A quelques jours du démarrage de la 80e session de l’Assemblée générale des Nations unies (9-23 septembre 2025), un rendez-vous devant être crucial pour le conflit israélo-palestinien, l’Amérique de Trump décide, le 29 août dernier, de bloquer les visas pour les membres de l’OLP et de l’Autorité palestinienne, dont son président Mahmoud Abbès. Ce, alors que Paris compte y plaider pour la reconnaissance d’un Etat palestinien et que plusieurs pays occidentaux se préparent aussi à l’annoncer dans l’enceinte onusienne. En même temps, l’entité sioniste poursuit son offensive sur Gaza en vue de sa totale annexion. Pour contourner la décision de l’administration Trump résolument engagée dans le soutien inconditionnel de Benyamin Netanyahu, une seule alternative : déplacer l’AG à Genève, comme en 1988 pour permettre au défunt Yasser Arafat, président de l’OLP, d’y prononcer son discours. Sera-ce le cas en 2025 ? Et quelle chance a, encore, l’Etat palestinien de voir le jour ?
En juillet dernier, 15 pays dont la France ont lancé « un appel collectif » pour reconnaître un Etat palestinien. Sans en divulguer le chiffre, sans doute non encore connu par discrétion de certains pays, les médias occidentaux parlent de plusieurs pays dans le monde, notamment occidentaux, qui se prépareraient à reconnaître la Palestine comme un Etat à part entière au cours de la 80e AG des NU, en soutien à la solution des deux Etats au conflit israélo-palestinien. Mais les Etats-Unis de Trump, l’unique et indéfectible soutien de Benyamin Netanyahu, s’y opposent franchement. Le refus des visas aux responsables de l’Autorité palestinienne (AP) et de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) par l’administration Trump est une autre preuve de l’alignement des Etats-Unis sur l’entité sioniste après la série de vetos américains brandis au Conseil de sécurité contre un cessez-le-feu à Gaza et son soutien à l’initiative israélienne d’éloigner les institutions onusiennes humanitaires de l’opération de distribution des aides alimentaires aux Gazaouis en assassinant un nombre important de son personnel à Gaza.
L’empêchement des responsables palestiniens d’accéder au territoire américain n’est autre que l’expression de la volonté du 47e président des Etats-Unis, tout comme celle du Premier ministre israélien, d’en finir avec Gaza, après près de 24 mois de guerre hors normes, et avec le conflit israélo-palestinien vieux de 77 ans (depuis 1948), non pas par de véritables négociations pour une paix durable mais par la force armée et le non-respect du droit international en filigrane de la stratégie israélienne d’annexion de Gaza depuis le 7 octobre 2023. Trump cherche ainsi à couper l’herbe sous les pieds des 147 pays, sur 193 Etats membres des Nations unies, soit un peu plus de 76%, qui ont reconnu en mars 2025 la Palestine comme un Etat souverain. Sachant que la Palestine est déjà reconnue comme Etat observateur non membre de l’Assemblée générale des Nations unies depuis 2012 et membre adhérent à l’Unesco depuis 2011.
Double jeu américain
Les reproches de l’administration Trump à l’Autorité palestinienne et aux responsables de l’OLP formulés dans un communiqué officiel du département d’Etat trahissent le double jeu des Américains qui, tout en clamant leur volonté de paix, voire de participer aux négociations tripartites (Etats-Unis, Egypte, Qatar) avec les responsables du Hamas, mettent les bâtons dans les roues de tout processus qui aboutirait à la reconnaissance du droit des Palestiniens à un Etat indépendant sur leurs propres terres (occupées). Ainsi, les responsables palestiniens sont accusés par Washington de « ne pas respecter leurs engagements et de compromettre les perspectives de paix », ceci est dans « l’intérêt de la sécurité nationale » américaine, indique le même communiqué. En plus clair, le texte dit qu’il est reproché à l’Autorité palestinienne de recourir à la justice internationale – CPI et CIJ – pour régler ses contentieux avec Israël, et que celle-ci doit mettre fin « aux tentatives de contourner les négociations à travers des guerres judiciaires internationales…et d’obtenir la reconnaissance unilatérale d’un Etat palestinien ». Pour le département d’Etat, Israël n’est responsable et n’est coupable de rien contrairement à l’Autorité palestinienne — qui, par ailleurs, coopère avec l’entité sioniste en matière de sécurité en Cisjordanie occupée — dont les initiatives (judiciaires) auraient « contribué au refus de Hamas de relâcher les otages et à l’effondrement des négociations de paix ». Le refus des visas est une autre guerre, sur un autre front, contre les Palestiniens tandis que les Etats-Unis sont censés faciliter l’accès de toutes les délégations sans exclusive au siège de l’ONU à New York, que le ministre des Affaires étrangères français Jean-Noël Barrot a qualifié, ce 30 août 2025, de « lieu de neutralité, c’est un sanctuaire au service de la paix où sont résolus les conflits, où sont empêchées les guerres », ajoutant : « De ce point de vue, une Assemblée générale des Nations unies fondées il y a 80 ans ne saurait souffrir aucune restriction d’accès ». Washington s’en défend, l’argument avancé est que ses engagements sont respectés du fait que cette mesure ne concerne pas la mission permanente palestinienne auprès des Nations unies. Mais le tollé qu’a soulevé la décision du département d’Etat indique qu’elle doit être comprise comme une mesure punitive contre les Palestiniens qui chercheraient à se défendre contre l’occupant oppresseur depuis trop longtemps par la voie judiciaire internationale quand bien même ils seraient qualifiés par les Américains, les sionistes et leurs alliés, de terroristes quand ils optent pour la défense de leur peuple et de leurs terres occupées par la voie des armes. Et à ce titre, l’administration Trump, qui n’ignore pas les divisions anciennes et nouvelles entre l’AP et le Hamas avec les autres factions, pousse le cynisme très loin en exigeant, dans le même communiqué, de Mahmoud Abbès de condamner le terrorisme dont « le massacre du 7 octobre »
L’Assemblée générale à Genève comme en 1988 ?
Qu’adviendra-t-il dans les prochains jours ? Une idée a circulé sur les réseaux sociaux et dans certains médias, celle du transfert de la réunion au siège de l’ONU à Genève, une idée inspirée d’une précédente situation identique remontant à 1988 quand le leader Yasser Arafat, chef de l’OLP et président de l’Autorité palestinienne de 1996 jusqu’à sa mort en 2004, s’est vu refuser le visa de voyage pour se rendre à New York afin d’assister à une réunion au siège des Nations unies prévue les 1er et 2 décembre 1988. Arafat s’est finalement déplacé à Genève où s’est tenue l’Assemblée générale des NU le 13 décembre et où il a prononcé un discours historique dans lequel il a déclaré la reconnaissance de l’Etat de Palestine et l’acceptation par l’OLP de l’existence de deux Etats. Ce qui a été perçu comme un tournant diplomatique dans le conflit israélo-palestinien et avait ouvert la voie aux négociations avec Israël pour la création d’un Etat palestinien indépendant. Deux jours plus tard, le 15 du même mois, l’Assemblée générale des Nations unies votait pour accorder à la Palestine un statut d’observateur, ce qui a été considéré comme un premier pas vers la reconnaissance de l’Etat palestinien et dont le processus a été achevé en 2012.
Mahmoud Abbès venait-il lui aussi à New York pour faire des annonces historiques qu’Israël redoutait et que les Etats-Unis refusaient ? Une chose est sûre, la France a, depuis plusieurs mois, annoncé qu’elle viendrait à New York en septembre 2025 pour plaider en faveur de la reconnaissance d’un Etat palestinien. Un Sommet organisé par la France et l’Arabie saoudite est, en effet, prévu à l’occasion de l’AG au cours duquel la Palestine devrait être reconnue comme un Etat indépendant par plusieurs pays occidentaux alliés des Etats-Unis et d’Israël comme le Royaume-Uni, le Canada ou l’Australie. La question qui se pose déjà avec acuité : un Etat palestinien est-il encore possible sur des terres morcelées, confisquées et/ou détruites ? Netanyahu a déjà donné son feu vert pour une nouvelle offensive massive contre Gaza-ville tandis que la Cisjordanie occupée est sur le point d’être divisée en deux en raison des nouvelles implantations de colons. Entre les derniers espoirs palestiniens de liberté et d’indépendance et la réalité du terrain brûlé et en ruine et des morts à cause des bombardements et de la famine, il y a peu de chances à l’Etat palestinien de voir le jour, sauf miracle divin ou sursaut arabe et mondial. Les pays arabes et les pays occidentaux ont encore des cartes gagnantes entre les mains (économiques, commerciales, énergétiques, militaires) qui peuvent stopper Netanyahu et ses ministres sanguinaires. Mais la géopolitique a ses raisons et ses intérêts que les pays, quelle que soit leur force économique et militaire, ne peuvent pas ignorer. La Turquie a annoncé officiellement avoir coupé tous les ponts avec Israël à cause de Gaza. Les Européens auront-ils le courage de faire pareil au risque de fâcher Trump qui tient encore les ficelles de la guerre en Ukraine et des négociations avec Poutine ?