Raffinage de l’or : l’Afrique cherche à retenir chez elle la valeur de sa production

L’Afrique assure près d’un quart de l’extraction mondiale d’or, mais son industrie de transformation demeure marginale. Seulement un dixième environ de ce métal est traité sur le continent. Le reste quitte les pays producteurs sous forme brute pour rejoindre la Suisse, la Belgique, la Turquie, les Émirats arabes unis, la Chine, l’Inde ou le Canada. Par ailleurs, le cours de référence fixé à Londres s’applique à l’or raffiné et non au minerai exporté tel quel. Par conséquent, la plus grande partie de la plus-value échappe aux États africains, qui se contentent de percevoir des redevances, des dividendes et des taxes d’un montant limité. Ce déséquilibre s’est installé durablement, car les sociétés multinationales ont longtemps évité d’investir dans des unités de transformation, préférant maintenir le continent dans un rôle de fournisseur de matière première. À cela s’ajoute la responsabilité de dirigeants africains peu enclins à défendre une stratégie industrielle. Résultat, plus de 70 % de l’or officiellement extrait est affiné à l’étranger, une proportion qui grimpe à 90 % si l’on tient compte de la production informelle.

La flambée des cours a modifié les calculs. Le prix de l’once a dépassé le seuil historique de 5 000 dollars en février, porté par les tensions géopolitiques et les incertitudes économiques. Dans ce contexte, une douzaine de pays se sont lancés dans la construction de raffineries. L’Afrique du Sud fait figure de précurseur avec Rand Refinery, créée en 1920, qui traite l’or brut du Ghana, d’Afrique du Sud, de Tanzanie, de Namibie et de la République démocratique du Congo. Elle reste la seule unité du continent à bénéficier de l’accréditation de la London Bullion Market Association, sur les 67 que compte le monde. Le Zimbabwe a suivi avec Fidelity Gold Refinery, entrée en service en 1988 et détenue par le fonds souverain national. Cette unité avait obtenu le label LBMA en 1989 avant de le perdre en 2008, lorsque la production du pays est passée sous le seuil de 10 tonnes par an. Elle tente aujourd’hui de le retrouver, faute de quoi son or subirait une décote sur les marchés internationaux. Le Rwanda s’est joint au mouvement en 2019 avec Gasabo Gold Refinery. Bien que sa production nationale reste inférieure à 0,5 tonne par an, le pays a exporté pour près de 1,5 milliard de dollars d’or en 2024, grâce au traitement de métal importé ou en transit.

Le Ghana, premier producteur du continent avec 140 tonnes par an, a franchi une étape en inaugurant le 8 août 2024 la Royal Ghana Gold Refinery, capable de traiter 400 kilogrammes par jour à une pureté de 99,99 %. Pour l’alimenter, l’État rachète en monnaie locale 30 % de la production des grandes compagnies, ce qui a permis à la Banque centrale de renforcer ses réserves de change. Les autorités visent l’accréditation LBMA à l’horizon 2030. La République démocratique du Congo a mis en service le 11 mars 2026 à Kalemie la DRC Gold Refinery, fruit d’un partenariat entre l’entreprise publique DRC Gold Trading et la société privée Lunga Mining. D’une capacité de 500 à 600 kilos par mois, soit environ 7,2 tonnes par an, elle produit des lingots à 99,9 %. D’autres unités sont envisagées à Kinshasa, dans le Maniema, dans les Grandes Orientales et dans le Grand Kasaï. Le Burkina Faso a inauguré le 29 septembre 2026 la Raffinerie nationale d’Or, dont le chantier avait démarré en novembre 2023 pour un investissement initial de 19 millions de dollars. Raffinor-BF affiche une capacité de 164 tonnes par an, extensible à 515 tonnes. Le président Ibrahim Traoré a insisté sur la volonté de son pays de maîtriser l’ensemble de la chaîne de valeur, l’or constituant sa principale ressource minière. Un nouveau code des investissements autorise l’État à détenir au moins 35 % du capital des sociétés exportatrices. La Guinée a expédié ses premiers lingots le 9 octobre 2026 depuis Nimba Gold Refinery, installée à Conakry. Avec une capacité de 2 000 kilogrammes par jour, extensible à 4 000, elle est présentée comme la plus grande du continent. Un décret présidentiel a instauré un registre national de traçabilité et interdit toute sortie d’or brut, une période transitoire de 90 jours ayant pris fin le 6 octobre 2026. Les exportations guinéennes d’or brut sont estimées à 70 tonnes en 2025, dont 50 issues de l’exploitation artisanale. Le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed a inauguré le 10 octobre 2026 la première raffinerie de son pays, implantée dans la Zone économique spéciale de Bole Lemi à Addis-Abeba. La National Precious Metals Refinery a nécessité environ 50 millions de dollars, portés par une coentreprise où Ethiopian Investment Holding détient la majorité. Elle propose fonte, essais, affinage, moulage et fabrication de lingots à une pureté de 99,90 % à 99,99 %, ainsi qu’un service de certification. L’Éthiopie, qui a produit 44 tonnes en 2025-2026 pour 5,65 milliards de dollars de recettes, se positionne comme un centre de traitement pour l’Afrique de l’Est. Le Mali a lancé en juin 2025 la construction de SOROMA-SA à Bamako, en partenariat avec un groupe russe, pour une capacité d’environ 120 tonnes par an. La Côte d’Ivoire prévoit l’entrée en production de sa première raffinerie au premier semestre 2027, avec une capacité de 100 tonnes par an. Une douzaine d’unités sont ainsi en activité ou en chantier en Afrique du Sud, au Zimbabwe, au Rwanda, au Ghana, en Tanzanie, au Burkina Faso, en Côte d’Ivoire, en Éthiopie, au Mali, en République démocratique du Congo et au Nigeria.

Le raffinage présente plusieurs atouts pour les pays producteurs. Il permet de capter une part plus importante de la valeur ajoutée, la transformation de l’or ne requérant pas de technologies complexes. Il facilite aussi la traçabilité du métal et la lutte contre l’informel, la contrebande et les pertes de recettes. En sus, il alimente les réserves de change des banques centrales et accroît les recettes d’exportation. Toutefois, la construction d’une raffinerie ne suffit pas. La question de l’accréditation demeure centrale. Sans le label LBMA, il reste difficile d’écouler l’or raffiné sur les marchés internationaux aux meilleures conditions. Il serait donc utile que les pays concernés convainquent les banques centrales et les négociants mondiaux que l’or traité en Afrique offre des garanties de traçabilité au moins équivalentes, afin d’éviter des décotes importantes. Une autre condition de réussite réside dans l’encadrement de la production artisanale. La démarche de la Banque nationale d’Éthiopie, qui a proposé aux mineurs artisanaux des prix supérieurs aux cours internationaux pour les inciter à passer par des canaux formels, pourrait servir de référence. Malgré ces difficultés, exporter un produit raffiné localement, même à un degré de pureté inférieur, reste plus avantageux pour les États africains que de vendre leur or à l’état brut.
MBY

Related posts

Fortes explosions à Riyad et près d’Aramco

Pour renforcer l’engagement et assurer la réalisation du projet : Tunis Bay annonce la nomination d’Alia Al Shamlan au poste de Directrice générale

Kasserine : 85 000 hectares programmés pour la culture des céréales