STEG : le problème n’est pas seulement de produire plus, mais de mieux gérer l’existant

Les épisodes de coupures électriques de l’été 2026 ont relancé un débat qui dépasse largement la seule question de la capacité de production. On a beaucoup parlé de mégawatts supplémentaires, de nouvelles centrales, d’importations d’électricité ou encore des énergies renouvelables. Mais une question essentielle reste insuffisamment posée : dans quel état se trouve l’outil électrique existant et comment est-il géré, entretenu et planifié ?

La STEG ne souffre pas simplement d’un manque de ressources financières ou humaines. Elle dispose d’une longue expérience technique, d’ingénieurs, de techniciens et d’un patrimoine considérable de production, de transport et de distribution. Le véritable problème se situe davantage dans la politique générale de gestion de cet outil, dans l’anticipation des besoins, dans la maintenance et dans la capacité à transformer les études techniques existantes en décisions opérationnelles.

Les chiffres disponibles montrent d’ailleurs que la question des pertes mérite une attention particulière. Avec une production annuelle de l’ordre de 18,8 TWh, une perte technique autour de 11 % représente déjà une quantité considérable d’énergie. À cela s’ajoutent les pertes non techniques. Mais il serait dangereux de transformer mécaniquement l’écart entre pertes totales et pertes techniques en une estimation du vol d’électricité. Un écart énergétique n’est pas automatiquement synonyme de fraude. Il faut également examiner les transformateurs, les facteurs de puissance, les déséquilibres de charges, les longueurs de réseaux, les régimes de fonctionnement et l’état des équipements.

C’est précisément là que devrait commencer une politique sérieuse de réduction des pertes.

Il ne s’agit évidemment pas de remplacer tous les transformateurs ni de refaire l’ensemble du réseau. Il faut identifier les équipements réellement problématiques : transformateurs fonctionnant avec un mauvais facteur de puissance, charges déséquilibrées, réseaux présentant des chutes de tension importantes, équipements vieillissants ou insuffisamment entretenus. Les études techniques permettant ce type de diagnostic existent déjà dans l’entreprise. La question est aujourd’hui de les actualiser avec les conditions actuelles, notamment avec la pression beaucoup plus forte exercée par les pointes de consommation et les coupures tournantes.

Cette approche aurait un avantage essentiel : investir d’abord dans l’existant.

Avant de mobiliser des investissements considérables pour produire toujours davantage, il faut s’assurer que chaque kilowattheure produit arrive effectivement au consommateur dans les meilleures conditions possibles. Chaque pourcentage de perte récupéré représente une quantité d’énergie qui n’a pas besoin d’être produite, importée ou transportée. Dans un pays confronté à de fortes contraintes énergétiques et financières, cette logique devrait être au cœur de toute stratégie.

La comparaison avec les grandes entreprises électriques européennes, notamment EDF, doit également être faite avec prudence. La différence ne réside pas uniquement dans les moyens financiers ou dans les capacités de production. Elle concerne surtout la culture de planification, la maintenance préventive, le suivi des indicateurs, la gestion des actifs et la responsabilité des différents niveaux de décision. Une grande entreprise électrique ne se juge pas seulement à la quantité d’électricité qu’elle produit, mais à sa capacité à maintenir son système disponible, fiable et performant.

C’est pourquoi le débat public sur la STEG devrait sortir de la recherche permanente d’un responsable individuel. Les techniciens et les agents de terrain ne peuvent pas être transformés en boucs émissaires d’un problème qui relève d’abord d’une politique globale de gestion. Ceux qui interviennent sur les réseaux sont souvent les premiers à subir les conséquences d’une mauvaise planification, d’un manque de maintenance ou d’un renouvellement tardif des équipements.

La question fondamentale est donc ailleurs : quelle politique énergétique et quelle politique de gestion de la STEG voulons-nous pour les prochaines années ?

Construire de nouvelles capacités de production est nécessaire. Développer le solaire et l’éolien est nécessaire. Renforcer le réseau de transport est nécessaire. Mais tout cela restera insuffisant si l’on ne s’attaque pas simultanément aux performances du réseau existant.

L’été 2026 devrait donc être considéré non comme une simple crise à oublier une fois la température redescendue, mais comme un signal d’alerte. Les nouvelles stations de transformation, les postes mobiles et les renforcements réalisés pendant l’été peuvent répondre à l’urgence. Mais l’urgence ne doit pas devenir une méthode permanente de gestion.

STEG et EDF : une comparaison qui interpelle

La comparaison entre la STEG et EDF doit être faite avec prudence, car les deux entreprises n’ont ni la même taille ni le même environnement. Elle permet néanmoins de poser une question importante sur la productivité et l’efficacité globale. En 2024, la STEG comptait environ 13 200 agents pour une production d’environ 18,8 TWh, tandis que le groupe EDF comptait près de 191 400 salariés pour une production d’environ 520 TWh. EDF produit donc près de 28 fois plus d’électricité, avec un effectif environ 14,5 fois supérieur.

L’objectif n’est évidemment pas de conclure que la STEG dispose de « trop » de personnel. La véritable question est plutôt celle de l’utilisation des ressources, de la maintenance, des pertes sur le réseau, de la planification et de la productivité des investissements.

En résumé : le problème de la STEG ne se limite pas au nombre d’agents ou au manque de production. Il concerne surtout la manière dont l’entreprise gère, entretient et optimise l’outil électrique existant.

Belgacem Soualhia 

Related posts

Flottille Soumoud : les mandats de dépôt prolongés de quatre mois

Le bâtonnier des avocats en visite de solidarité au siège du SNJT

Saïed accorde une grâce présidentielle à plusieurs élèves et étudiants détenus