Vie de couple : Pourquoi tant de disputes ?

Dans toute relation de couple, il y a toujours des frictions, des non-dits, des tensions et des malentendus auxquels les deux partenaires doivent faire face. Qu’il s’agisse de frustrations personnelles ou de désagréments plus généraux, aucune relation n’est parfaite et rares sont les hommes et les femmes qui vivent leur vie de couple comme dans un long fleuve tranquille.

Nous avons tenté de cerner les problèmes les plus fréquents que rencontrent nos chers compatriotes et qui les mènent souvent vers la séparation sous ses diverses formes…

 

Les problèmes de couple en Tunisie sont devenus nombreux et variés, marqués par une augmentation exponentielle des divorces : entre 13.000 et 16.000 cas par an, soit environ 46 cas par jour ! En même temps, le nombre de mariages est en baisse constante depuis 2011, atteignant 70.942 unions en 2024, soit moins de huit unions par jour.

Un sociologue analyse cette situation en ces termes : « Le taux de divorce qui a doublé au cours des deux dernières décennies résulte d’un mélange de pression sociale conservatrice et d’aspiration à la liberté individuelle. Les causes majeures incluent également le manque d’éducation sexuelle, en plus des difficultés économiques, de l’infidélité facilitée par les réseaux sociaux et de l’évolution des rôles traditionnels. »

Le drame qui semble empoisonner le plus la relation hommes-femmes, c’est le manque d’argent. La vie chère, les salaires trop bas et les charges diverses et variées créent des problèmes quotidiens et contribuent largement à envenimer la situation. Apparaissent alors des reproches que certains estiment injustifiés et les critiques auxquelles on est incapables de répondre.

L’un des problèmes les plus courants est la pression sociale et familiale concernant le mariage. Dans la culture tunisienne, le mariage est souvent considéré comme une étape essentielle à franchir à un certain âge. Cette pression peut amener certains couples à se marier trop tôt ou sans y être prêts, ce qui va entraîner des tensions et des conflits, une fois le mariage consommé. De plus, les familles ont tendance à intervenir dans la vie du couple, ce qui peut exacerber les tensions et interférer dans l’intimité du couple.

 

Les excès du téléphone portable

Autre grand problème des couples modernes : l’utilisation excessive du téléphone par l’un des partenaires, à toute heure du jour et de la nuit. Un mari excédé témoigne : « Nos conversations se limitent à des onomatopées prononcées du bout des lèvres. Même nos repas sont entrecoupés par des coups d’œil furtifs aux smartphones par ma femme et mes enfants. On n’a plus de moments privilégiés ou d’échanges. Personne ne regarde plus la télévision et ne lit de livres. Il n’y a que les messages échangés sur les réseaux sociaux. Cette situation me donne l’impression d’être ignoré, sous-estimé, ce qui entraîne chez moi un sentiment de frustration et d’agacement… »

Autre reproche que l’on retrouve souvent chez les couples modernes : le désordre et le manque d’organisation. En effet, les différences de propreté et d’organisation peuvent être une source majeure d’irritation. Si une personne est ordonnée et que l’autre ne l’est pas, cela va entraîner des disputes permanentes.

La jalousie est une autre cause de conflits chez les couples tunisiens. L’excès de « hzara » et de possessivité met à rude épreuve la relation des couples tunisiens. La confiance mutuelle s’estompe alors pour laisser place à une ambiance envenimée au point de briser définitivement les liens du mariage.

L’une des causes évoquées par nombre de nos interlocuteurs concerne le fait de ne pas partager les tâches ménagères, même chez les couples jeunes et qui se disent modernes. Un jeune marié se souvient : « Faire la vaisselle, la lessive ou passer la serpillière, je ne peux pas. Je n’ai pas été élevé comme ça. Dans ma famille, c’était ma mère et mes deux sœurs qui s’occupaient de ces tâches, pas mon père. »

Le problème d’un grand nombre de couples tunisiens, c’est qu’après un certain temps de vie commune, on a tendance à ne pas exprimer sa reconnaissance et à considérer les choses comme acquises. On commence alors à se sentir sous-apprécié pour les choses que l’on fait, ce qui finit par créer des problèmes inattendus, se terminant souvent par des scènes de ménage violentes.

 

Drame de la vie sexuelle

Un chiffre étonnant nous a été donné par un sexologue : « Les difficultés sexuelles constituent 60% des cas de divorce. La méconnaissance du corps de l’autre, souvent influencée par des attentes irréalistes, issues de la pornographie, finissent par créer des malaises profonds chez les couples tunisiens. L’éducation sexuelle est souvent absente chez nous, laissant les partenaires, notamment les femmes, inexpérimentés et anxieux Cela peut mener au vaginisme ou à l’abstinence, perçues comme un égoïsme, augmentant les risques de fracture au sein du couple. »

Il y a aussi les critiques qui usent la relation : ce que les Tunisiens appellent « Tkharnin » qui est le fait de pinailler, ce qui engendre des ondes négatives. De plus, les pinailleurs refusent de s’excuser par orgueil et ce refus de s’excuser est une source fréquente de frictions pour de nombreux couples. Il est donc important de reconnaître ses torts pour maintenir des relations saines.

Un élément inattendu crée des problèmes au sein de certains couples : le ronflement. Ceux et surtout celles qui ont un partenaire qui ronfle souffrent toutes les nuits à cause d’un sommeil perturbé par la bruit, parfois trop fort des ronflements de l’autre. Une dame se souvient : « Dès ma nuit de noces, j’ai commencé à être incommodée par les ronflements bruyants de mon mari. Alors, au bout de quelques jours, j’ai exigé qu’il quitte la chambre à coucher et depuis on fait chambre à part. Cela dure depuis plus de vingt ans ! »

Et puis, il y a une foule de petits tracas qui peuvent générer des conflits, que de nombreux couples rencontrent et qu’un psychologue résume en ces termes : « excès de dépendance peut donner une impression d’étouffement et si l’un des partenaires est toujours en retard, cela va engendrer de l’agacement et des tensions. Il y a aussi le fait de couper la parole à l’autre au cours des conversations, surtout lorsqu’il y a des invités. Être régulièrement interrompu pendant que l’on parle peut engendrer un sentiment de frustration. Certaines personnes se plaignent d’être gênées par leurs partenaires qui font des plaisanteries déplacées ou qui révèlent des informations personnelles. »

Il ajoute : « Il y a aussi les problèmes de communication lorsque les deux partenaires ne partagent pas les mêmes pensées, ce qui va créer des malentendus et même du ressentiment. L’entêtement peut également être difficile à gérer car l’un des partenaires ne veut pas faire de compromis. Or, les concessions mutuelles permettent de calmer les choses et de sortir des conflits sans trop de dommages. »

Ajoutez à tout cela la cherté de la vie, le chômage et les difficultés financières qui pèsent lourdement, les réseaux sociaux qui sont des vecteurs importants d’adultère virtuel ou réel, causant de nombreuses ruptures, la violence conjugale due à la jalousie excessive et vous aurez une idée précise des difficultés que vivent les couples depuis quelques années.

L’indépendance économique des femmes qui travaillent a tendance à faire reculer les frontières des relations de couples traditionnels avec des tensions diverses et variées. Les mentalités changent, la conception même de la notion de couple change et cela mène le pays vers des horizons inconnus…

Yasser Maârouf

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