L’Institut supérieur de comptabilité et d’administration des entreprises (ISCAE) et la Faculté des lettres, des arts et des humanités de La Manouba (FLAHM) viennent de lancer un nouveau mastère de recherche intitulé «Études africaines : enjeux contemporains».
Soutenue par quatre ministères, trois partenaires socioéconomiques tunisiens et onze partenaires internationaux, cette formation bénéficie également de l’appui de la Chaire UNESCO de l’UMA sur l’enseignement supérieur pour le développement durable en Afrique. Elle répond à un besoin croissant de spécialistes du continent africain.
Multidisciplinaire et résolument tournée vers l’Afrique, cette formation ouvre de nouvelles perspectives en matière de recherche, de coopération internationale et de carrière. La Pr Jouhaina Gherib, titulaire de la Chaire UNESCO et ancienne présidente de l’UMA, revient sur les spécificités de ce mastère inédit dans la région.
Quels sont les fondements académiques et les orientations stratégiques du Mastère de recherche en études africaines et à quels enjeux —socioéconomiques— émergents répond-il ?
Le Mastère en “Études africaines”, qui démarre en septembre 2026, est proposé en co-diplomation entre la Faculté des lettres, des arts et des humanités de La Manouba (FLAHM) et l’Institut supérieur de comptabilité et d’administration des entreprises (ISCAE). Le cycle s’appuie sur le réseau de la chaire UNESCO sur l’enseignement supérieur pour le développement durable en Afrique créée depuis juin 2024 à l’Université de La Manouba (UMA).
A la suite d’un appel à candidatures lancé le 30 juillet 2026, la liste des inscrits arrêtée compte des étudiants venant d’horizons disciplinaires très divers qui seront amenés à choisir, à la fin de la première année, la spécialisation dans l’un des deux parcours offerts. Le premier cursus est intitulé AFRIDOR (institutions, développement et organisations) et le second AFRHICS (histoires, culture et sociétés).
Comme le précisent les intitulés des cursus, le contenu du projet est aligné sur les enjeux contemporains de l’Afrique. Ainsi le mastère adopte-t-il, depuis une position nord-africaine, une approche intégrée, en association avec des partenariats soucieux de créer un savoir par et pour l’Afrique dans le but de renforcer le corpus de connaissances produites autour de la durabilité en Afrique. L’objectif est de faire reconnaître les études africaines en Tunisie comme une discipline dotée de théories et de concepts appropriés.
Car force est de constater que même si l’UNESCO le pose comme l’une de ses deux priorités globales, ce continent demeure largement méconnu et peu étudié. L’Afrique dispose pourtant d’un riche patrimoine culturel, regorge de ressources naturelles et est d’ores et déjà le seul continent avec une empreinte écologique inférieure à 1. L’Afrique est, par ailleurs, vue comme un large marché et une source potentielle de main-d’œuvre car elle constituerait d’ici à 2050 le continent le plus jeune avec 35% de jeunes dans le monde et globalement plus du quart d’une population mondiale vieillissante en Occident. Avec ces projections démographiques, le continent apparaît désormais non plus comme une périphérie mais comme un territoire de l’avenir et un acteur central des transformations du XXIᵉ siècle. Mais l’Afrique fait malheureusement face à plusieurs défis, souffre d’un large déficit de connaissances et d’un manque de formateurs universitaires qualifiés pour répondre à la demande du marché du travail et du développement et aptes à favoriser la renaissance culturelle nécessaire pour passer de l’afro-pessimisme à l’afro-optimisme et réussir l’agenda 2063 de l’Union africaine.
Ce Mastère ambitionne, précisément, de combler le gap de connaissance sur l’Afrique et mise pour cela sur la formation de chercheurs, d’enseignants, de décideurs, de diplomates, d’analystes et d’acteurs qui comprennent le continent africain dans toute sa richesse, capables de contribuer à diminuer sa dépendance épistémique comme à décrypter sa diversité et sa complexité, au-delà des idées reçues et en plus des canaux existants. Il s’agit moins de former des “spécialistes de l’Afrique” au sens large du terme, que de multiplier, à partir d’un large panel de spécialités disciplinaires, les profils ouverts aux complexités africaines et de doter des acteurs interdisciplinaires d’une sensibilité culturelle et historique qui les prépare à travailler efficacement dans ou avec les pays africains, munis de compétences linguistiques diverses et en mesure d’affronter les domaines, les questionnements et les terrains qui les concernent.
Cette initiative s’appuie sur les acquis de l’Université de La Manouba qui a réussi à bâtir depuis 2012, à travers ses 16 établissements universitaires, une large expérience de dialogue entre les générations, les sciences humaines et sociales et les sciences «dures» et «expérimentales ». La dynamique a permis d’habiliter des diplômes pluri-établissements et d’organiser plusieurs manifestations scientifiques pour contribuer à relever les défis sociétaux par la formation et la recherche. Le cursus du mastère proposé participe également d’une volonté de jouer un rôle de locomotive de la pensée critique, de la transdisciplinarité et de l’innovation en Tunisie au service d’une formation de référence pour les études africaines dans toute la région.
En quoi ce programme se distingue-t-il des formations similaires déjà existantes sur la scène universitaire ?
Ce projet de mastère est porteur de multiples innovations qui résident, tout d’abord, dans le fait de s’intéresser aux enjeux contemporains de l’Afrique et de traiter la culture (patrimoine, langues, arts, savoirs traditionnels) comme un levier fondamental du développement durable avec sa triple dimension (environnement, économie, société). Le caractère innovant se traduit également dans l’approche méthodologique et pédagogique interdisciplinaire adoptée afin d’attirer des profils scientifiques diversifiés capables de dépasser les cloisons établies, un chaînon souvent manquant dans les Area Studies classiques. La fertilisation croisée recherchée par l’interdisciplinarité est le cœur de la conception du programme d’apprentissage dynamique du mastère qui cherche à introduire les étudiants aux données comme aux méthodes à adopter face aux réalités (religieuses, militaires, sanitaires, hydrauliques, alimentaires…) africaines. Rappelons que ce mastère a été créé sous l’égide de la Chaire UNESCO «enseignement supérieur pour un développement durable en Afrique» de l’Université de La Manouba qui donne accès à un réseau mondial de chercheurs et à une expertise sur les objectifs de développement durable (ODD). Cela garantit que le programme sera aligné sur les agendas internationaux tout en ayant une focale africaine et un ancrage territorial. Il pourra également s’adosser aux 5 programmes phares de la priorité Afrique de l’UNESCO dont les projets «Campus Africa»et «Histoire générale de l’Afrique».
S’il devait y avoir une caractéristique unique distinguant cette formation, ce serait celle de son lieu et de son contexte d’enseignement : la Tunisie. La plupart des grands centres d’études africaines se trouvent en Europe, en Amérique du Nord ou en Afrique subsaharienne. Lancer un programme de pointe depuis l’Afrique du Nord, plus spécifiquement la Tunisie, permet d’offrir un point de vue situé, unique et précieux, celui d’un pays africain, arabe et méditerranéen concerné par les conditions d’existence, les contraintes socio-politiques et les dynamiques continentales. A côté de l’attractivité réelle et symbolique de l’implantation tunisienne et de son système universitaire solide, les questions et les modules sont choisis dans l’objectif de décentrer le regard et permettra un dialogue intra-africain sur des situations concrètes et la perspective de contribuer à construire un avenir commun, à travers le savoir.
N’oublions pas que la Tunisie est à l’origine de la dénomination du continent et représente sa porte d’entrée depuis le Nord grâce à sa position géographique exceptionnelle qui en fait un poste d’observation exceptionnel des circulations, des institutions et des modèles de développement. Elle est également classée 66e au monde et première en Afrique en termes d’avancement global vers les ODD, avec un score de 72 %, devant Maurice, le Maroc, la Jordanie et l’Algérie. Elle pourrait ainsi avoir une fonction de locomotive majeure pour le développement durable en Afrique.
La Tunisie a également les moyens de jouer un rôle moteur dans l’ambition de transformer le continent africain par l’éducation, d’améliorer le taux de scolarisation tertiaire en Afrique sub-saharienne, actuellement de seulement 9% et de combler le fort besoin de formateurs du continent d’ici à 2035. Terre de la première université au monde, la Zitouna, et à l’origine de la création de celles d’Al Quaraouiyine à Fès au Maroc, et d’Al Azhar en Égypte, la Tunisie dispose d’un système universitaire dont l’histoire s’enracine dans la longue durée. Elle occupe aujourd’hui la 50e place au monde dans le domaine du capital humain et de la recherche scientifique et la 33e place dans le domaine de la performance de son système d’enseignement supérieur, selon les indicateurs du Global Innovation Index (2025). Cela lui confère les moyens de répondre à l’ambition de l’Afrique de fonctionner de façon plus autonome et intégrée, pour produire des connaissances aptes à faire de ce continent un réservoir de connaissances vivantes et de références qui revitalisent l’intelligence globale du monde à partir de ses contextes. En investissant dans la formation des profils adaptés et en créant des espaces attractifs et propices aux échanges et dialogues, la Tunisie pourrait renforcer les connexions latérales et ouvrir la voie à la solidarité intra-africaine dans tous les domaines et plus spécifiquement celui de la formation du capital humain en Afrique pour l’Afrique. Ce changement de focale est essentiel pour doter les forces vives africaines des compétences nécessaires et de l’autonomie requise pour réaliser l’ambition de l’Agenda africain d’une «Afrique intégrée, prospère et pacifique, portée par ses citoyens et constituant une force dynamique sur la scène internationale» d’ici à 2063.
Quels sont les organismes, entreprises et acteurs socioéconomiques impliqués dans la conception et le soutien de ce projet ?
Le Mastère en «études africaines» à l’Université de La Manouba est inédit en Tunisie, de par le nombre et la diversité des partenaires d’envergure impliqués et motivés car portés par la vision commune de renforcer la recherche afro-centrée, de favoriser la coopération universitaire Sud-Sud et de développer les capacités par la recherche interdisciplinaire sur les transformations politiques, culturelles, sociales et économiques de l’Afrique. L’idée de créer ce mastère vient d’un rapprochement entre la Chaire UNESCO Enseignement supérieur pour un développement durable en Afrique de l’UMA et l’académie Beit al-Hikma (Académie tunisienne des sciences, des lettres et des arts). Il vise, partant de l’expérience pilote du mastère d’études africaines de l’Université de Sousse, à concrétiser un projet porté par l’académie et financé par l’UNESCO, visant à instaurer un enseignement d’études africaines complet de la licence au doctorat dans le cursus universitaire tunisien.
Le mastère bénéficie en interne de l’appui de deux écoles doctorales de l’UMA et de 16 de ses laboratoires de recherche.
Il bénéficie, en outre, d’un fort appui de la part d’institutions nationales et internationales académiques et professionnelles de premier plan. Figurent parmi ses partenaires internationaux 7 partenaires académiques de pays du Sud. Trois des universités UAO, UYOB et UAMMD sont situées dans des pays africains francophones (Côte d’ivoire, Mali, Sénégal) et les trois autres universités UDSM, YGU et WUA sont dans des pays africains anglophones (Tanzanie, Nigeria, Zimbabwe). Le septième partenaire UFRRJ est brésilien.
Les quatre autres partenaires académiques sollicités proviennent des pays du Nord. Le premier, NIU, est une université publique américaine. Le deuxième partenaire, IHEA, est une fondation qui regroupe cinq des universités italiennes les plus prestigieuses (Bologne, Florence, Naples, Padoue et Roma La Sapienza). Le troisième partenaire, SOAS de l’Université de Londres, est reconnu comme l’une des principales institutions mondiales pour l’étude de l’Asie, de l’Afrique et du Moyen-Orient. Enfin, la Graduate School « Soutenabilité, Institutions, Organisations » de l’Université Paris Cité, dont les axes de recherche s’inscrivent pleinement dans la lignée et les objectifs de ce mastère, possède également une longue tradition de coopération avec l’Université de La Manouba.
Le mastère bénéficie, par ailleurs, de l’appui de 4 ministères tunisiens dont le ministère de l’Économie et de la Planification (MEP), le ministère des Affaires culturelles (MAC,) le ministère des Affaires étrangères, de la migration et des Tunisiens à l’étranger (MAE) et le ministère de l’Environnement (ME) et de 3 partenaires professionnels prestigieux dont le réseau tunisien du pacte mondial des Nations unies (UNGC), le Conseil des affaires tuniso-africain (TABC) et l’Observatoire du Sahara et du Sahel (OSS).
De quelle manière ces partenaires interviennent-ils concrètement (stages, financement, chaires d’enseignement, parrainage de promotions) ?
Les engagements des partenaires sont divers. Il y a, d’abord, la participation aux enseignements et aux séminaires thématiques, le partage de ressources et d’expertise en matière de développement de programmes et de formation méthodologique et l’intégration des étudiants du mastère dans les activités de l’établissement. Les acteurs académiques sont également engagés dans l’encadrement et/ou le co-encadrement de sujets de recherche disciplinaires, inter ou trans-disciplinaires, en lien avec la problématique de la durabilité en Afrique. Le partenariat s’étend à l’organisation de conférences, de séminaires et d’écoles d’été conjointes et la mobilisation des réseaux nationaux et internationaux pour faciliter les échanges d’enseignants-chercheurs et d’étudiants afin de favoriser la mobilité des connaissances et la coopération académique visant le montage de projets de recherche conjoints et la levée de fonds en vue de réaliser des activités communes.
Les partenaires professionnels sont, quant à eux, engagés à participer à des conférences, séminaires et ateliers au profit des étudiants, à partager ressources et expertise en matière de politiques et de stratégies de responsabilité sociétale des organisations en Afrique, à faciliter l’accès des étudiants et des chercheurs aux terrains d’étude et de recherche de la durabilité des organisations africaines. Ils sont également appelés à appuyer l’employabilité et à faciliter l’ouverture professionnelle des étudiants par des stages, des visites et des rencontres avec des acteurs socioéconomiques en Tunisie et plus largement en Afrique, à co-organiser des événements académiques et économiques et à participer aux initiatives de levée de fonds pour la mobilité étudiante et le financement de projets de recherche conjoints en études africaines interdisciplinaires liés aux transformations politiques, culturelles, sociales et économiques du continent.
Quelle est la répartition au sein du corps enseignant entre universitaires, chercheurs et experts du monde professionnel nationaux et internationaux ? Et quelles opportunités de mobilité (programmes d’échange, séjours d’études à l’étranger) sont offertes aux étudiants ?
Le mastère est construit en codiplomation entre deux établissements phares de l’UMA : l’ISCAE et la FLAHM sous l’égide de la Chaire UNESCO. Au vu de la qualité des compétences tunisiennes et afin de garantir la pérennité du projet, il s’appuie principalement sur les enseignants-chercheurs de l’université publique tunisienne. Participent à l’enseignement 44 enseignants permanents hautement qualifiés provenant de façon équilibrée de l’ISCAE, la FLAHM, d’autres établissements de l’UMA et de diverses universités tunisiennes.
Les experts internationaux et professionnels interviennent régulièrement dans les séminaires de recherche auxquels sont allouées 28 heures de cours par semaine durant chacun des 3 semestres d’enseignement. En tant que mastère de recherche, le quatrième semestre est dédié au projet de recherche de l’étudiant et à la rédaction du mémoire sous la supervision de chercheurs aussi bien tunisiens qu’internationaux.
Des lettres d’engagement et des conventions-cadres sont déjà opérationnelles avec les partenaires internationaux. Depuis l’habilitation du mastère par le ministère tunisien de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique en juillet 2026, les discussions sont très avancées pour finaliser les accords de partenariats spécifiques qui encadreront les engagements pris et notamment ceux relatifs à la mobilité, au coencadrement et à la cotutelle des diplômes entre les partenaires académiques.
Un colloque international adossé au mastère, dédié aux enjeux contemporains de l’Afrique et porté par la Chaire UNESCO, est dans les dernières phases de préparation. Cet événement scientifique majeur prévu en octobre 2027, se veut fondateur d’une nouvelle tradition. Il offrira aux étudiants un enrichissement scientifique et intellectuel majeur et cette insertion dans les réseaux internationaux sera de nature à propulser leur trajectoire académique et professionnelle. L’appel à contribution sera lancé bientôt. A suivre…
Quels sont les profils d’étudiants ciblés (prérequis académiques, disciplines d’origine) et les critères de sélection pour intégrer la promotion ?
Ce mastère est foncièrement interdisciplinaire et véhicule la volonté de briser les silos entre les disciplines pour former des profils hybrides, de futurs cadres agiles et immédiatement opérationnels, capables de répondre aux défis complexes des sociétés, des économies et des entreprises actuelles en Afrique ainsi que de s’adapter aux transformations géo-politiques mondiales. Les profils visés pour cette première promotion ont donc été diversifiés. La participation d’économistes, de gestionnaires et d’ingénieurs aux côtés d’historiens, journalistes, sociologues et linguistes est cruciale. Les spécialistes de l’environnement pourront se former à l’anthropologie et à l’économie. Un ingénieur en informatique pourra aborder les défis des infrastructures en Afrique en comprenant le contexte historique, les données socioéconomiques et les contraintes environnementales. Un linguiste pourra travailler sur la transmission des savoirs écologiques traditionnels à travers les langues, les registres techniques et les mentalités. Complexifier les approches en croisant les savoirs est le cœur de la conception d’un programme d’apprentissage dynamique qui cherche à introduire les étudiantes aux données comme aux méthodes à adopter face aux réalités (religieuses, militaires, sanitaires, hydrauliques, alimentaires…) et à leurs évolutions complexes.
Quelles compétences clés, méthodologiques et opérationnelles, les diplômés auront-ils maîtrisées à la fin de leur cursus ?
Trois objectifs généraux sont fixés à cette formation de mastère. Un objectif vise l’excellence scientifique auprès d’une nouvelle génération de chercheurs interdisciplinaires, un deuxième facilite l’insertion professionnelle par l’expertise et le conseil ou la création entrepreneuriale et un troisième prépare à la complexité de la réalité et à un changement de paradigme d’action, centré sur l’humain et sur le contexte local.
Ainsi, au terme de ce mastère, les apprenants seront capables de valoriser la culture et la spécificité locale dans des initiatives économiques durables et les politiques publiques, analyser les dynamiques historiques, géopolitiques et économiques africaines, ainsi que leurs interactions avec le développement social durable et mener des recherches, interdisciplinaires, sur l’Afrique (de la conception à la dissémination des résultats) cernant la complexité des réalités locales et tirant profit des TIC et de l’évolution de l’IA.
La formation adopte des pédagogies actives plaçant l’étudiant au cœur du processus d’apprentissage. Elle combine l’éducation active et constructive à travers l’analyse critique de situations concrètes, l’enseignement réflexif favorisant la prise de recul sur les savoirs acquis, ainsi que l’acquisition expérientielle fondée sur l’observation de terrain et l’exploitation de données réelles. L’apprentissage basé sur les problèmes et par projet encourage le travail collaboratif, l’autonomie et la créativité, tout en développant des compétences méthodologiques, analytiques et communicationnelles. Ces choix pédagogiques visent à renforcer l’engagement des étudiants, à consolider leurs acquis théoriques et à les préparer efficacement aux exigences de la recherche et aux défis professionnels contemporains.
Vers quels métiers spécifiques, fonctions de leadership ou secteurs d’activité stratégiques les diplômés seront-ils orientés ?
Le Mastère en Études africaines constitue un véritable vecteur d’insertion professionnelle, pour une intégration solide tant dans l’enseignement supérieur et la recherche internationale que dans les organisations stratégiques du marché de l’emploi africain et mondial. Ce programme s’inscrit, en effet, dans un contexte particulièrement porteur. L’Afrique deviendra, dans les prochaines décennies, le continent le plus jeune avec une population active appelée à passer de 620 millions de personnes en 2013 à près de 2 milliards en 2063. Face à ces mutations majeures (croissance démographique, développement inclusif, paix, démocratie, changement climatique et valorisation du patrimoine), la Tunisie participe à consolider, à travers l’enseignement et la recherche, son positionnement économique, diplomatique et culturel sur le continent.
Cette énergie humaine et matérielle génère un besoin crucial en enseignants-chercheurs qualifiés pour l’Afrique, estimé à plus de 100.000 nouveaux docteurs d’ici à 2035. Le programme répond directement à ce défi en préparant les étudiants à la poursuite d’études doctorales et de la recherche de haut niveau au sein des universités et des instituts de recherche. Les diplômés sont ainsi destinés à intégrer des écoles doctorales en Économie, Gestion, Histoire et Géographie ou à s’engager dans des parcours doctoraux interdisciplinaires (expertises en développement durable, gouvernance, TIC, intégration économique ou valorisation du patrimoine). A terme, il est prévu, à l’instar des meilleures universités au monde, de créer un doctorat interdisciplinaire en «African studies» avec l’appui de nos partenaires.
Ce programme répond, par ailleurs, également aux besoins des multiples entreprises tunisiennes intéressées par l’exportation ou l’implantation dans les marchés africains, tout comme à ceux des organisations nationales et internationales et vise à former des professionnels de métiers divers comme ceux de consultant-expert en politiques de développement et d’intégration régionale, concepteur et évaluateur de programmes de coopération internationale, expert / auditeur en RSE et critères ESG en Afrique, analyste financier, chargé de développement, RH, Management et ingénierie, études, recherche et développement industriel, responsable du plaidoyer et de la veille interculturelle, éditorialiste / analyste de contenu média spécialisé sur l’Afrique.
*Titulaire de la Chaire UNESCO et ancienne présidente de l’UMA
Notes
African Development Bank (2019), https://www.afdb.org/sites/default/files/documents/publications/afdb18-16_jobs_complete_french_pa4_for_web_0708.pdf
UNESCO, https://unesdoc.unesco.org/ark:/48223/pf0000382928_fre
University World News, https://www.universityworldnews.com/post.php?story=20221108133427840
Jouhaina Gherib Digest
Professeure de Management stratégique à l’ISCAE, Jouhaina Gherib est titulaire d’une maîtrise de l’IHEC et d’un doctorat obtenu à l’Université Paris 1-Panthéon-Sorbonne.
Élue présidente de l›Université de La Manouba (UMA) en 2017, puis réélue en 2020, elle a été décorée Chevalier de l’Ordre national du Mérite dans le secteur de l’éducation en 2019. Elle occupe par ailleurs, au sein de l’UMA, la Chaire UNESCO sur l’enseignement supérieur pour un développement durable en Afrique.
Engagée sur la scène internationale, elle assume depuis 2022 la vice-présidence pour l’Afrique de l’Association internationale des universités, où elle dirige également le groupe de travail mondial consacré à l’enseignement supérieur et à la recherche au service du développement durable.