Vers la fin du conflit entre Washington et Téhéran ? Un protocole d’accord historique a été trouvé dimanche 14 juin, ouvrant la voie à une signature officielle ce vendredi en Suisse. Une percée diplomatique qui s’est faite au détriment d’un grand exclu : Israël.
Après 15 semaines de conflits dévastateurs, un revirement s’est opéré dimanche 14 juin lorsque le Pakistan, principal médiateur, a annoncé qu’un texte final avait été validé. Baptisé le Mémorandum d’Islamabad, l’accord de paix vise à mettre fin à la guerre entre l’Iran et les États-Unis. Coïncidant avec le jour de son 80e anniversaire, Donald Trump s’est réjoui de la nouvelle sur son réseau social Truth Social avant de déclarer : « Par la présente, j’autorise pleinement l’ouverture du détroit d’Ormuz et, simultanément, j’autorise la levée immédiate du blocus naval américain ».
Les clauses de l’accord
Les 14 points du mémorandum ont été révélés ce mercredi 17 juin par l’agence américaine Bloomberg. Il prévoit notamment un cessez-le-feu sur tous les fronts (y compris au Liban) pour les deux pays et leurs alliés ainsi que la réouverture maritime du détroit d’Ormuz.
Selon le texte divulgué, l’Iran accepte de maintenir le statu quo sur son programme nucléaire (notamment ses stocks d’uranium hautement enrichi) pendant une période de 60 jours. Donald Trump a toutefois prévenu que si aucun accord définitif sur le nucléaire n’était trouvé à l’issue de ces 60 jours, il pourrait ordonner la reprise des frappes militaires.
«Ce n’est pas (un texte) final. C’est un protocole d’accord», et «si je ne l’aime pas, s’ils ne se comportent pas bien, nous recommencerons à balancer des bombes en plein dans leurs têtes», a affirmé Trump en marge d’une rencontre avec le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi, au sommet du G7 à Évian.
Le vice-ministre iranien des Affaires étrangères, Kazem Gharibabadi, a confirmé cet accord à la télévision d’État, tout en précisant que l’Iran ne commencerait à le mettre en œuvre qu’une fois qu’il aurait été signé vendredi.
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Le vice-président américain J.D. Vance a confirmé le lendemain que le mémorandum d’entente avait été signé numériquement par les deux parties dès le 14 juin. La cérémonie pour la signature officielle est prévue ce vendredi 19 juin dans un hôtel de luxe situé sur le mont Bürgenstock en Suisse.
Les réactions internationales
L’État Hébreu, écarté du protocole d’accord, ne se réjouit pas d’un « accord qui laisse les principales menaces iraniennes intactes », estiment des médias israéliens. À Paris, le journal Libération, estime que ce deal établi sans son aval, « c’est le scénario cauchemar pour Benyamin Netanyahu ». Ce dernier avait affirmé lundi que la guerre contre l’Iran avait sauvé son pays de la menace d’une « destruction nucléaire ».
À l’inverse, l’ONU, l’Union européenne ainsi que les pays médiateurs comme le Qatar et le Pakistan ont salué cette initiative pour la paix. Shehbaz Sharif, premier ministre pakistanais, a déclaré lundi qu’il s’agissait « d’un pas historique vers la paix ». De la même manière, le secrétaire général des Nations Unies Antonio Guterres a qualifié l’accord « d’étape cruciale vers un règlement pacifique du conflit », remerciant plusieurs pays pour leur rôle de médiateur.
Le bilan de plus de trois mois de guerre
Depuis le déclenchement des hostilités le 28 février 2026 par des raids israélo-américains, le conflit tripartite a connu plusieurs phases critiques avant d’aboutir à l’accord de paix préliminaire annoncé trois mois et demi plus tard. Au-delà d’une guerre politico-stratégique contre le régime des mollahs, dont le dirigeant Ali Khamenei fut très rapidement tué, le conflit a causé d’énormes dégâts : des milliers de morts en Iran et au Liban, des dizaines de morts en Israël et dans les États arabes du Golfe, et des millions de personnes déplacées dans la région, dont plus d’un sixième de la population libanaise. Une frappe touchant une école de filles à Minab en Iran, provoquant la mort d’environ 168 enfants et civils reste un des souvenirs les plus sombres de cette guerre.
La riposte iranienne, par des frappes répétées contre des bases américaines situées dans les pays du Golfe et le blocage du détroit d’Ormuz, a engendré des morts, des blessés, paralysé 25 % du commerce mondial du pétrole et provoqué un choc énergétique mondial. Après un cessez-le-feu conclu le 7 avril, les hostilités ont persisté, notamment par les opérations militaires israéliennes dans le Sud Liban début juin.
Un retour à la case départ ?
Pour certains observateurs, cet accord ramène la région à la situation d’avant-guerre mais au prix de milliers de morts et avec un Iran renforcé par son pouvoir de blocage sur le détroit d’Ormuz, artère vitale de l’économie mondiale. Aux États-Unis, cet accord naissant essuie déjà de vives critiques. Des détracteurs de Donald Trump au sein de la droite républicaine, lui reprochent de n’être qu’une pâle copie de l’accord de 2015 que Trump avait pourtant déchiré. En Iran, l’heure est aussi aux fractures internes alors que certains députés avaient qualifié de traîtres tous ceux qui négociaient pour la paix. Le président Masoud Pezeshkian a dû fustiger ces divisions à l’Assemblée et appeler en urgence à l’union nationale.
