Par Fériel Berraies Guigny, partenaire presse webzine.unitedfashionforpeace.com
Du Nord au Sud, les populations sont écrasées par des températures de plus en plus difficiles à soutenir.
Entre chaleur, sécheresse, canicule et feux, et à l’inverse inondations, ouragans, tremblements de terre et tsunamis, le monde, et surtout la matrice, hurle ses douleurs.
Mais au-delà de l’effet immédiat de ces désastres naturels, d’autres spectres se dessinent pour le monde, tous étant étroitement corrélés, car la machine en cours est difficile à stopper et le désastre global est déjà une réalité.
Lorsqu’une sécheresse détruit des récoltes, assèche les fleuves ou que les éleveurs ne trouvent plus de pâturages pour nourrir leurs troupeaux, la compétition pour les ressources augmente. Les tensions sociales, économiques ou ethniques déjà présentes peuvent alors dégénérer.
Le SUD, PREMIÈRE VICTIME, MAIS aussi le « SUD » du NORD
Le Sahel en est une illustration frappante. Depuis plusieurs décennies, la région connaît une diminution des précipitations et une dégradation accélérée des terres agricoles. Les conflits entre agriculteurs et éleveurs se sont multipliés. Des groupes armés profitent ensuite de ces fragilités pour recruter.
La Tunisie vers une pente climatique glissante
Malheureusement, ce sont souvent les populations les moins responsables du réchauffement climatique qui en subissent les conséquences les plus lourdes.
La Tunisie se situe dans l’un des points chauds du changement climatique en Méditerranée. Selon les projections du GIEC, le bassin méditerranéen se réchauffe plus rapidement que la moyenne mondiale. La raréfaction de l’eau, l’érosion côtière et les épisodes de sécheresse plus fréquents affectent déjà certaines régions du pays, notamment le Centre et le Sud. Lorsque les barrages atteignent des niveaux historiquement bas et que certaines régions subissent des restrictions d’eau, la question n’est plus théorique. Elle concerne l’agriculture, le tourisme, l’industrie et la vie quotidienne.
Le Sahel reste l’une des zones les plus préoccupantes. Le Mali, le Niger, le Burkina Faso ou encore le Tchad cumulent plusieurs vulnérabilités : pauvreté, croissance démographique rapide, fragilité institutionnelle, présence de groupes armés et pression croissante sur les ressources naturelles.
Mais le NORD est aussi devenu SUD
Nous assistons avec effroi à des scénarios que l’on nous avait pourtant prédits, mais en pensant naïvement que c’était à long terme ; or, le long terme est devenu immédiat. Entre canicules et feux de forêts qui détruisent la biodiversité, étangs, rivières et mares qui rejettent des poissons morts, le scénario devient plus qu’une fiction futuriste ; il devient un drame écologique certain et en cours !
Depuis la Révolution industrielle, les pays occidentaux portent une responsabilité majeure. L’Europe et l’Amérique du Nord se sont développées grâce aux énergies fossiles pendant plus de deux siècles.
Et les États-Unis restent aujourd’hui le premier émetteur historique de gaz à effet de serre. Mais la Chine est aussi devenue le premier émetteur mondial en volume.
L’Inde voit également ses émissions augmenter rapidement.
LA CROISSANCE À TOUT PRIX a surexploité les ressources naturelles de la Terre : LE CAPITALISME TUE À PETIT FEU LA TERRE ET SES HABITANTS
La globalisation économique s’est articulée autour d’un modèle de croissance qui repose largement sur l’exploitation intensive des ressources naturelles.
La recherche du profit à moindre coût a amené progrès et modernité, certes, mais les coûts environnementaux ont été terribles. Les modèles économiques ont longtemps détourné le regard de l’impact environnemental.
Si nous ne revoyons pas nos modèles de production, il est à craindre de plus grandes catastrophes. Le véritable enjeu consiste à tenir compte des limites de la planète.
Entre inaction climatique, déni politique et climatoscepticisme, nous sommes en train de construire les bases d’une finitude humaine sur le lit d’une hécatombe à venir.
Les conséquences continueront d’être dramatiques :
Pollution des sols, destruction des écosystèmes, atteintes à la santé publique, déplacements forcés de populations ou aggravation des inégalités.
Le chaos climatique est aussi le lit de la corruption environnementale
Ce n’est pas uniquement une question d’argent, mais aussi une question de justice sociale, car ce sont généralement les populations les plus vulnérables qui en paient le prix.
De Paris à Tunis, le problème est le même, mais les moyens sont différents et surtout la vulnérabilité est différente.
Chaque année, des records de chaleur sont battus dans les deux pays, et les incendies deviennent plus intenses. Les sécheresses s’allongent. Les inondations se multiplient. Mais ces événements sont souvent perçus comme des catastrophes isolées plutôt que comme les manifestations d’une même crise globale.
Changer nos modèles économiques ? Un vœu pieux impossible ?
Nos économies fonctionnent sur des modèles qui contribuent au problème.
Or, le changement est nécessaire. Mais changer implique des transformations profondes de nos modes de consommation, de production et de transport.
Cependant, les catastrophes vont se poursuivre, avec des vagues de chaleur de plus en plus intenses, des sécheresses qui vont affecter l’agriculture dans de nombreuses régions, des inondations côtières qui vont menacer des millions de personnes et des incendies de forêt qui continueront à progresser dans certaines zones.
MENU d’une catastrophe annoncée :
Insécurité alimentaire, déplacements de populations, augmentation des inégalités, tensions sociales, risques sanitaires.
Lisez notre entretien avec Yamina Saheb à ce sujet
Yamina Saheb Crédit photo: Laurent Hazgui
Droits humains menacés
Oui, le changement climatique est une atteinte aux droits des populations : pénuries alimentaires, manque d’eau, épidémies, pertes de logements.
MAIS LE PLUS GRAVE, c’est l’impact sur les droits fondamentaux des personnes comme le droit à l’alimentation, à la santé ou à l’eau.
La crise climatique est aussi une crise des droits humains
Selon le GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), les émissions de gaz à effet de serre résultant des activités humaines depuis l’ère préindustrielle en sont responsables. Et cela, on le sait depuis longtemps, mais rien n’est fait !
Les États ont progressivement reconnu qu’ils avaient l’obligation de prendre des mesures pour lutter contre le changement climatique non seulement au regard du droit de l’environnement, mais également au regard du droit international relatif aux droits humains. En 1992, la communauté internationale a cherché à agir en créant la première convention internationale de lutte contre le changement climatique : la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC). Mais plus de trente ans après, les intérêts économiques et le manque de volonté politique ont entravé l’action climatique.
ALERTE DANGER pour l’humanité
L’inaction climatique menace non seulement l’avenir de la planète, mais aussi nos droits. L’inaction de nos gouvernements du NORD comme du SUD face à la crise climatique, en dépit des preuves scientifiques, EST la plus grave violation intergénérationnelle des droits humains de toute l’histoire.
Les plus pauvres, discriminés et marginalisés, au NORD comme au SUD, seront les premières cibles.
C’est d’autant plus injuste quand on sait que ce sont les personnes les moins responsables qui sont les premières victimes de la crise climatique.
Les pays dits développés, en Europe ou en Amérique du Nord, ont une responsabilité historique dans la crise climatique. Industrialisés dès le XIXᵉ siècle, ces pays ont historiquement généré plus d’émissions que les autres. Aujourd’hui encore, ils font partie des principaux émetteurs de gaz à effet de serre, aux côtés d’autres pays qui les ont rejoints, comme les pays producteurs de pétrole et de charbon.
Les 10 % les plus riches de la planète sont responsables des deux tiers du réchauffement climatique depuis 1990, selon une étude publiée dans Nature Climate Change (2025).
Malgré cette profonde injustice climatique, les pays à haut revenu et à fortes émissions ne font pas assez pour lutter contre le changement climatique.
Les États riches ne peuvent plus nier les effets néfastes du changement climatique sur les droits humains. Leur inaction condamne des millions de personnes à la faim, aux maladies, aux déplacements forces et à des morts prématurées.
BATTONS-NOUS POUR LAISSER UNE TERRE RESPIRABLE À NOS ENFANTS, DU NORD AU SUD !
AMNESTY INTERNATIONAL appelle à la responsabilité des États pour mettre en œuvre les obligations auxquelles ils sont tenus par le droit international en faveur du respect, de la protection et de l’exercice des droits humains face à la crise climatique :
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Protéger les personnes en éliminant d’urgence les émissions de gaz à effet de serre ;
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Aider les populations touchées à s’adapter à un changement climatique inévitable ;
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Garantir que l’action pour le climat soit compatible avec le respect des droits humains ;
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Garantir le droit de chacun·e à l’information, à la participation et à la réparation ;
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Accorder des réparations aux victimes de pertes et préjudices ;
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Accroître la coopération et l’aide internationales ;
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Sauvegarder les droits humains des personnes déplacées ou menacées de déplacement par le changement climatique ;
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Reconnaître le droit à un environnement sûr, propre, sain et durable ;
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Réglementer les entreprises.
Nous devons changer nos habitudes, et ce ne sont pas les climatiseurs qui vont sauver le MONDE !
Oui, il est temps que nous, les citoyens du MONDE, disions non aux sinistres climatiques et au statut de futurs réfugiés climatiques que nos enfants risquent de devenir. Cessons de subir le chaos climatique !
La lutte contre le changement climatique ne consiste pas seulement à réduire les émissions de gaz à effet de serre. C’est aussi une question de justice humaine.
Rejoignez la campagne Avaaz de Yamina Saheb et lisez notre entretien inédit avec la scientifique sur UFFP
Instigatrice du terme de « sobriété » dans le rapport du GIEC en 2022, elle s’intéresse à cette notion d’abord de manière scientifique dans le cadre de ses études d’ingénieure, puis croise les disciplines et s’y intéresse de manière sociétale.
Yamina Saheb est née à Alger en 1971. Elle sort major de sa promotion de l’École militaire d’Alger.
En 2000, elle arrive en France pour poursuivre deux diplômes : celui de l’EHESS en économie du développement et celui de l’École d’architecture de Paris-La Villette en politiques paysagères.
Dès les années 2010, elle commence à mener une bataille pour faire apparaître le terme de « sufficiency », soit « sobriété » en français, dans les rapports de l’Agence internationale de l’énergie et dans les rapports du centre de recherche de la Commission européenne.
Sherazade Zaiter – Tous droits réservés)
En conclusion, seule la sobriété telle qu’évoquée par la scientifique Yamina Saheb pourrait jeter les jalons d’une amélioration.
Sobriété, quésaco ?
Ce sont les limites planétaires qui permettent de garantir le bien-être pour tous. Mais cette sobriété n’est possible que si elle est validée par des politiques publiques pour permettre à chacun·e de respecter les limites planétaires.
Yamina Saheb a organisé en 2023 le premier Sommet mondial sur la sobriété avec l’Australie et David Ness, professeur à l’Université de South Australia, auquel ont assisté plus de 700 participants. Elle crée en 2024 le Laboratoire mondial des sobriétés (World Sufficiency Lab) pour répondre aux enjeux de sobriété, ce qui passera par une nécessaire remise en question de nos habitudes de vie et de consommation.
Une bataille au long cours pour imposer le concept de sobriété, rien que dans la sémantique
Sufficiency, en anglais, signifie sobriété — un concept qui n’a pas été facilement accepté. Il y a eu beaucoup de détracteurs, mais Yamina Saheb s’est plongée dans la littérature scientifique pour in fine constater qu’il n’existait pas en tant que tel.
La sobriété est un ensemble de politiques publiques de long terme qui évitent en amont la demande de matériaux, d’énergie, de terres, d’eau et d’autres ressources naturelles, tout en garantissant un niveau de vie décent pour tous dans le cadre des limites planétaires.
Sobriété = niveau de vie décent
Il s’agirait d’un ensemble de conditions matérielles essentielles au bien-être humain (logement, alimentation, équipements de base, soins de santé, transport, information, éducation et espace public). La sobriété résout le problème d’une consommation équitable de l’espace et des ressources. Elle va au-delà du cadre dominant de la demande énergétique, au-delà de l’efficacité et du comportement individuel.
Dans l’OCDE, seule la France fait apparaître le mot dans sa loi de 2015, mais sans dire précisément ce que cela recouvre.
Officiellement, la France dispose depuis 2022 d’un plan de sobriété qui devait permettre de réduire de 10 % la consommation d’énergie en 2024. De toutes les mesures annoncées à l’époque (limitation de la température à 19 °C – et à 18 °C les jours de tension sur le réseau d’électricité –, suppression de l’eau chaude dans les bâtiments publics, plafond à 110 km/h pour les fonctionnaires en déplacement professionnel), tout est resté de la théorie.
La lutte contre le changement climatique ne consiste pas seulement à réduire les émissions de gaz à effet de serre. C’est aussi une question de justice humaine et de reconnaissance des responsabilités et des vrais coupables. Il faut que les politiques publiques agissent en conséquence et reconnaissent les limites et les frontières écologiques quand il s’agit de produire.
Il faut tenir compte des populations et prendre en charge les souffrances physiques et mentales que ces canicules leur infligent. L’air suffocant à plus de 40 degrés, la menace des incendies, le manque d’eau : ces conséquences du changement climatique se répètent chaque été et de façon plus intense. Elles alimentent l’angoisse des humains DU NORD AU SUD. Ce mal-être a un nom : l’éco-anxiété.
Ce sera le sujet d’un prochain papier. En attendant, soyez résilients et, à votre niveau, protégez la planète en étant plus sobres et respectueux de votre environnement (incluant faune et flore, ainsi que l’usage des ressources naturelles quand elles sont accessibles).