Les Tunisiens ont vécu la nuit dernière un véritable cauchemar, et ce n’est malheureusement pas la première du genre. Depuis plusieurs jours déjà, le pays suffoque sous une vague de chaleur exceptionnelle, avec des températures dépassant par endroits les 45 à 50 degrés. Dans ce contexte déjà éprouvant, les coupures d’eau et d’électricité sont venues transformer une situation difficile en une véritable épreuve du quotidien. Impossible de se rafraîchir, impossible de conserver ses aliments, impossible parfois même de dormir dans des appartements devenus de véritables fournaises une fois la climatisation coupée pendant des heures entières.
Face à cette situation devenue proprement intenable, la colère a fini par éclater. Des habitants sont descendus dans la rue dans plusieurs régions du pays — à Sfax, à Nabeul, à Monastir, mais aussi ailleurs — pour dénoncer ces coupures de courant à répétition qui n’épargnent ni les foyers, ni les commerces, ni les industries. Certains témoignages, relayés sur les réseaux sociaux, évoquent des scènes dramatiques : des personnes âgées ou malades privées d’électricité au moment où elles en avaient le plus besoin, des appareils médicaux à domicile brutalement arrêtés, des ascenseurs bloqués avec des habitants coincés à l’intérieur en pleine canicule. Le sentiment d’abandon est palpable, et la colère grandit à mesure que les jours passent sans qu’aucune solution durable ne soit annoncée.
Comme si cela ne suffisait pas, les incendies sont venus s’ajouter à ce tableau déjà sombre, jetant un pavé supplémentaire dans la mare. Ces derniers jours, les flammes ont ravagé tour à tour plusieurs régions du pays. Hier encore, c’était au tour de la zone montagneuse de Jebel Sidi Mekki et du mont Nadhour, entre Raf Raf et Ghar El Melh, de s’embraser, mobilisant les équipes de la protection civile dans une course contre la montre pour protéger les habitations les plus proches. Au même moment, la région de Jendouba payait elle aussi un lourd tribut, avec des hectares entiers de forêt partis en fumée. Nos forêts brûlent les unes après les autres, et une population à bout de souffle assiste, impuissante et résignée, à la répétition presque rituelle de ces catastrophes estivales.
Et face à tout cela : le silence. Un silence assourdissant du côté des autorités, qui peinent à apporter la moindre explication claire à des citoyens en droit de comprendre ce qui se passe réellement dans leur pays. Pas de communication officielle rassurante, pas de plan d’action présenté publiquement, pas la moindre esquisse de calendrier pour sortir de cette spirale. Ce mutisme nourrit un sentiment d’abandon et alimente toutes les rumeurs, dans un pays où la confiance envers les institutions est déjà mise à rude épreuve.
Pire encore, tous les indices laissent penser que la fin de la crise n’est pas pour demain. Les prévisions météorologiques n’annoncent aucune baisse significative des températures dans l’immédiat, et les infrastructures électriques, déjà à bout de souffle, semblent incapables d’absorber une demande en constante augmentation. La situation, loin de s’améliorer, pourrait donc bien s’installer durablement, avec son lot de coupures, de restrictions et de mécontentement grandissant.
Alors la question se pose, simple et lancinante : jusqu’à quand devra-t-on tenir ? D’autant que toutes les catégories de la population sont frappées de plein fouet par cette crise, sans distinction. Des commerçants voient leur activité s’effondrer au fil des coupures, leurs marchandises périssables se dégrader faute de réfrigération continue, et leurs recettes fondre à vue d’œil en pleine saison estivale, période pourtant cruciale pour beaucoup d’entre eux. Des industriels, de leur côté, se retrouvent avec des machines à l’arrêt et des chaînes de production paralysées, victimes de coupures récurrentes qui désorganisent totalement leur activité, entraînant des pertes financières considérables et menaçant parfois des emplois. Et la liste des victimes collatérales de cette crise ne s’arrête malheureusement pas là : artisans, restaurateurs, agriculteurs, familles modestes — tous, à des degrés divers, subissent aujourd’hui les conséquences d’une crise qui semble avoir pris de court des autorités visiblement dépassées par l’ampleur des événements.
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