
De plus, les variations de prix peuvent affecter les marges bénéficiaires, et la couverture permet de stabiliser les coûts et de protéger les marges contre les mouvements de prix défavorables. Ainsi la couverture contre la fluctuation des prix est nécessaire, pour la réduction de la volatilité et la minimisation des risques, en raison de facteurs tels que les conditions météorologiques, les politiques gouvernementales, et les fluctuations économiques globales. La couverture aide à réduire l’impact de ces risques sur les opérations d’une entreprise.
En fait, la place de la finance dans le fonctionnement des marchés de matières premières s’explique par leurs particularités, qu’il s’agisse des marchés de matières agricoles comme le blé, les grandes céréales, ou de matières premières minérales, comme le pétrole, le gaz naturel, le cuivre…
Il faut prendre des mesures et des actions efficaces pour résoudre le problème qui est réel de matière première, notamment pour les marchés agricoles ; blé et les céréales. En se couvrant contre les fluctuations de prix, les entreprises peuvent éviter les impacts négatifs de la volatilité sur leurs profits et maintenir une plus grande stabilité financière, et établir des budgets plus précis en connaissant les coûts fixes des matières premières, ce qui facilite la gestion des finances et la planification à long terme.
Les fluctuations de prix peuvent affecter les liquidités, surtout si les coûts des matières premières augmentent soudainement. La couverture permet de gérer ces risques de manière plus efficace.
Les instruments de couverture permettent de s’adapter aux changements de marché sans avoir ajuster constamment leurs opérations ou leurs stratégies en réaction aux fluctuations de prix. Donc, se couvrir contre les fluctuations des prix des matières premières est essentiel pour garantir la stabilité financière.
-Le marché de blé et de céréales :
Le marché du blé et des céréales est un secteur complexe et dynamique, influencé par divers facteurs économiques, climatiques, géopolitiques et technologiques.
Les principaux pays exportateurs de blé incluent la Russie, les États-Unis, le Canada, et l’Union Européenne. Et les principaux importateurs sont les pays en développement, particulièrement dans les régions du Moyen-Orient et de l’Afrique. Ils sont des grands importateurs de blé.
Certes les accords bilatéraux et multilatéraux, affectent les conditions d’échange et les tarifs douaniers, mais les organisations internationales comme la FAO, et l’OMC et d’autres institutions influencent les politiques commerciales et agricoles.
Ainsi on peut citer plusieurs types de céréales :
-Le Blé (Le Blé tendre, le Blé dur, le Blé meunier).
-Les autres céréales (le Maïs, l’Orge, le Riz, l’Avoine, seigle, sorgho, millet….)
-Marché global vs local : Le marché global est influencé par les grandes régions productrices comme les États-Unis, l’Union Européenne, la Chine, l’Inde, et la Russie. Alors que dans le marché local, les dynamiques peuvent varier considérablement en fonction des politiques agricoles nationales, des conditions climatiques locales, et des infrastructures …
-Les facteurs affectant le marché :
– Les conditions climatiques et météorologiques, telles que les sécheresses ou les inondations, ont un impact direct sur les rendements. Le changement climatique peut également modifier les conditions de culture, les schémas de production, et les zones de culture possibles.
– Les politiques de subvention, comme celles de la Politique Agricole Commune (PAC) en Europe, influencent les niveaux de production et les prix. De même pour les réglementations, comme les normes de qualité, les règlements phytosanitaires, et les politiques de commerce international qui affectent la production et le commerce.
– L’économie globale : les prix des céréales sont influencés par les marchés financiers, les taux de change, et la demande globale. Ainsi les coûts des intrants comme les engrais, les semences, et l’énergie impactent les prix de vente.
-Les technologies et les innovations : les variétés de céréales améliorées peuvent offrir des rendements plus élevés et une meilleure résistance aux maladies, et par l’utilisation de l’agriculture de précision par l’utilisation de technologies pour optimiser la production, réduire les coûts et minimiser les impacts environnementaux.
-Les défis à surmonter :
Parmi les défis à surmonter, la demande croissante pour des pratiques agricoles durables et respectueuses de l’environnement, l’utilisation croissante des céréales pour produire des biocarburants comme l’éthanol… Ainsi la sécurité alimentaire constitue un défi à surmonter, il faut assurer l’approvisionnement en céréales pour une population mondiale croissante. En ce qui concerne les changements climatiques, il faut adapter les pratiques agricoles pour faire face aux conditions climatiques changeantes.
Pour l’économie de marché, il est essentiel de faire face à la volatilité des prix et aux fluctuations des marchés mondiaux. Néanmoins, le marché des céréales en Tunisie dépend fortement des importations, en raison de la production locale limitée. Les politiques agricoles et les conditions climatiques jouent un rôle crucial dans la sécurité alimentaire et les prix des céréales.
En somme, le marché du blé et des céréales est influencé par une combinaison de facteurs économiques, environnementaux et politiques. Les acteurs du marché doivent constamment s’adapter aux changements pour répondre aux défis et tirer parti des opportunités qui se présentent.
La nécessité de multiplication de l’activité d’exploration minérale en Tunisie
La Tunisie possède un potentiel minier important et diversifié, bien que son secteur minier soit encore sous-exploité par rapport à d’autres pays de la région. L’activité d’exploration minérale en Tunisie est principalement concentrée sur des ressources telles que les hydrocarbures, le phosphate, le fer, le zinc, le plomb, et d’autres minéraux…
-Les hydrocarbures (pétrole et gaz) : la Tunisie possède des réserves énormes de pétrole et de gaz naturel. Le pays a attiré l’intérêt de plusieurs entreprises internationales pour l’exploration et l’exploitation de ces ressources. Des sociétés internationales sont actives dans l’exploration de nouveaux champs pétroliers et gaziers, notamment dans le sud du pays.
-Le phosphate : la Tunisie est l’un des plus grands producteurs de phosphate au monde. Le bassin de Gafsa, situé dans le sud-ouest du pays, est le principal centre d’extraction. L’exploration de nouveaux gisements et l’amélioration des techniques d’extraction sont au cœur des préoccupations de l’industrie.
Cependant, le secteur a été affecté par des troubles sociaux, des grèves et des interruptions de production au cours des dernières années, ce qui a impacté la production globale.
-Le Zinc et le plomb : La Tunisie possède des gisements de zinc et de plomb, principalement situés dans la région du Kef et de Nefza. L’exploitation de ces minerais est active, mais il existe encore un potentiel inexploité pour de nouvelles découvertes. Plusieurs entreprises minières étrangères ont obtenu des permis pour explorer de nouveaux gisements de zinc et de plomb, en particulier dans le nord-ouest de la Tunisie.
-Le Fer : le fer est une autre ressource importante en Tunisie. Son exploitation est moins développée que d’autres minerais, mais le pays présente un potentiel pour des projets futurs. Des études géologiques sont en cours pour déterminer la faisabilité d’une exploitation accrue du fer, notamment dans les zones montagneuses du nord du pays.
-Le cuivre : Bien que la Tunisie ne soit pas un grand producteur de cuivre, des gisements de ce métal ont été identifiés dans le sud du pays. L’exploration pour le cuivre est encore à un stade précoce, mais elle pourrait offrir des opportunités à long terme. Des permis d’exploration ont été accordés pour certaines zones prometteuses, mais l’exploitation commerciale n’a pas encore été pleinement développée.
Alors que le phosphate reste la principale ressource minière de la Tunisie, le pays s’efforce de diversifier son secteur minier en explorant de nouveaux gisements de minerais et en attirant des investissements dans des projets moins traditionnels.
L’exploration minérale en Tunisie présente un potentiel de croissance considérable, bien que le secteur soit encore en développement, l’Etat Tunisien reste dans l’obligation de multiplier d’avantage son activité d’exploration de différentes mines, suite à la demande mondiales fluctuante et qui peuvent être négociées sur les marchés financiers. Et étant donné que les investisseurs et les entreprises surveillent de près les matières premières dures en raison de leur impact sur l’économie mondiale.
Il s’ensuit que, les prix des matières premières ont un impact et une influence considérable sur les marchés financiers mondiaux, citons à titre d’exemple :
-L’inflation : La hausse des prix des matières premières, comme l’énergie ou les produits alimentaires, peut entraîner une pression inflationniste dans l’économie. Cela affecte les taux d’intérêt, les décisions des banques centrales, et les rendements des actifs financiers.
-Les Indices boursiers : Les entreprises qui produisent ou consomment des matières premières ont un poids important dans les indices boursiers, et leur performance dépend directement des prix des matières premières.
-Le Taux de change : Les prix des matières premières affectent aussi les devises des pays producteurs. C’est-à-dire une hausse des prix du pétrole peut renforcer la monnaie d’un pays, en d’autres termes les monnaies, sont fortement corrélées à la production de pétrole.
En conclusion, le rapport entre la finance et les matières premières est central pour l’économie mondiale. Les matières premières influencent les prix, les rendements et la stabilité des marchés financiers. De leur côté, les instruments financiers basés sur les matières premières, offrent des opportunités de couverture, de diversification et de spéculation. Les investisseurs, les entreprises et les gouvernements, doivent prendre en compte les dynamiques complexes entre l’offre et la demande de ces ressources pour prendre des décisions stratégiques efficaces et pour assurer la santé économique de pays.
* Doctorat international en intelligence économique et veille stratégique. Doctorat de l’IEScci Paris France.