L’association féministe Aswat Nissa procédera, le 12 août à Tunis, au lancement officiel d’une plateforme en ligne destinée à enregistrer, documenter et suivre les cas de féminicides. Cette présentation interviendra simultanément à la publication de son rapport annuel portant sur l’année 2025. Cette interface constitue la première du genre en Tunisie ; elle a pour mission centrale de centraliser les informations relatives à ces crimes. Par ailleurs, elle vise à combler les lacunes des données publiques existantes en offrant un accès direct aux chiffres et aux contextes pour les chercheurs, les professionnels des médias et les acteurs de la société civile.
Cette initiative émerge dans un contexte où les homicides sexistes restent récurrents et où les mécanismes de prévention et de protection affichent des carences structurelles. D’autre part, les décomptes préliminaires inclus dans le rapport font état d’au moins trente féminicides recensés en 2025, contre vingt-six cas documentés pour l’exercice 2024. À cela s’ajoute la réserve émise par l’organisation concernant l’écart probable entre ces chiffres et la réalité terrain, en raison des difficultés persistantes d’accès à l’information et de l’absence d’un registre public exhaustif. L’analyse rétrospective des données de 2024 met en évidence la prédominance du cadre familial et conjugal dans ces passages à l’acte. En sus, trente-six pour cent des auteurs identifiés étaient les maris des victimes, les autres cas impliquant des ex-conjoints, des enfants, des pères ou d’autres parents proches. Par ailleurs, seize de ces affaires ont été enregistrées dans la région du Grand Tunis.
La loi organique n° 58 de 2017, relative à l’élimination des violences à l’égard des femmes, constitue un texte législatif de référence dans la région. Cependant, les associations locales et les instances internationales signalent régulièrement des difficultés dans son application effective, notamment en ce qui concerne l’évaluation des risques, l’accès réel des victimes aux dispositifs de protection et la disponibilité des structures d’accueil spécialisées. Par conséquent, Aswat Nissa entend utiliser cette nouvelle plateforme non seulement comme un répertoire statistique, mais aussi comme un instrument de documentation et de plaidoyer pour renforcer la prévention et la responsabilisation des institutions publiques. Qui plus est, le choix du 12 août, veille de la Journée nationale de la femme tunisienne, revêt une portée symbolique particulière en référence à la promulgation du Code du statut personnel en 1956. En plus de la collecte de données, cet outil servira de levier pour exiger des politiques publiques plus efficientes en matière de protection des femmes victimes de violences.
MBY