Le film Round 13 continue de récolter les fruits du succès. Une œuvre artistique qui mérite toutes ses récompenses. Et cette fois, la bonne nouvelle nous arrive directement de Cannes. Mohamed Ali Nahdi vient de recevoir le prix du Meilleur Film au Cannes Prestige Summit : une nouvelle victoire qui vient s’ajouter à une liste déjà bien remplie.
Tout a commencé à Tallinn, où le film a fait sa première mondiale en compétition officielle au Festival Black Nights. De là, Round 13 a voyagé de festival en festival, remportant le prix du Meilleur Film au Festival de Fajr en Iran, puis le Prix de la Meilleure Actrice pour Afef Ben Mahmoud au Festival International du Film du Caire, et le Prix de la Meilleure Interprétation Masculine pour Helmi Dridi au Festival du Film Méditerranéen d’Annaba. Autant de reconnaissances qui disent une chose simple : ce film touche partout où il passe.
La vie comme un ring invisible :
Le réalisateur propose une œuvre qui dépasse largement le cadre du film sportif. À travers une histoire simple en apparence, il construit un récit profondément humain, porté par une narration claire et une mise en scène sans artifices, où le combat ne se joue pas seulement sur un ring, mais dans la vie elle-même, traduisant par les silences et les regards ce que les mots ne peuvent pas toujours exprimer.
Le film raconte le combat d’une famille confrontée à une situation qui la dépasse. Face à la maladie grave de leur enfant, entre manque de moyens et sentiment d’impuissance, les parents tentent de résister et d’affronter une réalité bouleversante.
L’œuvre met en lumière le combat intérieur des parents, partagés entre espoir, peur et responsabilité, et offre un regard profond sur la vie, la fragilité humaine et l’instinct de survie. Elle aborde des thèmes sensibles qui peuvent toucher n’importe quel foyer : les obstacles face à la vie et à la maladie, le déni, l’installation progressive de la peur et de la souffrance. À travers ce parcours, les personnages traversent des étapes complexes où se mêlent fragilité, doute et résistance.
Au-delà de la maladie, le film propose une réflexion sur la vie elle-même : ses hauts et ses bas, ses épreuves inattendues et la capacité humaine à continuer malgré tout. Il en ressort une approche presque philosophique, où la douleur devient un espace de questionnement sur la force intérieure, la solidarité et l’instinct de survie. C’est une œuvre qui touche profondément et qui dépasse le simple cadre des images, laissant une empreinte émotionnelle durable et rendant certaines scènes particulièrement fortes et difficiles à oublier. Le film dérange aussi, en confrontant le spectateur à une réalité difficile sans détour : une œuvre qui fait mal, mais qui reste nécessaire et ne peut pas passer inaperçue.
Un casting au service de l’émotion :
L’une des forces majeures du film réside dans son casting, dont les interprétations profondément humaines donnent toute leur intensité au récit. Dans le rôle du père, Helmi Dridi incarne un homme confronté à ses limites, partagé entre impuissance et volonté de tenir face à l’épreuve. Son jeu, profondément expressif, traduit avec finesse le poids du combat intérieur et renforce la crédibilité du personnage.
À ses côtés, Afef Ben Mahmoud apporte une dimension émotionnelle forte. Elle incarne avec justesse la douleur, l’inquiétude et la résistance face à la situation, donnant au personnage de la mère une présence à la fois fragile et déterminée. Son interprétation renforce la tension dramatique du film et apporte une profondeur supplémentaire au récit.
Quant à l’enfant, Hedi Ben Jbouria offre une justesse hors du commun. Au centre de l’histoire, il apporte une sensibilité particulière : par la sincérité de son jeu et sa présence à l’écran, il accentue l’impact émotionnel du film. Sa fragilité, combinée à son naturel, rend certaines scènes encore plus fortes, presque bouleversantes, et contribue à ancrer durablement l’émotion dans l’esprit du spectateur.
Une écriture visuelle mesurée :
La dimension technique de Round 13 s’inscrit dans une recherche de réalisme et de proximité. La mise en scène repose sur une approche réfléchie qui privilégie la proximité avec les personnages. La caméra adopte souvent des plans serrés, captant les regards, les silences et les moindres réactions, ce qui renforce l’intensité émotionnelle.
Les mouvements restent mesurés, évitant tout effet inutile pour rester au plus près de la réalité du récit. Le montage prend le temps de laisser respirer les scènes : les silences, les pauses et les regards non dits deviennent des éléments clés, installant une tension progressive.
La bande sonore reste discrète mais efficace, laissant la place aux ambiances et aux silences pour donner au film une dimension intime et authentique.
Khouloud Azzabi