La Tunisie n’est pas uniquement riche de ses milliers d’années d’Histoire. La géographie y a aussi contribué.
Placé à un endroit miroitant de la Méditerranée, notre pays jouit de potentialités climatiques enrichissantes.
En dépit du dérèglement, prouvé, du climat à travers le globe depuis bientôt un demi-siècle, (rappelons-nous du premier sommet de l’environnement à Stockholm en 1972), le territoire national bénéficie d’atouts majeurs : le soleil, le vent et la mer. Ils sont porteurs d’énergies non point épuisables comme celles qu’on tire à grands frais des entrailles de la terre, mais renouvelables et à bon marché.
Certes, il y a eu, en ce domaine, des tentatives très timides, au demeurant. On se souvient du lycée de Kairouan chauffé au soleil au cours des années soixante par l’entremise du regretté savant Bechir Turki (1931-2003), commissaire à l’époque de l’énergie atomique. D’ailleurs, c’est de cette époque que datent les premières réflexions sur l’utilisation, à des fins civiles, de l’atome. Ces cogitations ont été, subrepticement, mises en sourdine. Comment, se demandèrent nos contempteurs, un petit pays ose-t-il se mesurer aux grands ?
Pourtant, c’est à la Tunisie qu’échut l’insigne honneur de présider en 1969 l’assemblée des gouverneurs de l’Agence internationale de l’énergie atomique dont le siège est à Vienne.
Les choses étant ce qu’elles furent, on aurait dû emprunter le chemin de l’énergie solaire.
Mais, là aussi, point de déclic. Nous nous suffisons de l’énergie thermique quoiqu’il nous en coûtât. L’on constate aujourd’hui avec déplaisir, après des décennies d’atermoiement, que le déficit de notre balance commerciale est essentiellement dû au poids, sans cesse élevé, des intrants pour la production d’électricité, un bien désormais de première nécessité.
C’est Lénine (1870-1924), en haranguant ses affidés russes au lendemain de la révolution de 1917, qui donna sa propre signification du communisme : « c’est les soviets plus l’électricité ». Sauf que la Russie a beaucoup de pétrole alors que nous, n’en avons que très peu. Les raisons ?
J’en citerai une qui peut prêter à sourire si elle n’était consignée par le général de Gaulle (1890-1970) dans ses mémoires d’espoir parus en 1970 chez Plon : « Bourguiba demande à me voir. Nous passons ensemble à Rambouillet la journée du 27 février 1961. J’ai devant moi un lutteur, un politique, un chef d’État dont l’envergure et l’ambition dépassent la dimension de son pays. Depuis toujours, il est le champion de l’indépendance tunisienne. Il s’est sans cesse opposé à la France, à laquelle, cependant, l’attachent sa culture et son sentiment…
La question de Bizerte n’est, pour Bourguiba, qu’un détour pour en venir à l’essentiel. Ce dont il est anxieux surtout, c’est de procurer à son pays certains agrandissements du côté de ses confins sahariens, si, comme on peut le prévoir, le grand désert doit être un jour remis à une Algérie souveraine.
Bien entendu, c’est le pétrole qui soulève cette convoitise. On n’en a pas découvert sur le territoire tunisien. Or, justement, les Français en trouvent et exploitent des sources abondantes à proximité, dans les régions d’Hassi-Messaoued et d’Ejelé.
Ne pourrait-on pas modifier la frontière de telle sorte que la Tunisie soit mise en possession de terrains pétrolifères ?
Ce serait, suivant Bourguiba, d’autant plus justifiable que la délimitation entre le Sahara et le Sud de l’ancienne Régence a été naguère tracée d’une façon vague et contestable. Mais je ne puis donner suite à cette demande car rien ne justifiait que nous consentions à démembrer le territoire algérien. Bourguiba accueille sans plaisir cette fin de non-recevoir » (PP. 106-107-108).
Ces deux démiurges appartiennent depuis belle lurette à l’Histoire. Qu’avons-nous fait pour remédier à ce couac géologique ?
Pourquoi avoir attendu si longtemps pour capter une infinité d’énergie dispensée par le soleil durant presque 300 jours par an ?
Pourquoi n’avons-nous pas capitalisé notre savoir-faire ancestral d’utilisation à bon escient des mouvements des vents par le truchement des moulins – les éoliennes d’aujourd’hui – dont quelques spécimens survivent encore au Cap-Bon ?
Les eaux de mer peuvent également, si elles sont bien domestiquées, fournir de quoi faire tourner certains engins.
Les déchets ménagers qui encombrent nos villes ne sont-ils pas un combustible pour la production de gaz ?
En 1980, lorsque je portais la charge de la commune de l’Ariana, j’avais initié un projet dans ce sens qui aurait permis, moyennant l’édification d’un incinérateur, de fournir de l’énergie à l’hôpital Abderrahmane Mami. C’eût été un modèle réduit mais patent de l’économie dite circulaire.
Mais que voulez-vous, comme le claironnait notre chantre éternel Al-Mutanabbi (915-965).
« On n’atteint point tout ce que l’on espère
Les vents soufflent dans la direction que les voiliers ne désirent guère »
Du passé, faisons table rase !
Ô enfants de la patrie, reprenez le chemin de l’Histoire et faites en sorte que « le ciel, le soleil et la mer »* illuminent ce vieux pays des merveilles.
Bon vent !
* En écho à la mélodie qui a accompagné, à Paris, nos âges tendres, au cours des sixties, fredonnée par le compositeur-chanteur François Deguelt (1933-2014)