Oiseaux Migrateurs : Plus de 100 000 oiseaux chassés illégalement chaque année en Tunisie

Du 16 au 18 octobre, dix partenaires issus de huit pays méditerranéens se sont réunis à Tunis afin de renforcer les moyens de lutte contre la mise à mort, la capture et le commerce illégal des oiseaux sauvages (IKB, Illegal Killing, Taking and Trade of Birds). En Tunisie, le manque de données, les moyens limités et la méconnaissance de la législation compliquent la protection des espèces.

L’initiative est copilotée par l’association tunisienne Les Amis des Oiseaux (AAO/BirdLife en Tunisie) et la Société pour la protection et l’étude des oiseaux de Serbie (BPSSS), en collaboration avec l’Institut de recherche pour la conservation des zones humides méditerranéennes (Tour du Valat), BirdLife International et la Direction générale des forêts (DGF).

Plus de 100 000 oiseaux chassés illégalement chaque année en Tunisie

Selon les estimations des associations, plus de 100 000 oiseaux seraient tués illégalement chaque année en Tunisie. À l’échelle de la Méditerranée, les ONG estiment qu’entre 11 et 36 millions d’oiseaux seraient tués ou prélevés illégalement dans la nature chaque année (The Killing 3.0).

Derrière ces chiffres, l’ampleur exacte du phénomène reste difficile à mesurer, faute de données suffisantes et d’outils de suivi. En effet, les associations de la société civile (OSC) sont souvent dépourvues d’outils numériques harmonisés pour documenter les infractions.

Les causes de la chasse illégale sont multiples : alimentation, précarité, traditions, croyances, recherche de revenus ou encore entraînement de chiens.

La législation peine à protéger toutes les espèces

En Tunisie, les difficultés ne se limitent pas au recensement des oiseaux victimes de braconnage. La législation présente des limites en matière de protection des espèces. Si une liste officielle identifie les oiseaux protégés, certaines espèces menacées restent exposées à la chasse, car elles sont absentes de cette liste. L’évolution du cadre juridique demeure un processus long et complexe, alors que les pressions sur la biodiversité s’accentuent.

À ces pressions s’ajoutent les effets du changement climatique et de l’urbanisation. Les épisodes de chaleur estivale et de froid hivernal, ainsi que la destruction des habitats, fragilisent davantage les populations d’oiseaux. Le développement de parcs éoliens soulève également des questions lorsqu’ils sont implantés sur des voies migratoires.

Les engagements internationaux nécessitent un suivi

La protection des oiseaux migrateurs ne peut reposer uniquement sur des mesures nationales. Ces espèces traversent plusieurs pays au cours de leur migration, ce qui rend indispensable la coopération entre les territoires concernés.

La Tunisie dispose à cet égard d’un patrimoine naturel important. Le pays compte plus de 1 000 zones humides, naturelles et artificielles, dont 42 sont actuellement reconnues comme zones humides d’importance internationale au titre de la Convention de Ramsar. Ces espaces jouent un rôle important dans l’alimentation, le repos et la reproduction de nombreuses espèces.

Toutefois, l’existence de conventions et de plans de protection ne garantit pas leur efficacité. Leur mise en œuvre doit s’accompagner de moyens suffisants, d’un suivi régulier et d’une coordination entre les institutions et les organisations de terrain.

Le Plan stratégique de Rome 2020-2030, adopté dans le cadre de la Convention sur les espèces migratrices (CMS), fixe notamment l’objectif de réduire d’au moins 50 % les IKB d’ici à 2030. Cependant, selon les données rapportées par l’initiative, près de 83 % des pays signataires ne sont pas en voie d’atteindre cet objectif.

Renforcer les capacités des organisations locales

Cette rencontre entend répondre à une partie de ces difficultés en améliorant les compétences techniques des organisations locales, notamment en matière de collecte de données, de suivi des infractions et de recours aux outils numériques. L’objectif est de faciliter le partage des connaissances et de renforcer la coopération transfrontalière afin de produire des informations comparables et exploitables.

Fondée en 1975, l’AAO mène notamment des actions de sensibilisation, d’observation sur le terrain et de protection des zones humides contre certains aménagements. L’association engage également des actions en justice pour défendre les oiseaux et leurs habitats.

Au-delà du renforcement des compétences, l’enjeu est de traduire les engagements internationaux en résultats concrets sur le terrain. La rencontre s’est achevée par une sortie sur le terrain destinée à observer la faune et à rechercher des traces de braconnage.

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