Jordanie : l’huile d’olive tunisienne au cœur d’une affaire de fraude

L’huile d’olive tunisienne fait parler d’elle en Jordanie, et pas seulement pour ses qualités gustatives. Depuis quelques jours, le royaume, qui table sur une production pouvant atteindre 30 000 tonnes pour la campagne agricole 2026/2027, est confronté à une affaire de fraude qui prend de l’ampleur.

Tout part d’un constat simple : sur le marché jordanien, l’huile d’olive locale se vend environ une fois et demie plus cher que l’huile tunisienne. Un écart que certains opérateurs peu scrupuleux ont vite appris à exploiter. Le procédé est rudimentaire mais lucratif. Des fraudeurs achètent des bidons de cinq litres d’huile tunisienne, vendus autour de 21 dinars jordaniens l’unité (soit environ 90 dinars tunisiens), les vident dans des contenants neutres, puis les écoulent comme de l’huile d’olive jordanienne e la nouvelle campagne, à un tarif bien supérieur.

Les soupçons ne visent pas uniquement des revendeurs isolés. Certaines huileries sont désormais dans le collimateur des autorités. On les soupçonne d’acquérir de grandes quantités d’huile tunisienne au point qu’on parle même d’épuisement des stocks et de les verser dans leurs réservoirs afin de les mélanger à l’huile fraîche de la nouvelle campagne. Le produit ainsi coupé serait ensuite vendu à prix fort, en tirant parti de la bonne réputation de l’huile tunisienne. Une pratique qui, si elle était avérée, constituerait une tromperie du consommateur sur l’origine et la composition du produit, tout en fragilisant la crédibilité de la filière oléicole jordanienne.

Cette polémique n’éclate pas dans un contexte anodin. En 2025, la Tunisie a exporté environ 10 000 tonnes d’huile d’olive vers la Jordanie, afin de pallier la pénurie de production locale pour la saison 2025-2026. À l’époque, les prix de l’huile jordanienne avaient connu une hausse vertigineuse, sous l’effet de coûts de production élevés. L’arrivée de l’huile tunisienne a permis le retour sur les étals d’un produit très prisé, apprécié des consommateurs jordaniens pour sa qualité et son prix plus accessible.

C’est précisément ce succès qui nourrit aujourd’hui les dérives. Entre protection du consommateur, traçabilité de l’origine et préservation de l’image de l’huile tunisienne, l’affaire pose la question du renforcement des contrôles : inspections dans les huileries et les points de vente, analyses en laboratoire pour détecter les coupages, vérification de l’étiquetage. À l’approche d’une campagne 2026/2027 qui s’annonce plus généreuse, les autorités jordaniennes ont tout intérêt à sécuriser la filière pour préserver la confiance du public.

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