Le secteur du textile et de l’habillement demeure un pilier essentiel de l’économie tunisienne, mais il navigue actuellement entre des performances économiques solides et des défis structurels profonds. Cette industrie, qui assure plus de 150 000 emplois répartis dans plus de 1 500 entreprises, représente un rouage crucial du tissu productif national puisque 85% de sa production est destinée à l’exportation. Les récents chiffres officiels montrent d’ailleurs une progression constante, avec des exportations atteignant 3 942 millions de dinars lors des cinq premiers mois de 2025, soit une augmentation de 2,61% par rapport à la même période de 2024. Le ministre de l’Économie et de la Planification anticipe même un volume d’exportations de 9 365 millions de dinars pour l’ensemble de l’année, confirmant ainsi la résilience du secteur dans un contexte international pourtant volatile.
Cette croissance apparente masque cependant des réalités plus contrastées, car le secteur doit composer avec des difficultés internes et une concurrence régionale de plus en plus agressive. La filière Denim, qui emploie environ 30 000 travailleurs, constitue le maillon faible face aux produits égyptiens et marocains bénéficiant de soutiens financiers et énergétiques plus avantageux. Pourtant, la diversification des productions – allant du prêt-à-porter aux textiles techniques pour l’automobile ou l’aéronautique, en passant par les textiles de maison – offre traditionnellement une certaine flexibilité face aux fluctuations du marché. Parallèlement, les investissements étrangers directs ont connu une hausse de 42% au premier semestre 2025 pour atteindre 131,8 millions de dinars, mais cette tendance positive ne compense pas intégralement les obstacles structurels persistants.
Le secteur se heurte fondamentalement à des contraintes législatives et financières qui entravent son développement à long terme. Le cadre juridique actuel, caractérisé par des procédures bureaucratiques complexes, limite la création de nouvelles entreprises et l’expansion des unités existantes, tandis que le coût du financement représente un frein supplémentaire particulièrement pour les petites et moyennes entreprises. Le contexte international ajoute une couche de complexité, car les marchés européens font face à une récession qui affecte directement la demande de vêtements en provenance de Tunisie. Maintenir les niveaux d’exportation de 2024 constitue donc déjà en soi un objectif ambitieux. Les perspectives d’avenir reposent ainsi sur une transformation profonde du secteur, avec un renforcement de la qualité et l’adoption de normes environnementales et sociales qui pourraient constituer un avantage compétitif sur des marchés mondiaux de plus en plus exigeants.