Le Forum de l’Officine s’est tenu les 1er et 2 mai 2026 au Palais des Congrès de Tunis, réunissant l’ensemble des acteurs du secteur pharmaceutique autour des enjeux de transformation du système de santé. Lors de la cérémonie d’ouverture, le ministre de la Santé, Mustapha Ferjani, a livré un discours dense, articulé autour de la prévention, de la souveraineté sanitaire et de la réforme du circuit du médicament.
Le ministre a d’abord insisté sur la nécessité de replacer la prévention au cœur des politiques de santé. Selon lui, une politique efficace doit être fondée sur la prévention primaire, en agissant en amont des pathologies.
Il a rappelé qu’environ 50 % des cas de diabète auraient pu être évités grâce à une approche intégrative combinant alimentation, hygiène de vie et dépistage précoce. Une orientation qui, selon lui, doit guider les futures réformes du système de santé.
Mustapha Ferjani a également mis en avant les avancées réalisées en matière de génomique, saluant l’Institut Pasteur de Tunis pour une expérience qu’il a qualifiée de « réussie à 100 % » sur le génome tunisien.
Cette avancée permettra, selon lui, d’améliorer le diagnostic des maladies héréditaires et rares, de renforcer les capacités nationales en matière de dépistage prénatal et de réduire le recours à l’étranger. Le ministre a évoqué une perspective de souveraineté nationale en matière de génomique, tout en appelant à des partenariats avec les pays africains engagés dans des programmes similaires.
Le pharmacien, acteur central du système de santé
Mustapha Ferjani a tenu à redéfinir la place du pharmacien dans le système de santé, affirmant que la pharmacie « n’est pas une entreprise commerciale », mais un service de santé de proximité.
Selon lui, le pharmacien constitue le premier point de contact du citoyen avec le système de soins. Son rôle dépasse la dispensation du médicament et inclut la sécurité du circuit pharmaceutique, la rationalisation de l’usage des traitements, la prévention des effets indésirables et la sensibilisation sanitaire, notamment dans le cadre de l’approche « One Health ».
Mustapha Ferjani a alerté sur un contexte international difficile, marqué par des tensions géopolitiques et économiques ayant un impact direct sur le secteur du médicament.
Hausse des prix des matières premières, coût élevé de l’innovation pharmaceutique, pression sur les caisses sociales et augmentation des besoins de santé : autant de facteurs qui fragilisent l’équilibre du système. À cela s’ajoutent, selon lui, des difficultés internes liées à la disponibilité des médicaments et aux circuits parallèles de distribution.
Sécurité du médicament et souveraineté nationale
Face à ces défis, le ministre a insisté sur la nécessité de considérer la sécurité du médicament comme un enjeu de souveraineté nationale, mais aussi de justice sociale.
Il a appelé à renforcer la fabrication locale et à encourager les médicaments génériques, qu’il a définis non pas comme des alternatives de second rang, mais comme des produits répondant aux mêmes standards de qualité et d’efficacité.
Parmi les chantiers évoqués figure la prescription en dénomination commune internationale (DCI), présentée comme un levier de transparence nécessitant une approche concertée entre pharmaciens, médecins, patients et vétérinaires.
Mustapha Ferjani a également insisté sur la lutte contre la contrebande, la vente illégale de médicaments et les circuits parallèles, y compris sur les réseaux sociaux, mettant en garde contre les risques sanitaires liés à des produits non conformes.
Numérisation, sérialisation et traçabilité
La réforme du secteur passe également, selon lui, par la digitalisation. Mustapha Ferjani a souligné que la numérisation constitue un pilier de la nouvelle gouvernance du système de santé, permettant de renforcer la transparence, de réduire les ruptures et de lutter contre les circuits illicites.
Il a annoncé la mise en place progressive de la sérialisation des médicaments de l’usine jusqu’au patient d’ici 2027, afin d’assurer une traçabilité complète.
Le ministre a appelé à une application stricte de la loi interdisant la vente d’antibiotiques sans ordonnance, rappelant l’importance de leur usage rationnel dans le cadre de l’approche « One Health ».
Il a alerté sur le risque majeur de l’antibiorésistance, estimant qu’elle pourrait provoquer jusqu’à 1,2 million de décès à l’horizon 2050 si des mesures fortes ne sont pas prises.
Mustapha Ferjani a par ailleurs insisté sur la nécessité d’une réforme construite sur le dialogue et le consensus entre les différentes parties prenantes. « Aucune partie ne détient la vérité absolue », a-t-il rappelé, en appelant à un travail participatif avec les structures professionnelles, notamment les pharmaciens.
Il a souligné que la réforme doit être fondée sur des résultats mesurables, des indicateurs de performance et une approche pragmatique, loin des slogans.
Le ministre a fini par rappeler la vocation régionale et internationale de la Tunisie, historiquement positionnée comme un pont entre l’Afrique, le monde arabe, la Méditerranée et l’Europe.
Il a réaffirmé la volonté politique de renforcer la souveraineté sanitaire du pays, de soutenir l’industrie pharmaceutique nationale et de garantir l’accès équitable aux médicaments.
« Pas de réforme du système du médicament sans pharmaciens, pas de justice sociale sans médicaments accessibles », a-t-il insisté, appelant à une réforme courageuse, capable de garantir la dignité du citoyen et la pérennité du service public de santé.