Hausse du pétrole, pression budgétaire : la Tunisie face à l’effet domino de la guerre du Golfe

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Dans une guerre, parmi les belligérants, il doit y avoir soit un gagnant et un perdant, soit un résultat équitable. Dans les deux cas, les enjeux stratégiques et géopolitiques changeront certainement, non seulement pour les parties en conflit, mais aussi pour les autres pays qui, à priori, ne sont pas concernés par le conflit, mais dont l’impact ne tardera pas à se faire sentir et à être constaté, particulièrement à l’échelle économique. Dans ce contexte, les maillons faibles de l’économie mondiale sont les plus affectés.

La Tunisie, comme bien d’autres pays, n’est impliquée politiquement ni de près ni de loin dans la guerre qui se déroule actuellement au Golfe. Cependant, son impact, bien qu’officiellement non reconnu et souvent négligé, ne tardera pas à apparaître. Il suffit de constater que le budget de l’État pour l’année 2026 a été établi sur la base d’un prix de référence du cours mondial du pétrole à 63,3 dollars le baril. Or, actuellement, sur le marché mondial, le prix du baril avoisine les 100 dollars. Ceci affectera certainement l’économie nationale et les finances publiques à divers niveaux.

Les spécialistes indiquent que chaque dollar supplémentaire au niveau du prix du baril entraîne un déficit budgétaire de 164 millions de dinars. Calculons alors quel serait le déficit au prix de cent dollars le baril. Des chiffres qui font trembler les pays dont l’économie et les finances sont stables et disposent de réserves leur permettant de faire face aux crises. La Tunisie n’en fait pas partie.

Le premier impact concerne le volume des subventions fournies par l’État au secteur de l’énergie, déjà en difficulté structurelle. La situation est telle que la moindre augmentation des prix de l’essence à la pompe, de l’électricité ou du gaz entraînera une inflation dans plusieurs secteurs du marché et, par conséquent, une baisse du pouvoir d’achat du citoyen, qui souffre déjà.

Le second concerne les échanges commerciaux de la Tunisie avec l’extérieur. La Tunisie est un pays dont l’économie repose en grande partie sur l’exportation. Les chiffres officiels indiquent que 70 % de nos exportations sont dirigées vers le marché européen. Un problème majeur lié au coût du transport se posera, étant donné que la voie maritime reste prédominante. Ceci pourrait entraîner une réduction du volume des exportations, en raison de l’augmentation du coût du transport, mais aussi à cause d’une re-priorisation des importations par le marché européen. Certains produits manufacturés et agricoles, qui constituent le socle des exportations tunisiennes et qui, de surcroît, relèvent de secteurs à forte employabilité, seront certainement touchés.

« L’État social » dont on rêve semble en mauvaise posture face à cette guerre imprévue, qui a bouleversé des prévisions déjà jugées trop optimistes lors de l’élaboration du budget 2026.

Des questions s’imposent : avons-nous commencé à mettre en place un plan d’urgence pour réduire les impacts dévastateurs de cette guerre ? Avons-nous pris des mesures efficaces capables de maintenir un minimum d’équilibre budgétaire garantissant les services essentiels assurés par l’État, ou bien recourra-t-on encore une fois à la solution la plus facile et la plus accessible, à savoir la taxation ?

Une chose est sûre : au fur et à mesure que cette guerre perdure, ses incidences seront de plus en plus importantes et aucun pays n’y échappera. Informer et expliquer au citoyen la situation réelle est le seul moyen de garantir son engagement aux côtés de l’État, et de favoriser une prise de conscience susceptible de modifier ses comportements au quotidien face à cette crise, au moment où certains pays ont eu recours à des solutions abracadabrantes. Continuer à faire la politique de l’autruche et à présenter une image propagandiste erronée ne ferait qu’aggraver la situation.

A suivre…

Abderrazek Krimi

Lire aussi: Le Moyen-Orient au cœur d’une crise du carburant sans précédent : l’asphyxie d’une région et du monde

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