Vers une intégration des travailleurs de la pêche au crabe bleu dans un dispositif élargi de sécurité sociale

Raw fresh crabs on market counter

De simple nuisance environnementale, le crabe bleu est devenu en quelques années une véritable manne économique pour les populations littorales tunisiennes. Aujourd’hui, le pays entend capitaliser sur cette dynamique pour asseoir sa position en Méditerranée dans la valorisation de cette ressource.

C’est dans ce contexte qu’a été officiellement lancé à Djerba le projet « Étape Bleue », une initiative dédiée à l’amélioration des conditions de travail et à l’extension de la couverture sociale dans la filière de la pêche et de la transformation du crustacé. L’annonce a été faite dans le cadre du Forum Bluecoop, qui se tient sur l’île jusqu’au 19 juin, en présence de représentants d’institutions nationales et internationales. Porté par la FAO et le Groupement interprofessionnel des produits de la pêche, ce programme vise à intégrer l’ensemble des maillons de la chaîne, pêcheurs, travailleurs de la préparation, transformateurs et personnels du conditionnement, dans un dispositif élargi de protection sociale. Il s’agit de passer d’une logique commerciale à un modèle plus équitable et pérenne, capable d’assurer des revenus stables, une meilleure sécurité économique et un accès élargi aux droits sociaux.

La région sud-est du pays, où l’espèce était initialement perçue comme une nuisance destructrice pour les filets et la biodiversité locale, s’est progressivement imposée comme un pôle stratégique d’exportation. Les organisateurs du projet soulignent que l’enjeu est désormais de consolider cette filière en y intégrant des critères de durabilité et d’inclusion. Une attention particulière est accordée aux femmes, qui occupent une place centrale dans les activités de transformation et de conditionnement. L’initiative vise à consolider leur rôle économique, à diminuer leur précarité et à faire évoluer des conditions de travail encore marquées par la saisonnalité, l’informalité et un accès limité aux protections sociales.

Le Forum Bluecoop réunit à Djerba un large éventail d’acteurs : autorités tunisiennes, professionnels du secteur, chercheurs, partenaires étrangers et délégations de pays reconnus pour leur savoir-faire dans la gestion du crabe bleu, à l’instar des États-Unis, des Philippines et de la France. Ces échanges visent à mutualiser les expériences en matière de traçabilité, de certification, de qualité des produits, d’accès aux marchés et de gouvernance durable de la ressource.

Pour la Tunisie, cette démarche s’inscrit dans une stratégie plus large d’économie bleue, face aux défis que posent la pression sur les écosystèmes marins, la compétition autour des ressources et la prolifération d’espèces envahissantes. La reconversion du crabe bleu, de fléau à source de revenus, est saluée par les instances internationales comme un cas d’école d’adaptation, pourvu qu’elle s’accompagne de cadres réglementaires solides, de formations et de filets de sécurité sociale.

D’après la FAO, le projet « Blue Step » contribuera à renforcer la résilience de toute la filière, depuis la capture jusqu’à la valorisation, tout en consolidant la position concurrentielle de la Tunisie sur les marchés extérieurs sans négliger les communautés qui vivent de la mer. Il ouvre également la voie à des coopérations renforcées avec des pays comme les Philippines, dont l’expérience dans l’organisation des communautés de pêcheurs et les systèmes de protection sociale constitue une référence précieuse.

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