Le forum tuniso-roumain s’est tenu lundi 27 avril 2026 dans un hôtel à Gammarth. Placé sous le slogan « Romania–Tunisia Business Forum & B2B Meetings : Connecting Opportunities », l’événement a réuni plusieurs responsables d’organisations chargées du développement de l’investissement étranger comme la Conect International, la Fipa, le Cepex et la TIA ains que des responsables et des chefs d’entreprises venant de Roumanie. Cette rencontre intervient dans le cadre de la visite d’une importante délégation roumaine en Tunisie, conduite par le président de la Chambre de commerce et d’industrie de Bucarest (CCIB).
L’Ambassadeur de Roumanie en Tunisie, Valentin-Ciprian Muntean, a indiqué qu’une délégation roumaine d’hommes d’affaires est actuellement en visite de prospection dans les gouvernorats de Sousse et de Mahdia : « Nous avons déjà visité des entreprises tunisiennes opérant dans les secteurs de l’énergie, de la technologie et de l’agroalimentaire. »
Il a en outre précisé que le programme se poursuivra avec la délégation roumaine via des réunions B2B et des entretiens bilatéraux : « J’espère que cette visite sera très fructueuse pour les deux parties. Nous entendons d’ailleurs maintenir cette dynamique à travers d’autres visites, aussi bien en Roumanie qu’en Tunisie. »
L’Ambassadeur a rappelé que cette visite s’inscrit dans une logique de réciprocité, faisant suite à la visite d’une délégation tunisienne en Roumanie en septembre 2025 : « C’est une visite de retour, et elle témoigne de la volonté des deux pays de consolider leurs liens économiques. »
Il a ensuite présenté la composition de la délégation roumaine, qui comprend des entreprises issues de secteurs variés : agroalimentaire, technologies de l’information, énergie, automobile, construction, transport et logistique. Parmi elles, il a cité l’une des plus grandes entreprises roumaines de conserves alimentaires, ainsi que Jost Transport, entreprise d’origine belge disposant d’une importante implantation en Roumanie.
L’Ambassadeur a enfin souligné que les entreprises roumaines sont également à la recherche de ressources humaines qualifiées, ouvrant ainsi une nouvelle dimension à la coopération bilatérale : « Il est primordial de créer des connexions durables entre les entreprises roumaines et tunisiennes. Le dialogue engagé aujourd’hui doit se poursuivre au-delà de ce forum. »
Jalel Tabib : « Il existe encore des marges pour accroître les investissements »
Jalel Tabib, DG de la FIPA, a annoncé que 11 sociétés à participation roumaine sont d’ores et déjà établies sur le territoire tunisien, générant près de 1 000 postes d’emploi.
Il a toutefois tenu à relativiser ce bilan encourageant : « C’est significatif, c’est important, mais il existe encore des marges pour accroître ces investissements. C’est précisément l’objet des actions de promotion que nous avons entreprises avec nos partenaires : CONECT, le CEPEX, notre ambassade de Tunisie à Bucarest et l’ambassade de Roumanie en Tunisie. Tous ces acteurs œuvrent au développement des investissements roumains et au renforcement des échanges avec la Tunisie. »
Il a par ailleurs souligné que ce forum a mobilisé plus de 23 opérateurs économiques roumains, venus s’informer sur l’environnement des affaires en Tunisie et explorer ses opportunités d’investissement. Ces derniers ont effectué des visites de terrain à travers le pays, notamment à Sousse, Mahdia et Tunis, où ils ont pu rencontrer plusieurs entreprises tunisiennes à succès.
Le DG de la FIPA a également relevé un intérêt marqué de la partie roumaine pour les composants automobiles, les composants aéronautiques, ainsi que pour le secteur du textile et de l’habillement.
En termes de perspectives, il a indiqué que ce forum a vocation à dépasser le cadre des simples rencontres B2B, en débouchant sur des recommandations concrètes et en contribuant à une meilleure lisibilité du climat des affaires en Tunisie.
Il a enfin conclu en réaffirmant l’engagement de la FIPA à diversifier les échanges et les programmes de collaboration, aussi bien avec les partenaires traditionnels qu’avec ceux appelés à jouer un rôle croissant dans les années à venir.
Mourad Ben Hassine : Des potentialités encore inexploitées
Le PDG du CEPEX, Mourad Ben Hassine a pour sa part, révélé que la Roumanie représente le 11ème partenaire commercial de la Tunisie parmi les 27 pays de l’Union Européenne, ce qui, a-t-il estimé, témoigne d’une grande marge encore inexploitée pour approfondir davantage cette coopération.
Il a également évoqué la possibilité de créer des entreprises communes pour accéder à d’autres marchés dans le monde, notamment les marchés africains. À ce titre, il a rappelé que la Tunisie est désormais intégrée dans le marché africain grâce à l’accord de la ZLECAf, ajoutant que de nombreux indicateurs attestent des succès enregistrés par les entreprises tunisiennes dans plusieurs pays du continent.
Sur le plan des chiffres, il a indiqué que les échanges commerciaux entre la Tunisie et la Roumanie s’élèvent à environ 250 millions d’euros, dont les exportations tunisiennes représentent près de 100 millions d’euros, composées essentiellement de produits des industries électriques et mécaniques.
Il a toutefois insisté sur le fait que des secteurs tels que les industries agroalimentaires, pharmaceutiques et les équipements médicaux recèlent des potentialités encore inexploitées.
Enfin, le PDG du CEPEX a appelé à renforcer les partenariats via des organisations professionnelles, citant notamment CONECT, dont il a salué le rôle dans la mise en réseau des chefs d’entreprises et la dynamisation du secteur privé en général.
Tarek Cherif : « L’entrée de la Roumanie dans l’espace Schengen est une opportunité »
De son côté, Tarak Cherif, président de la CONECT International, a rappelé qu’une délégation tunisienne a effectué il y a quelques mois une visite à Bucarest, où elle a été très bien reçue par la Chambre de Commerce et d’Industrie de Bucarest (CCIB) et les autorités de ce pays. « Nous avons visité plusieurs unités et nous sommes convenus de poursuivre un chemin commun, car la Roumanie et la Tunisie présentent de nombreuses similitudes, mais surtout une complémentarité. Cette complémentarité est aujourd’hui encore plus importante, car la Roumanie fait désormais partie de l’espace Schengen, considéré comme un espace de premier plan », a-t-il martelé.
Il a en outre indiqué que la Roumanie a l’ambition d’affirmer sa position au sein de cet espace et son économie est en train de se développer de manière exceptionnelle. « La Tunisie, de l’autre côté de la Méditerranée, a également l’ambition de prospérer et d’investir massivement, notamment dans l’industrie », a-t-il ajouté.
« Nous avons identifié des pistes de collaboration tout à fait prometteuses, fondées sur la complémentarité entre nos deux pays », a-t-il affirmé. La volonté est partagée et commune, tant par les responsables de CONECT International que par ceux de la Chambre de commerce de Bucarest, a-t-il précisé.
« Nous avons accueilli, il y a deux jours, une délégation d’une trentaine d’entreprises à Sousse, en présence d’une soixantaine de responsables de CONECT, a-t-il déclaré. Lors de cette journée, il est apparu clairement que de nombreuses pistes de collaboration existent, a-t-il constaté. Cela exige néanmoins de la détermination et de la persévérance, a-t-il averti.
Et de rappeler que les personnes rencontrées à Bucarest ont ouvert toutes les portes à la délégation tunisienne, qui a ainsi eu accès aux plus grands acheteurs du pays, s’est-il félicité.
Selon lui, des entretiens ont eu lieu entre la délégation tunisienne et les responsables de Carrefour Roumanie, qui regroupe plus de 400 points de vente. Ces échanges ont reçu un accueil favorable en vue de faciliter l’écoulement de nos produits dans leurs magasins, a-t-il conclu.
Samir Abdelhafidh : « Un nouvel élan des relations tuniso-roumaines »
Le ministre de l’Économie et de la Planification, Samir Abdelhafidh, a déclaré que la Tunisie et la Roumanie entretiennent des relations historiques solides, fondées sur le respect mutuel et la volonté commune de promouvoir davantage leur coopération économique. Les deux pays ont commémoré en 2023 soixante ans de relations bilatérales, a-t-il rappelé.
Aujourd’hui, ces relations connaissent un nouvel élan, soutenu par des indicateurs encourageants, avec notamment 11 entreprises roumaines implantées en Tunisie, qui ont créé plus de 1 000 emplois, a-t-il indiqué. Elles se répartissent sur sept gouvernorats, Tunis, Sousse, Nabeul, Zaghouan, Monastir, la Manouba et Kasserine et opèrent dans le secteur industriel (9) et dans celui des services (2), a-t-il précisé.
Il a par ailleurs noté avec satisfaction l’augmentation des investissements roumains de 53,2 % en 2025, portée par des opérations d’extension, a-t-il souligné. C’est un constat qui reflète une confiance renouvelée dans le climat des affaires du pays et dans l’importance de ses avantages comparatifs, a-t-il estimé. Ce constat devrait encourager de nouvelles entreprises roumaines à venir investir en Tunisie, a-t-il ajouté.
Pour le tourisme, il a indiqué que la Tunisie demeure l’une des destinations préférées des Roumains en Afrique du Nord. « Après une baisse temporaire pendant la période de la Covid, le nombre de touristes roumains a augmenté régulièrement, atteignant plus de 50 mille visiteurs en 2023 et environ 63 000 en 2024 » a-t-il relevé.
En ce qui concerne le commerce, il a précisé que les échanges entre la Tunisie et la Roumanie restent en deçà de leur potentiel. Sur la période 2020-2025, les importations en provenance de la Roumanie ont varié dans une fourchette de 0,6 % à 1,3 % des importations totales de la Tunisie, et les exportations qui lui ont été destinées ont varié dans une fourchette de 0,5 % à 0,9 % des exportations tunisiennes, a-t-il détaillé. Il espère que les réunions B to B prévues dans le cadre de ce forum se traduiront par des contrats commerciaux qui porteront vers le haut le commerce bilatéral entre les deux pays amis dans un futur proche,
Il a en outre indiqué que la Tunisie poursuit ses réformes pour améliorer son climat des affaires et renforcer son attractivité auprès des investisseurs, citant un engagement ferme vers la simplification des procédures administratives, l’amélioration du cadre réglementaire de l’investissement, le renforcement de la transparence et de la gouvernance, la lutte contre la corruption et la modernisation des infrastructures et de la logistique. Et de conclure que ces réformes engagées viendront renforcer davantage l’attractivité de la Tunisie et sa capacité à accueillir des investissements durables et à forte valeur ajoutée, exprimant sa confiance dans la consolidation des résultats positifs enregistrés par l’économie tunisienne ces deux dernières années.
Khadija Taboubi