Les champions d’Afrique 2004 «étrennaient» leur fabuleux sacre à l’occasion de la Coupe du monde organisée deux ans plus tard en Allemagne. Conduits par le Français Roger Lemerre, les Aigles de Carthage, dont c’était la 4e participation en phase finale, étaient versés dans une poule assez abordable comprenant l’Espagne, un des favoris habituels pour le sacre final, l’Ukraine et l’Arabie saoudite.
Après avoir concédé un frustrant nul (2-2) le 14 juin 2006 à Munich face aux Saoudiens (buts de Jaziri 23’ et Jaïdi 92’ pour la Tunisie, et Al Kahtani 57’ et Al Jaber 87› pour l’AS), ils avaient affaire ce lundi 19 juin en début de soirée à la formation ibérique conduite par Luis Aragones. Près de 52 mille personnes garnissaient les tribunes du coquet Gottlieb-Daimler Stadium de Stuttgart.
La Tunisie alignée en 4-3-2-1 se présentait dans la formation suivante : Boumnijel, Trabelsi, Jaïdi, Haggui, Mnari, Ayari (Yahia), Bouazizi, (Ghodhbane), Nafti, Chedly (Gmamdia), Namouchi et Jaziri.
Pour sa part, l’Espagne engageait le onze suivant : Casillas, Ramos, Pujol, Ibanez, Pernia, Xavi, Alonso, Senna, Garcia, Villa et Torres.
«Une préparation tronquée, une ambiance pas au top»
«Les problèmes avec Lemerre commençaient à faire jour, témoigne le demi défensif de Nuremberg, en Allemagne, Jawhar Mnari. Nous espérions passer pour la première fois de l’histoire de notre pays au second tour. Malheureusement, 40% des joueurs n’étaient pas totalement prêts. Il faut dire que la préparation n’était pas idéale. Plusieurs joueurs se trouvaient avec nous en stage de préparation alors qu’ils étaient blessés : Francileudo Santos, Hatem Trabelsi, Zied Jaziri… La convocation de David Jemmali était inopportune. Sans doute Roger Lemerre aurait-il dû aligner Anis Ayari à sa place lors de notre match initial. En tout cas, le nul (2-2) contre l’Arabie saoudite pour notre entame de Mondial nous a d’une certaine façon condamnés à l’exploit. Pourtant, jusqu’au dernier match contre l’Ukraine, nous aurions pu passer. Malheureusement, nous avons été battus le 23 juin à Berlin dans le match de vérité contre l’Ukraine (1-0, but de Chevchenko 70’). Depuis l’expulsion de Jaziri à la 46e minute, c’était devenu mission impossible».
Pourtant, comme lors de la CAN de Tunis, dans ce Mondial également, Mnari y était allé de son but habituel. Mais il n’en demeure pas moins que l’amertume était bien là.
«J’aurais préféré que l’équipe gagne ce match, relate-t-il.. Peut-être avons-nous payé le prix de notre préparation pas au top, de l’ambiance… Quelques erreurs individuelles et tactiques nous ont condamnés à la défaite (3-1) contre l’Espagne de Raul et Torres. Nous aurions pu éviter les 2e et 3e buts. Malgré tout, nous avons longtemps mené au score, de la 8e jusqu’à la 71e minute».
Et Mnari de raconter cet exploit qu’il n’oubliera sans doute jamais : «Ziad Jaziri profite d’un contre favorable suite à un ballon arraché par Ryadh Bouazizi à un demi ibérique. L’Etoilé avale l’espace côté droit et dribble dans la surface trois défenseurs, dont Pujol. Me voyant au point du penalty, il me sert. Ma reprise d’une demi-volée est d’abord renvoyée par Iker Casillas. Mais le grand gardien espagnol ne peut rien sur ma deuxième tentative, effleurant à peine le cuir. Un honneur exceptionnel, celui de marquer un but au meilleur gardien du monde, une grande sensation. Par ailleurs, en tant que fervent supporter du Barça, marquer un but au keeper du Real me donnait une satisfaction supplémentaire».
Après ce Mondial, Mnari allait être élu meilleur demi défensif de la phase aller du championnat d’Allemagne 2006-2007.
«Le Bayern de Munich voulut m’engager. Malheureusement, j’ai contracté une blessure qui m’a laissé inactif durant un mois et demi. Un rêve s’était envolé», se rappelle-t-il.
Pour les Aigles de Carthage, aussi, un rêve s’évaouissait, celui de passer pour la première fois la phase des groupes d’un Mondial. Une performance derrière laquelle la sélection nationale court toujours…