À l’occasion de sa venue en Tunisie, « la légende vivante du violon », Patrice Fontanarosa, nous accorde un entretien, à la croisée de la mémoire artistique et de la transmission. Violoniste d’exception, issu d’une famille d’artistes, il incarne depuis des décennies une vision profondément humaniste de la musique, où l’émotion, la couleur et la pensée ne font qu’un.
Entre confidences personnelles, réflexions sur son parcours, regards sur la jeune génération et hommage à la musique comme langage universel, cet échange dévoile un artiste pour qui le violon n’est pas seulement un instrument, mais une manière d’habiter le monde. Une rencontre d’une grande intensité, à l’image de son jeu, habitée par la sensibilité, l’exigence et une inaltérable foi dans le pouvoir de l’art. Entretien.
Entretien conduit par Nadia Ayadi
Qu’est-ce qui vous a conduit vers le violon ?
Ayant commencé le violon à trois ans, je n’ai jamais choisi cet instrument, seuls mes parents en sont responsables.
Issu d’un milieu artistique, vos parents étant peintres, comment avez-vous composé avec cet héritage par rapport à la musique et à l’interprétation ?
La foi de mes parents dans le rôle de l’art dans la vie m’a fortement impressionné et je l’ai faite mienne jusqu’à aujourd’hui.
Si vous n’aviez pas été musicien, quel autre métier auriez-vous souhaité faire ?
J’aurais aimé de toute façon être sur scène. Sans doute comédien ou chanteur d’opéra. Peut-être chef d’orchestre… Mais de ma vie, je n’ai jamais remis en question mon statut de violoniste.
Si vous deviez traduire votre jeu de violon en une palette de couleurs, quelles teintes y trouverait-on ? Et que révèlent-elles de votre univers intérieur ?
Les harmonies de la musique sont faites de couleurs de tons clairs qui correspondent à la lumière et aux tons sombres qui correspondent aux drames, les tons majeurs et les tons mineurs. Par exemple, pour les tonalités, « la » majeur, j’imagine le bleu, pour le « ré » mineur, j’imagine les couleurs brunes, pour le « sol » mineur, la couleur est rouge, pour le « si » ou « mi » majeur, le bleu très clair…
Dans votre approche du violon, comment s’équilibre aujourd’hui l’exigence technique avec l’expression de l’émotion ?
Quand les premiers éléments de la technique du violon sont assimilés, c’est l’expression et l’émotion qui façonnent le jeu de l’instrumentiste… Oui, la lecture des œuvres évolue avec le temps, comme nous.
Comment choisissez-vous les œuvres que vous interprétez, et certains compositeurs occupent-ils une place particulière dans votre univers musical ?
Les grands compositeurs de l’histoire de la musique sont ceux que j’aime bien sûr, mais je suis attiré par certaines œuvres davantage que par les compositeurs, pour autant mon cœur s’incline fortement vers les élans du romantisme.
Vous êtes invité en Tunisie par la Fondation Hasdrubal Mohamed Lamouri pour la culture et les arts. Que représente pour vous cette invitation et quel regard portez-vous sur l’action de la Fondation dans la promotion de la musique et des échanges artistiques ?
Je ne peux qu’être admiratif et reconnaissant envers la Fondation Hasdrubal qui éclaire et promeut généreusement l’importance et la place que l’art doit avoir dans la vie humaine. Et la musique sous la direction artistique et talentueuse de Laurent Jost, est très efficace.
Lors de ce séjour, vous avez eu l’occasion d’échanger avec de jeunes musiciens tunisiens, que retenez-vous de ces rencontres et quel regard portez-vous sur cette nouvelle génération ?
Les jeunes artistes tunisiens entendus pendant les masterclass se révèlent avec une qualité qui me semble primordiale, leur engagement lorsqu’ils jouent et leur incroyable besoin d’apprendre… Les résultats sont aujourd’hui vraiment convaincants. J’admire leur volonté et leurs désirs qui portent maintenant de beaux fruits.
Vous vous produisez pour la troisième fois en Tunisie, quel regard portez-vous sur le public tunisien ?
Mon expérience du public tunisien montre une écoute particulièrement attentive et enthousiaste. Il est si chaleureux et pour les artistes, c’est une grande qualité.
Le programme qui a été mis sur scène met à l’honneur les grands airs d’opéra, de Giuseppe Verdi à Giacomo Puccini, en passant par Jules Massenet. Comment le violon parvient-il à restituer la puissance vocale et la dimension dramatique de ce répertoire ?
Je ne pense pas que le violon puisse égaler la puissance vocale des chanteurs d’opéra. Pour autant, il me semble capable de chanter la musique avec une intensité émotionnelle qui compense peut-être cette grande différence.
Vous avez partagé la scène avec Hassen Doss. Comment décririez-vous cette collaboration artistique et le dialogue musical qui s’est installé entre vous ?
Avec la découverte de Hassen Doss, il se révèle à moi un artiste d’envergure, un grand ténor vaillant avec une voix étonnante, une personnalité et une présence très attachante. Je suis heureux de le connaître. C’est un grand chanteur.
La musique semble profondément ancrée dans votre vie familiale, vous êtes venu en Tunisie accompagné de votre fille Stéphanie qui vous a accompagné au piano sur scène, vous avez également formé un trio avec votre sœur, la pianiste Frédérique Fontanarosa, et votre frère, le violoncelliste Renaud Fontanarosa. Que vous a apporté cette expérience artistique en famille ?
Les liens familiaux sont évidents. Les intentions de leurs interprétations à l’écoute de leur musique apparaissent comme une homogénéité et une unité de pensée souvent étonnante.
Quel conseil essentiel donneriez-vous aujourd’hui à de jeunes musiciens souhaitant s’engager dans une carrière internationale ?
Travailler, travailler, chercher à s’améliorer, ne pas se laisser décourager… et avoir confiance dans la valeur de ses propres sentiments.
Plus largement, comment percevez-vous l’évolution du rôle du musicien et l’avenir de la musique aujourd’hui ?
Bien qu’ayant malheureusement une place très discrète parmi les élites qui nous gouvernent mais grâce à la confiance mise en ma personne par les responsables de la Fondation Hasdrubal, je suis convaincu que le monde de la culture doit favoriser l’entente entre les peuples et promeut l’importance de la fraternité qui sauvera le monde.
Pour conclure, si vous deviez résumer en une phrase ce que la musique vous a appris sur la vie, que diriez-vous ?
Je dirais que comme dans la vie, la valeur universelle de la musique est l’amour. γ