Être la première implique souvent de devoir tracer son propre chemin. Dans l’histoire sportive de l’Équateur, Daniela Darquea incarne l’avènement du golf professionnel dans son pays. Elle est non seulement la toute première Équatorienne à avoir foulé les fairways du prestigieux circuit américain de la LPGA, mais aussi la première à avoir porté haut les couleurs nationales lors d’une épreuve olympique, à Tokyo en 2020.
Pourtant, rien ne la destinait à une telle trajectoire si ce n’est un pari un peu fou de son père qui, lorsqu’elle n’avait que quatre ans, acheta une adhésion dans un country club qui n’était encore qu’un projet sur papier. C’est là, dans une nation où le golf demeure extrêmement confidentiel et élitiste, qu’est née une vocation hors norme. Des bancs de l’Université de Miami où elle a décroché une bourse sportive et un diplôme en physiologie jusqu’à sa brillante qualification fin 2024 sur le Ladies European Tour (LET), Daniela Darquea a fait de la résilience sa signature.
C’est précisément cette force de caractère qu’elle a dû déployer tout au long de la 29e Coupe Lalla Meryem sur le très exigeant parcours du Royal Golf Dar Es Salam. Face à un tracé redoutable qui n’a laissé aucun répit aux joueuses, l’Équatorienne a rendu une superbe carte globale de 218, finissant sous le par (-1) à une très honorable 32e place ex-æquo.
Quelques minutes à peine après avoir quitté le dernier green, la championne a accepté de se confier à Réalités Online. Entre confidences d’enfance, rigueur du circuit et coup de foudre pour le public marocain, rencontre exclusive avec une athlète qui n’a pas fini de bousculer la hiérarchie mondiale.
Le tournoi vient de s’achever et vous terminez sous le par global. Comment évaluez vous votre performance lors de cette 29e Coupe Lalla Meryem ?
Mon tournoi ici au Maroc a été absolument incroyable. L’expérience globale était tout simplement extraordinaire et j’ai pris énormément de plaisir. Évidemment, le golf a été difficile, particulièrement aujourd’hui. Le parcours est un immense défi, très exigeant, mais j’ai adoré ça ! Pour moi, c’était une opportunité fantastique de montrer mon jeu et de prouver ma résilience en tant que joueuse. Je suis très reconnaissante envers le tournoi. J’espère vraiment pouvoir revenir les prochaines années et, pourquoi pas, décrocher un encore meilleur résultat.
« Le parcours est un immense défi, très exigeant, mais j’ai adoré ça ! C’était une opportunité fantastique de prouver ma résilience en tant que joueuse. »
Et si on revenait un peu en arrière? Vous êtes la première femme de l’histoire de l’Équateur à atteindre ce niveau en golf. Comment est née cette passion dans un pays où ce sport est si élitiste?
(Sourire) Vous savez, l’Équateur est un tout petit pays. Quand j’avais environ quatre ans, mon père a décidé d’acheter une adhésion dans un country club. À ce moment-là, on ne savait même pas si le club allait réellement être construit ou non ! Mais il a tenté le coup et s’est lancé. C’est là-bas que j’ai mis les pieds pour la première fois dans cet univers. Au début, j’ai vu du tennis, de la natation, plein de sports différents en réalité. J’ai eu beaucoup de chance car mes parents voulaient absolument que je sois exposée au sport. Et contre toute attente, j’ai choisi le golf.
Comment ont réagi vos parents face à ce choix, sachant que le golf est un sport très coûteux?
Ils n’étaient pas du tout familiers avec ce sport ! Alors quand je leur ai dit ce que je voulais faire, ils m’ont regardée et m’ont dit : « Vraiment ? Tu es sûre de vouloir faire ça ? ». J’ai répondu : « Oui, c’est ça. C’est ce que je veux faire. Je veux prendre des cours, ça me plaît énormément ». Et ils m’ont soutenue. Ils m’ont portée tout au long de mon enfance, durant mes années chez les juniors, puis à l’université.
Ce soutien familial vous a finalement menée jusqu’aux États-Unis…
Exactement. J’ai fini par obtenir une bourse d’études à l’Université de Miami (au sein des Hurricanes). C’est précisément à ce moment-là, dans cet environnement universitaire compétitif, que j’ai pris ma décision. Je savais que je voulais grandir encore plus et passer joueuse de golf professionnelle.
«Je savais que je voulais grandir encore plus et passer joueuse de golf professionnelle. »
En quelques minutes, Daniela Darquea est parvenue à nous transmettre ce qui la définit bien au-delà des chiffres et des cartes de score : une gratitude immense et une force tranquille, héritée de ce pari paternel un soir d’enfance à Quito.
Si cette 29e Coupe Lalla Meryem aura été un rude test de résilience sur les fairways redoutables du Royal Golf Dar Es Salam, elle confirme surtout le statut à part de cette athlète hors norme. Des greens qui n’existaient que sur papier en Équateur aux circuits de l’élite mondiale, la pionnière des Andes continue de tracer sa propre voie, un swing après l’autre, avec la même fraîcheur qu’à ses quatre ans.
Propos recueillis par Hajer Ben Hassen