Pour certains analystes, la crise actuelle, générée par la guerre entre les USA et l’Iran ainsi que le blocus imposé par les deux parties devant le trafic au niveau du détroit d’Ormuz, fait penser au choc pétrolier de 1973 qui a précipité l’économie mondiale dans sa première plus grande récession depuis la deuxième guerre mondiale. Cependant, la situation actuelle semble totalement différente à deux égards :
D’une part, l’économie mondiale actuelle ne s’est pas totalement remise des retombées de la crise financière de 2008-2009, et, d’autre part, les économies du Moyen-Orient – à commencer par l’Arabie saoudite et l’Iran – ont développé une industrie moderne dans de nombreux secteurs. L’une des plus grandes usines d’engrais au monde, par exemple, se situe en Arabie saoudite. Les pays du Golfe produisent près de 10 % de l’aluminium mondial et occupent une place stratégique dans l’approvisionnement en hélium, en soufre et en brome, qui sont des ressources essentielles à de nombreuses industries, dont celle des semi-conducteurs (source : alternatives économiques).
Devenue un centre majeur de la pétrochimie, l’Arabie saoudite fournit une part significative des importations européennes de plastique. L’aéroport de Dubaï, aux Emirats arabes unis, s’est imposé comme la première plate-forme aéroportuaire mondiale en nombre de passagers. Les conséquences immédiates du conflit – sans parler des conséquences à plus long terme – ne se cantonnent donc pas au seul secteur énergétique.
Hausse des prix des produits de première nécessité
Dans pareil contexte, la spéculation va battre de plein fouet. La pétrochimie, l’agro-industrie et les transports, entre autres, sont fortement perturbés, ce qui entraîne une hausse des prix et des tensions sur les approvisionnements des entreprises. A titre d’exemple, e prix du polyéthylène, l’un des plastiques les plus utilisés pour l’emballage des produits, est passé d’environ 1400 euros à près de 2000 euros la tonne. L’aviation civile doit faire face à une flambée du kérosène, dont le prix en Europe a été multiplié par 2,5 par rapport à la moyenne de 2025, selon l’Association internationale du transport aérien. En conséquence, plusieurs compagnies aériennes ont déjà prévu des suppressions de vols, car ils ne sont plus assez rentables dans de telles conditions.
Ce mécanisme d’inflation et de spéculation affecte tout particulièrement les produits de première nécessité, à commencer par les produits alimentaires, qui sont très sensibles au prix de l’énergie. Une situation qui touche surtout les ménages et accentue la pression sur les dépenses au quotidien de la majorité de la population mondiale dont la grande partie de leurs revenus est orienté vers l’alimentation. Cette situation est d’autant plus insoutenable que les ménages viennent tout juste de sortir du choc inflationniste de 2022, au cours duquel les produits alimentaires ont augmenté de 21 %.
Indermit Gill, le chef économiste de la Banque mondiale, s’attend à une augmentation d’environ 20 % du nombre de personnes en situation d’insécurité alimentaire aiguë à l’échelle globale. A ce jour, 300 millions de personnes en sont frappées.
« Stagflation »
Le FMI a révisé ses perspectives de croissance à la baisse et n’exclut pas une récession généralisée en cas de conflit prolongé. L’économie mondiale – et tout particulièrement l’Europe – se dirige (au mieux) vers une forme de « stagflation » : une stagnation de la production doublée d’une inflation élevée.
Enfin, la guerre en Iran n’est pas la seule menace qui pèse sur la croissance mondiale : les bulles spéculatives autour des entreprises de l’IA, la surabondance de crédit privé, le niveau élevé de l’endettement public, la hausse des droits de douane et la surproduction qui mine plusieurs secteurs industriels sont autant de facteurs qui pourraient aggraver encore la situation.
Krimi Abderrazek