​ L’attaque contre le Qatar rebat les cartes au Moyen-Orient

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Par A. Kerkeni

​L’attaque récente d’Israël, ciblant une délégation du Hamas sous la protection qatarie en pleine négociation de paix pour Gaza, a envoyé une onde de choc au-delà des frontières de la région. Ce n’est pas tant l’acte en lui-même qui est analysé, mais la perception qu’il a été mené avec la connaissance, voire l’assentiment tacite, des États-Unis. Cette réalité, si elle se confirme, marque une rupture géopolitique et macroéconomique majeure pour le Moyen-Orient. Au sein de la région, cette agression est largement perçue non pas comme une simple action isolée contre le Qatar, mais comme une attaque symbolique contre tous les alliés des États-Unis.

Une trahison diplomatique et une escalade sans précédent
​L’attaque a brisé toutes les lignes rouges de la diplomatie. Elle a ciblé une délégation du Hamas, invitée par le Qatar pour négocier un accord de paix avec Israël. En agissant ainsi, Israël a non seulement violé la souveraineté du Qatar, un allié stratégique des États-Unis, mais a également torpillé les efforts de médiation en cours. Cette agression est perçue comme un message clair que la diplomatie et le dialogue ne sont pas des voies privilégiées pour la résolution du conflit. Elle jette une lumière crue sur l’attitude d’Israël et sur l’inaction des États-Unis, qui ont été perçus comme des complices passifs de cette agression.

Géopolitique : L’amitié à l’épreuve de la realpolitik
​Depuis des décennies, les relations entre le Qatar et les États-Unis reposent sur un pacte tacite : la sécurité en échange de la stabilité énergétique et d’un rôle de médiateur clé dans la région. Le Qatar, qui abrite la plus grande base militaire américaine au Moyen-Orient, a investi massivement dans cette alliance, la considérant comme un rempart indispensable face aux menaces régionales. L’épisode actuel vient fissurer cette certitude.
​L’attaque israélienne, perçue comme un manque de respect flagrant pour la souveraineté d’un allié stratégique des États-Unis, signale une chose : la hiérarchie des alliances. Pour Washington, l’allié israélien prévaut sur les partenariats traditionnels, même si ces derniers sont des médiateurs essentiels et des fournisseurs cruciaux d’énergie.
​Cette réalisation pourrait accélérer une tendance déjà en cours : la diversification des alliances. Le Qatar, conscient de cette « dépendance » sécuritaire, pourrait chercher à renforcer ses relations avec d’autres puissances, comme la Chine et la Russie. Ces dernières, désireuses d’étendre leur influence, trouveront un terrain fertile pour offrir des alternatives en matière de sécurité, d’investissement et de commerce. La fin de l’illusion américaine pourrait donc marquer le début d’un monde multipolaire au Moyen-Orient.

Macroéconomie : Une transition en marche
Sur le plan macroéconomique, les répercussions pourraient être significatives. Une remise en question des alliances pourrait impacter les flux d’investissement et la stabilité des marchés énergétiques.

  • Diversification des partenariats économiques : Le Qatar, qui a des projets de diversification de son économie, pourrait rediriger ses investissements vers des pays non-occidentaux. Cela pourrait se traduire par des contrats d’armement, des projets d’infrastructure ou des collaborations technologiques avec des acteurs asiatiques, par exemple.
  • Risque sur le marché pétrolier et gazier : Bien que le Qatar et ses voisins n’aient pas intérêt à une flambée des prix qui nuirait à l’économie mondiale, une détérioration des relations avec les États-Unis pourrait rendre les marchés plus volatils. La sécurité des voies maritimes, comme le détroit d’Hormuz, pourrait devenir un point de friction, impactant les prix du pétrole et du gaz, ainsi que le fret maritime mondial.
  • Les Accords d’Abraham à l’épreuve : Le processus de normalisation entre Israël et certains pays arabes, symbolisé par les Accords d’Abraham, pourrait également être remis en question. Une montée de la tension dans la région pourrait geler, voire faire reculer, ces avancées diplomatiques. Cela aurait des conséquences sur les investissements et les projets de coopération bilatéraux qui étaient en cours de développement.

​De ce fait, l’attaque récente agit comme un miroir, reflétant la dure réalité d’une géopolitique où les intérêts priment. Si les conséquences immédiates sont encore à évaluer, le message est clair pour les pays de la région : le temps de l’amitié inconditionnelle est révolu. C’est le début d’une nouvelle ère, où la prudence, la diversification et le pragmatisme seront les maîtres-mots pour survivre dans un monde en constante mutation.

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