Édité par Cérès Éditions, « Qabou El Hafsia » est le premier roman du journaliste et spécialiste en relations presse Mohamed Amine Ben Hlel. Le roman a fait son apparition à la Foire du livre de Tunis le 3 mai dernier, en présence de l’auteur, avant de retrouver ses lecteurs le 8 mai à la librairie Al Kitab pour une séance de signature, de dédicace et un débat avec l’auteur.
« Qabou El Hafsia » est un roman simple dans son écriture, fluide dans sa narration, mais profond dans ce qu’il raconte. C’est le genre de livre où, au fil des pages, on oublie qu’on est en train de lire une histoire : on la vit. Les personnages deviennent familiers, presque proches, comme si on les avait déjà croisés quelque part. On reconnaît dans chacun d’eux quelqu’un que l’on connaît dans la vraie vie : un voisin, un ami ou même un inconnu dont l’histoire ressemble à ce qu’on est en train de lire.
Le roman est inspiré d’un personnage réel et porte des messages qui nous plongent dans quelque chose de profondément authentique. Il traite de sujets qui comptent vraiment, avec des messages clairs pour ceux qui les cherchent, mais aussi des messages plus subtils, à lire entre les lignes, pour ceux qui savent écouter. C’est là l’une de ses grandes qualités. Il respecte l’intelligence du lecteur. Il ne lui explique pas tout, il ne lui dit pas quoi penser. Il ouvre une fenêtre et dit : regardez. Et ce qu’on y voit dépend de ce qu’on a vécu et de ce qu’on porte en soi.
Parmi les grands thèmes abordés par le roman figure celui de l’injustice. Cette injustice quotidienne que l’on voit, que l’on subit et dont on parle rarement à voix haute. L’injustice qui laisse les victimes seules face à leur douleur. Il y a aussi la torture dans les prisons, décrite avec une honnêteté qui glace. Sans oublier les conditions de vie difficiles de ceux qui essaient, qui travaillent, qui rêvent et qui se retrouvent malgré tout au bord du précipice. Ce roman ne détourne pas le regard. Il regarde les choses en face, et c’est précisément là qu’il accroche le lecteur.
Mais ce n’est pas qu’un roman sombre. Il y a aussi de l’amour. Du vrai. Celui qui ne se termine jamais comme on l’aurait voulu. Des histoires d’amour inachevées que la vie empêche d’aboutir, non pas par destin, mais à cause des circonstances et des contraintes sociales. Ces histoires-là aussi nous parlent. On les a vécues ou on les a vues se vivre autour de nous.
Les personnages du roman ne sont pas des héros hors du commun. Ce sont des gens ordinaires, avec leurs contradictions, leurs erreurs et leurs moments de courage inattendu. Un homme usé par la vie mais qui n’a jamais perdu son sens de la justice. Des jeunes qui ont tout donné et qui se retrouvent face à des portes fermées. Des femmes qui portent tout en silence. Et des voix que personne n’a voulu entendre et qui finissent, d’une manière ou d’une autre, par se faire entendre. À travers chaque personnage, le lecteur pensera forcément à quelqu’un qu’il connaît.
Mohamed Amine Ben Hlel écrit pour être lu, pas pour impressionner. Son écriture est accessible, directe et sans longueurs inutiles. Les dialogues sonnent juste : on entend les personnages, on ne se contente pas de les lire. Et lorsque les scènes deviennent dures, l’auteur ne cherche jamais à provoquer artificiellement l’émotion. Il raconte simplement les choses telles qu’elles sont. Et c’est justement cela qui touche.
Ne vous attendez pas à un roman lourd du début à la fin. Il y a du rythme, du suspense et des rebondissements que l’on ne voit pas venir. Des scènes captivantes qui tiennent en haleine. Des touches d’humour noir qui font sourire malgré la gravité de certaines situations. C’est le genre de livre qu’on ouvre en se disant « juste un chapitre » et qu’on referme deux heures plus tard, la lumière encore allumée.
« Qabou El Hafsia » est disponible dès maintenant dans les librairies en Tunisie ou sur commande en ligne sur Ceres Bookshop. C’est un roman qui mérite vraiment d’être lu. Le genre de livre qu’on n’achète pas pour le laisser prendre la poussière sur une étagère, mais qu’on garde en tête longtemps après l’avoir refermé.
Khouloud Azzabi