Réforme du cinéma et de l’audiovisuel : L’UPICA dessine les contours d’une véritable industrie économique

Face aux mutations du paysage culturel et économique, l’Union Professionnelle d’Industrie Cinématographique et Audiovisuelle (UPICA) propose une refonte globale du secteur à travers un projet de réforme structurelle soumis au ministère des Affaires culturelles.
Cette initiative majeure ambitionne de moderniser les politiques publiques en remplaçant un cadre législatif devenu obsolète. L’enjeu est de taille : unifier les procédures administratives, dynamiser les circuits de production et de distribution, stimuler la création d’emplois et maximiser la contribution de la culture au Produit Intérieur Brut. L’UPICA souhaite ainsi opérer un changement de paradigme, en faisant évoluer le cinéma tunisien d’une démarche de création purement individuelle vers une industrie intégrée et créatrice de valeur. Pour y parvenir, le projet s’articule autour de quatre orientations stratégiques.

Modernisation du cadre légal et attractivité économique
Le premier levier de cette transformation s’appuie sur le projet de loi numéro 3 de l’année 2024, actuellement à l’étude au sein de l’Assemblée des représentants du peuple. Ce texte prévoit d’abroger la loi historique de juillet 1960 sur l’organisation de l’industrie cinématographique ainsi que le décret de 2011 qui a instauré le Centre National du Cinéma et de l’Image (CNCI). En centralisant les réglementations, cette réforme vise à éliminer les contradictions textuelles et les lourdeurs bureaucratiques qui freinent le secteur depuis des décennies. La simplification des textes réglementaires favorisera des circuits de décision plus courts et posera les bases juridiques nécessaires pour attirer les investissements privés vers les infrastructures de production.

Autonomie financière et aménagement culturel du territoire
Le second volet concrétise le soutien financier au secteur par la mise en application de l’article 61 de la loi de finances 2026, qui donne naissance au Fonds d’encouragement à l’investissement cinématographique et audiovisuel. Ce mécanisme permettra d’injecter environ cent millions de dinars par an dans les caisses du CNCI. Fait marquant, la moitié de cette enveloppe sera confiée à la Société Tunisie Garantie afin de cautionner les crédits bancaires des entreprises du secteur, facilitant ainsi leur accès aux financements. Dans le cadre du plan de développement 2026-2030, ces fonds serviront à moderniser les laboratoires numériques pour le traitement de l’image et du son, à bâtir de nouveaux studios et à déployer un plan national visant à implanter ou rouvrir au moins une salle de cinéma par délégation d’ici 2030, notamment en s’appuyant sur l’élan des entreprises communautaires et l’intégration des jeunes diplômés.

Restructuration managériale et transition numérique du CNCI
Le troisième axe s’attaque à la réorganisation interne du Centre National du Cinéma et de l’Image afin de lui offrir la flexibilité indispensable à son nouveau rôle. Le personnel du centre sera désormais régi par le statut général des agents des établissements publics, ce qui permettra une gestion plus souple des carrières, des salaires et des contrats de travail. La gouvernance sera renforcée par la création de huit unités spécialisées conçues pour optimiser les ressources sans alourdir le budget de l’État. Par ailleurs, la révision des règles de fonctionnement du CNCI introduira des contrats d’objectifs et accélérera la numérisation complète de ses services administratifs. L’institution veillera aussi à accroître ses revenus propres grâce aux prestations fournies aux professionnels et créera un observatoire dédié à l’analyse des tendances du marché.

Relance de l’investissement et rayonnement international des régions
Le dernier pilier cible l’attractivité territoriale de la Tunisie par le biais de partenariats public-privé renforcés et d’une coopération accrue avec le Fonds Tunisien de l’Investissement et la Caisse des Dépôts et Consignations pour concrétiser des projets d’envergure. Le développement des compétences ne sera pas en reste avec la création d’une académie pour les nouveaux métiers techniques. Pour séduire les productions internationales à gros budget, le projet prévoit des incitations fiscales et douanières, des zones franches et des pôles cinématographiques régionaux au service de la décentralisation culturelle. Enfin, le déploiement régional de la Tunisia Film Commission avec l’Office National du Tourisme simplifiera les repérages, tandis qu’un guichet unique pour les autorisations de tournage verra le jour au CNCI, s’inspirant directement de l’étude menée en 2021 dans le cadre du programme européen Tfanen.

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