SNCFT : l’arbre qui cachait la forêt des défaillances !

Dans ce pays, on a effectivement tout vu. Mais l’incident survenu ce mercredi 10 juin dans la région de Sidi Bouali mérite qu’on s’y attarde, tant il résume à lui seul l’état de délabrement dans lequel se trouve l’entretien du réseau ferroviaire tunisien.
Le train 12-5/52, en provenance de Sousse et à destination de Tunis, a percuté un arbre poussant en bordure immédiate des rails, suffisamment près pour fracasser le pare-brise de la motrice. La scène prête à sourire, certes, mais elle n’a en réalité rien de comique. Car si les trains tunisiens ont l’habitude d’essuyer des jets de pierre — triste rituel devenu presque banal sur certains tronçons — être mis hors d’état par un arbre relève d’une tout autre catégorie de problèmes : celle de la négligence institutionnelle.
Les conséquences pour les passagers ont été immédiates et pénibles. Contraint d’interrompre son voyage, le conducteur a dû rebrousser chemin pour effectuer une manœuvre, laissant les voyageurs en rade. Ces derniers se sont retrouvés dans l’obligation d’attendre le train suivant pour espérer rejoindre la capitale.
Mais l’attente n’était que le début du calvaire. Le train suivant, déjà bondé comme à son habitude sur cette ligne, les a accueillis dans des conditions que l’on hésite à qualifier de transport public digne de ce nom. Pas de climatisation, une chaleur étouffante accumulée dans des wagons surchargés, des passagers debout, en sueur, entassés les uns contre les autres. 

Une question de sécurité que l’on ne peut plus esquiver
Mais au-delà du simple désagrément, c’est la dimension sécuritaire de cet incident qui doit alerter. Un arbre qui s’abat sur une motrice lancée à pleine vitesse, c’est potentiellement une catastrophe. Le choc aurait pu blesser grièvement le conducteur, exposé en première ligne derrière un pare-brise qui n’a manifestement pas résisté à l’impact.
Ce risque n’est pas théorique. Il est quotidien, latent, et concerne chaque tronçon où la végétation a été laissée à elle-même. Le conducteur, premier rempart face à l’imprévu, se retrouve exposé sans protection adéquate à des obstacles que nul n’a pris la peine d’anticiper ni d’éliminer. Quant aux voyageurs, ils embarquent chaque jour sans savoir que leur trajet longe parfois des arbres dont les branches peuvent, à tout moment, s’inviter violemment dans leur wagon.
L’incident était, à vrai dire, parfaitement prévisible. De nombreux points du tracé sont depuis longtemps marqués par cette végétation envahissante qui grignote progressivement l’espace vital de la voie ferrée, sans que les équipes de maintenance ne jugent utile d’intervenir. Il fut un temps — il y a de cela plus d’une décennie — où la SNCFT déployait régulièrement des engins spécialisés pour inspecter non seulement l’état des rails, mais aussi leurs abords immédiats. Cette pratique élémentaire de précaution semble aujourd’hui appartenir à une époque révolue.
Les voyageurs, eux, ont depuis longtemps tiré leurs propres conclusions. Nombreux sont ceux qui ont remarqué, au fil des trajets, que les branches d’arbres frôlent les wagons, parfois avec une violence surprenante. En été, lorsque la climatisation est en panne — ce qui est devenu la norme plutôt que l’exception dans la plupart des rames — les fenêtres restent ouvertes par nécessité. Résultat : des feuilles s’invitent sur les sièges, des branches effleurent les bras des passagers, et les moins avertis sursautent à chaque contact inattendu avec la végétation. Ce qui peut sembler anodin cache en réalité un danger réel : une branche projetée à grande vitesse à travers une fenêtre ouverte peut causer des blessures sérieuses.
Ce qui aurait pu n’être qu’une anecdote cocasse est en réalité le symptôme d’un mal plus profond : celui d’un réseau ferroviaire qui se dégrade faute d’entretien préventif, et d’une institution qui semble avoir renoncé aux fondamentaux de la sécurité ferroviaire. La responsabilité de la SNCFT est ici engagée sans ambiguïté. Laisser des arbres pousser sans contrôle le long des voies n’est pas une fatalité, c’est un choix — celui de ne rien faire — avec tout ce que cela implique comme risques pour les conducteurs et les passagers.
Un pare-brise brisé par un arbre, des passagers bloqués sous le soleil en attendant le prochain train, un conducteur exposé à un choc qui aurait pu lui coûter la vie : cet incident doit servir de déclencheur. Il est urgent que les autorités de tutelle exigent de la SNCFT un audit complet des abords de la voie ferrée et la reprise immédiate des opérations de débroussaillage et d’élagage. Avant que le prochain arbre, lui, ne laisse pas qu’un pare-brise brisé derrière lui.

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