La Confédération des Entreprises Citoyennes de Tunisie (CONECT) et le Groupement Professionnel des Opticiens ont organisé une importante conférence de réflexion le jeudi 18 juin à l’hôtel Sheraton de Tunis, en partenariat avec Attijari Bank. Malgré un savoir-faire d’excellence qui n’a rien à envier aux standards européens, le secteur de l’optique reste entaché par l’ampleur du marché informel. Face à ce constat, les professionnels présents ont collectivement réfléchi à des solutions.
L’événement a réussi le tour de force de rassembler autour d’une même table des opticiens, des distributeurs, des compagnies d’assurance, ainsi que des autorités législatives et de régulation. Pour Bilel Foudhaili, président du Groupement Professionnel des Opticiens de la CONECT, cette union sacrée est une première prometteuse : « Pour la première fois, le ministère de la Santé, le ministère du Commerce et la FTUSA (Fédération Tunisienne des Sociétés d’Assurances) nous ont fait l’honneur de leur présence. Ce soutien institutionnel démontre la prise de conscience collective de l’importance de nos enjeux. »
Réformer le secteur
Un des problèmes soulevés par les différents participants est le cadre réglementaire, avec un cahier des charges qui remonte aux années 1970. À l’ère de l’intelligence artificielle et de la numérisation globale, travailler avec des textes cinquantenaires peut laisser la porte ouverte à toutes les dérives.
Les discussions ont également portées sur les bonnes pratiques à adopter par l’opticien, notamment en ce qui concerne le remboursement par les assurances. Opticiens et compagnies d’assurances ont également cherché à réduire l’écart qui se creuse entre les boutiques conventionnées par les assurances et celles qui ne le sont pas. Les opticiens présents ont notamment souligné que les commerces conventionnés étaient largement préférés par une clientèle qui cherche à minimiser ses dépenses dans le contexte économique actuel.
Le fléau de l’informel
Comme l’a souligné Khalil Ammour, membre du bureau exécutif du groupement professionnel des distributeurs, la Tunisie bénéficie de commerces d’optique modernes, d’une excellente formation et de produits de haute qualité importés légalement via les douanes et soumis à des certifications strictes.
Cependant, la concurrence déloyale fait rage sur un nouveau terrain : internet et les réseaux sociaux. Boosté par l’intelligence artificielle, le marché informel propose des visuels publicitaires attrayants et des tarifs bas pour des produits qui s’avèrent être des contrefaçons de mauvaise qualité. Ces verres et matériaux non conformes, vendus hors du circuit exclusif des opticiens, représentent un véritable danger pour les yeux des utilisateurs.
Aslan Berjeb, président de la CONECT, a rappelé que l’optique, loin d’être un simple commerce, est un secteur paramédical, qui apporte une expertise et concerne la santé. « Si on l’oublie, a-t-il poursuivi, le citoyen se tourne inévitablement vers le marché informel, vers la contrefaçon, et la profession perd tout son sens. »
Vers une feuille de route transparente et connectée
Pour la CONECT, l’avenir de la profession passe par un dialogue franc et constructif avec l’État. Aslan Berjeb a conclu les travaux par un appel à la mobilisation : « chaque ministère a ses propres priorités, et nous devons inscrire les nôtres en phase avec les leurs pour servir l’intérêt national ». « Mais tout ce qui doit être entrepris doit l’être de manière transparente », a-t-il poursuivi. Selon lui, les compromis à huis clos et les arrangements de couloir ne mènent à rien. « L’avenir exige de la clarté. Chacun doit faire son travail, fixer des standards élevés, définir des revendications claires et valoriser notre profession », a-t-il finalement conclu.


