UGTT, Ordre des avocats, LTDH : un cadre commun pour « sauver » la Tunisie

Dans un communiqué commun publié le 3 septembre 2026 et intitulé « Tunisie d’abord, le peuple avant toute considération », l’Union générale tunisienne du travail (UGTT), l’Ordre national des avocats de Tunisie et la Ligue tunisienne des droits de l’homme (LTDH) dressent un constat sévère de la situation du pays.
Les trois organisations estiment que la Tunisie traverse aujourd’hui une crise politique, économique et sociale profonde, conséquence de choix et de politiques “dont l’échec à résoudre les difficultés accumulées est désormais avéré”. Selon elles, ces choix ont contribué à aggraver les souffrances des Tunisiens, en érodant leur pouvoir d’achat et en élargissant les cercles de la pauvreté, du chômage et de la précarité, au point que les citoyens ont perdu confiance dans la capacité des institutions de l’État à répondre à leurs revendications légitimes.

Le communiqué pointe également un recul préoccupant dans le domaine des droits et des libertés, marqué par un rétrécissement continu de l’espace politique, syndical et civil, ainsi que par des atteintes croissantes à l’indépendance de la justice et aux garanties d’un procès équitable. Les organisations ont mis la lumière en outre les conditions de détention dans les prisons jugées “incompatibles avec les exigences de dignité humaine et les normes internationales”, de même qu’un recul de la liberté de la presse, avec des pressions sur les voix indépendantes et un ciblage des journalistes.

Les signataires, à savoir Bassem Trifi, président de la LTDH, Boubaker Belthabet, bâtonnier de l’Ordre national des avocats de Tunisie, et Salaheddine Selmi, Secrétaire général de l’UGTT,  soulignent que les pénuries d’eau et d’électricité, le manque de médicaments et la hausse des prix ne sont plus de simples difficultés passagères, mais “affectent désormais directement les conditions de vie quotidienne, la dignité et le moral des Tunisiens”. Ils reviennent aussi sur le naufrage de jeunes au large de ben Guerdane, y voyant “l’illustration d’une migration irrégulière nourrie par le désespoir, l’impasse et la perte d’espoir en l’avenir”, un phénomène qu’ils imputent à la responsabilité des autorités dans le traitement de ses causes profondes.

Le communiqué insiste sur le fait que la responsabilité de la situation actuelle ne peut être reportée sur des tiers, la responsabilité politique complète des choix, décisions et résultats des cinq dernières années incombant, selon les signataires, au pouvoir en place, qui “a géré les affaires publiques en dehors de toute logique de dialogue et de participation, dans un contexte de manque de transparence, d’opacité sur les données et de mise à l’écart de toute voix dissidente”.

Pour l’UGTT, l’Ordre des avocats et la LTDH, la Tunisie “ne peut être gouvernée par le déni ou le silence”, pas plus que la société ne peut être mise à l’écart des forces vives du pays. Ils affirment que “la sortie de la situation actuelle ne pourra se faire que par une révision globale des choix économiques et sociaux ayant échoué, et par l’ouverture d’un dialogue sociétal sérieux menant à des solutions économiques et sociales et à une volonté politique capable de sauver le pays, de préserver son unité, de garantir les droits et les libertés, et de restaurer la confiance et l’espoir des Tunisiens”.

Sur cette base, les trois organisations annoncent le lancement d’un cadre de coordination commun « pour la Tunisie et les Tunisiens », fondé sur la conviction profonde de la nécessité de rester vigilants quant aux acquis du peuple, de protéger les acquis sociaux, de s’attacher à l’État de droit et aux institutions, de préserver l’indépendance de la société civile, et de défendre les droits et les libertés. Ce cadre se veut ouvert à l’ensemble des forces vives démocratiques du pays, dans la perspective d’ouvrir de nouveaux horizons pour l’action commune, de redonner sa place au dialogue et à la participation, et de préserver l’avenir des jeunes générations ainsi que l’unité, la stabilité et la dignité de la Tunisie.

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