L’agence de notation Moody’s Ratings a rendu public, à l’issue d’un comité tenu le 16 juillet 2026, les conclusions de son examen périodique de la note souveraine de la Tunisie. Si elle n’a pas procédé à un ajustement formel de sa notation, elle a en revanche actualisé son diagnostic de la situation économique et financière du pays à l’aune de sa grille d’analyse et des derniers développements conjoncturels.
Malgré un contexte marqué par la flambée des prix du pétrole , les importations énergétiques ont bondi de 38 % entre janvier et mai 2026 en comparaison annuelle , les réserves de change tunisiennes sont restées étonnamment stables. Elles couvraient l’équivalent de 3,3 mois d’importations à la fin du mois de juin 2026. Moody’s attribue cette résilience à plusieurs facteurs : la bonne tenue des exportations agricoles, la progression continue des transferts de la diaspora tunisienne, et une hausse de 14 % des investissements directs étrangers sur un an au premier trimestre 2026. Par ailleurs, le remboursement, en juillet 2026, du dernier emprunt obligataire international d’envergure (eurobond) a permis d’alléger le calendrier d’amortissement de la dette extérieure pour les années à venir. L’agence note également que la Tunisie bénéficie toujours d’un soutien financier résiduel de la part de ses partenaires internationaux, même si ce concours demeure ponctuel et insuffisant au regard des besoins globaux de l’État.
Sur le front budgétaire, Moody’s estime que l’année 2026 marque une pause dans l’effort de consolidation des comptes publics. Cette situation s’explique par l’alourdissement de la masse salariale de la fonction publique et par le lancement des premiers projets inscrits dans le Plan national de développement 2026-2030, déjà intégrés au budget de l’exercice en cours. L’agence craint par ailleurs que la cherté des hydrocarbures sur les marchés mondiaux n’aggrave la charge des subventions à l’énergie, qui représentaient déjà environ 20 % des dépenses publiques en 2025, soit 6,8 % du PIB. La rigidité de la structure des dépenses publiques est pointée comme l’une des principales fragilités du profil financier tunisien. Moody’s attribue au pays une note de « force économique » de « ba3 », traduisant une richesse nationale modeste, une croissance structurellement atone, des freins persistants à l’emploi et au développement d’un secteur privé dynamique, ainsi qu’une capacité limitée à capter davantage d’investissements étrangers. L’agence ajoute que ces contraintes alimentent les phénomènes d’émigration et de fuite des cerveaux. Côté gouvernance et institutions, la note attribuée est de « b2 », reflétant les difficultés récurrentes dans la conduite des réformes financières et la transformation du cadre institutionnel, même si cette faiblesse est en partie contrebalancée par une politique monétaire et macroéconomique jugée relativement efficace.
La solidité budgétaire de la Tunisie est classée « caa1 » par Moody’s, en raison de la dégradation continue des indicateurs de dette et de déficit sur la dernière décennie, du caractère structurellement difficile à réduire de certaines dépenses, et des risques liés aux garanties accordées aux entreprises publiques, qui constituent des passifs potentiels supplémentaires pour l’État. Le score indicatif final de l’agence se situe entre B3 et Caa2, contre une fourchette initiale entre B2 et Caa1. L’agence souligne en outre que les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) pèsent négativement sur la note tunisienne, avec un score CIS-4 reflétant une exposition très élevée aux risques sociaux, une gouvernance jugée faible et une capacité limitée des finances publiques à amortir les chocs sociaux. Elle reconnaît toutefois que les transferts de la diaspora jouent un rôle de stabilisateur important face aux faibles perspectives de revenus.
La perspective « stable » associée à la notation tunisienne repose sur l’hypothèse que les besoins de financement extérieur resteront maîtrisés. Mais Moody’s met en garde contre plusieurs vulnérabilités persistantes : les pressions liées aux prix élevés de l’énergie, l’endettement public toujours très élevé et le recours continu au financement monétaire par la Banque centrale. L’agence estime que les risques sont globalement équilibrés. Une amélioration de la note pourrait intervenir en cas de progrès durables dans les réformes structurelles, d’une accélération de la consolidation budgétaire, d’une reprise de la croissance et d’un accès renforcé à des financements extérieurs à des coûts soutenables. À l’inverse, une dégradation serait envisageable en cas de pression accrue sur les réserves de change, de durcissement des conditions de liquidité intérieure ou d’aggravation des déséquilibres budgétaires et extérieurs.
Enfin, Moody’s précise que les notes de la Banque centrale de Tunisie (BCT), classées Caa1 avec perspective stable, restent inchangées, la BCT étant chargée de l’émission et du remboursement des instruments de dette pour le compte de l’État.
MBY