Houda Ajili entre création, exil et univers fragmenté

Par Feriel Berraies Guigny, reporter senior et notre partenaire presse United Fashion for Peace 

On la connaît pour ses merveilleuses créations, notamment des chefs-d’œuvre de la peinture tunisienne et orientaliste. Elle en fait partie, c’est la nouvelle génération.

Un parcours et un chemin au féminin

Née en 1979 en Tunisie, Houda Ajili est une peintre et curatrice tunisienne. Diplômée en arts plastiques de l’Institut supérieur des beaux-arts de Tunis en 2004, elle complète son cursus universitaire en 2017 par un Master en médiations transculturelles sur l’éthique comme moteur de changement, aux universités de l’aire euro-méditerranéenne et des pays du Sud, en Italie. Entre 2008 et 2009, Houda Ajili bénéficie d’une bourse du ministère tunisien de la Culture et réalise, dans ce cadre, une année de résidence à la Cité internationale des Arts de Paris. En 2010, elle obtient un Master de recherche en philosophie contemporaine, spécialité esthétique, à la Faculté des sciences humaines et sociales de Tunis.

Elle présente son travail lors de nombreuses expositions personnelles et collectives en Tunisie, en Égypte, au Maroc, en Italie et en France, notamment au Salon d’Automne de Paris en 2014. Elle a également été la curatrice du premier Salon d’Automne international en Tunisie en 2014. Elle a fait partie de la commission d’achat d’œuvres d’art de l’État tunisien. Houda Ajili possède une expérience dans l’enseignement des arts plastiques et l’animation d’ateliers de peinture à visée caritative. Elle vit et travaille à Paris depuis peu et elle est membre de l’Atelier des artistes en exil.

Partir pour continuer à créer

Elle a quitté son pays natal en quête de liberté pour pouvoir explorer de nouveaux univers, là où la question du genre, les limites d’une certaine façon de penser créative et certains carcans ne sont plus une option. Quand nous nous sommes entretenus avec elle, nous avons écouté une artiste amoureuse de son pays, mais quelque peu en souffrance.

Souffrance de n’avoir pas été comprise dans son élan créatif, dans son univers bien à elle, si riche, si prolixe pourtant. Car elle en a des choses à raconter, de ses influences, de ses maîtres et aînés qui l’ont inspirée, de Frida Kahlo à Niki de Saint Phalle, ou encore les histoires de ses grands-parents, les paysages de son pays gravés dans sa mémoire. Les lamentations des mères et les chants de mariage se transforment en plaintes sourdes. La lumière dorée de Sidi Bou Saïd dialogue avec la Seine sous la pluie parisienne.

Deux lumières, deux mémoires, une seule peinture

Sa création est une tension toujours en devenir qui l’a obligée à se définir, à se réinventer constamment, à construire son identité d’artiste sans attendre que les autres ne la lui accordent.

L’exil de l’artiste : de nouvelles strates de vie à embrasser

« L’exil n’est pas une rupture — c’est une superposition de géographies intérieures. Je ne cherche pas à m’intégrer, je cherche à m’imposer comme citoyenne du monde. Et c’est précisément de cette stratification, de ces couches successives d’appartenances et de mémoires, que naît toute ma peinture », explique-t-elle.

Elle fait partie de ces artistes qui sont descendus dans la rue il y a quinze ans pour crier leur soif de changement et de liberté lors du Printemps du jasmin. Mais comme beaucoup de jeunes, notamment dans le domaine des arts et de la culture, le rêve s’est brisé. Puis est venue, à sa place, une forme d’hermétisme et de conservatisme de la pensée et de la création qui n’était plus en phase avec l’artiste.

Quitter sa terre bien-aimée est un deuil en soi, car il faut tout recommencer. Il faut détourner le regard de la matrice originelle et embrasser l’exil. Ce long chemin de croix où les racines deviennent atrophiées. Alors, ce qui sauve peut-être, c’est de rencontrer des destins semblables, des créatifs au parcours fragmenté. D’autres artistes en exil comme elle, qui ont traversé des situations plus complexes, venant parfois de pays en guerre.

Houda participera au 29e Salon international d’art et d’expression contemporaine, qui se tiendra à la Salle des conférences, Esplanade Charles-de-Gaulle à Aubusson (Creuse), du 28 juillet au 10 septembre 2026.

Cette exposition internationale réunira des artistes de différentes sensibilités et disciplines, offrant au public un regard riche et pluriel sur la création contemporaine. Elle y présentera des œuvres dans lesquelles dialoguent la figure féminine, la calligraphie arabe et les valeurs de paix, d’humanité et de transmission qui nourrissent sa démarche artistique.

Related posts

50e Trophée Hassan II et 29e Coupe Lalla Meryem du golf: Quand le Maroc ouvre ses greens au monde

Championnat de Tunisie du Golf : Rabeh Badoui et Eya Laadhari décrochent les titres nationaux 2026

Mourad Zeghidi appelé à suspendre sa grève de la faim