Sousse : enfin de l’eau de mer devenue eau potable

Il y a des inaugurations qui relèvent du protocole, et d’autres qui répondent à un besoin réel. Celle de la station de dessalement de Sidi Abdelhamid, que le ministre de l’Agriculture, Ezzeddine Ben Cheikh, inaugure ce vendredi à Sousse, appartient à la seconde catégorie. Pour les habitants du Sahel, qui comptent leurs heures de robinet à sec depuis plusieurs étés, c’est une bonne nouvelle.

Huit ans, c’est le temps qu’il aura fallu à ce projet lancé en 2018 : différends avec le consortium, échéances repoussées, essais interminables. Huit ans pendant lesquels on a demandé aux familles de Sousse, de Monastir et de Mahdia de stocker, de patienter, puis d’accepter des coupures nocturnes dès le mois de juillet. Que les premières quantités d’eau dessalée alimentent désormais le réseau, c’est la preuve qu’un chantier enlisé peut aboutir.

La bonne nouvelle est aussi stratégique. Avec des barrages du Nord dont les réserves fondent et des nappes surexploitées, comme celles de Kairouan et de Sidi Bouzid, compter sur la seule pluie relève du pari. Après Sfax, la mer devient une ressource à part entière, que le changement climatique ne tarit pas. Les 50 000 m³ quotidiens de Sidi Abdelhamid, avec la perspective d’un doublement, ne résoudront pas tout : ils soulageront pourtant les périodes de pointe, là où le réseau craque.

Faut-il pour autant crier victoire ? Pas encore. Le doute s’est installé cet été sur la qualité de l’eau, entre hydrocarbures évoqués par certains élus et système de filtration mis en cause, même si la direction de la station dément les rumeurs d’une eau impropre. Ces interrogations ne sont pas des procès d’intention : elles portent sur ce que boiront les Tunisiens. Il appartient aux autorités d’y répondre avec des analyses publiées, pas avec des communiqués rassurants.

Reste enfin une question de fond : le dessalement est coûteux, notamment en énergie, et ne dispensera pas d’économiser l’eau, de réparer les fuites et de réformer la gestion de la ressource. La station de Sidi Abdelhamid est une pièce du puzzle, non la solution miracle.

Mais ce vendredi, il y a de quoi se réjouir. Une infrastructure attendue pendant huit ans entre enfin au service des habitants, et c’est le genre de nouvelle que le Sahel attendait. Il reste à la rendre durable : une eau de qualité, un débit régulier et une transparence totale sur les chiffres. Si ces conditions sont réunies, on pourra alors dire que la patience aura été récompensée.

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