L’on a coutume de dire dans nos contrées, gorgées de bravades, que la plume est souvent plus incisive que l’épée.
Certains poètes arabes, dont le plus illustre d’entre eux Al Moutannabi, s’en vantent allégrement.
Un texte littéraire écrit dans la langue d’Al Jahiz ou bien dans celle de Molière est parfois si mordant qu’il vous tient en haleine.
Écrit d’une plume acérée, celui paru dans la revue « les Temps modernes », dirigée à l’époque par Jean-Paul Sartre (1905-1980), n°123, mars-avril 1956, est à cet égard un morceau d’anthologie.
Publié sous le titre tonitruant « Et sous votre poids, la terre tremblera », il est extrait d’une autobiographie du dandy du fameux roman de Subeil Driss « Quartier latin », Mhemed Ferid Ghazi (1929-1962).
Il y relate le déroulé des événements des 8 et 9 avril 1938 à Tunis, dont il ne fut point un témoin oculaire mais un combattant en herbe.
Il avait à peine neuf ans et était élève au collège Sadiki.
« Le 9 avril 1938, écrit-il, reste dans ma mémoire une date inscrite en lettres de feu et de sang.
Auparavant, dit-il, on étouffait. « Assez de souffrances. Il était temps de recouvrer son humanité écrasée. Un parti politique était là, heureusement lucide, veillant sur l’âme malade de la Tunisie. Il était temps d’agir : vivre libre ou mourir. »
De fait, le vendredi 8 avril, « la cité a déversé en flots bruyants ses fils sur les places. Trois cent mille personnes défilaient à travers la ville… j’étais en tête des cortèges. Mes camarades nationalistes et moi menions les manifestants…
Nous marchions au pas et nous chantions en chœur :
Défenseurs de la patrie !
Allons debout ! Allons debout pour la grandeur de la patrie.
Vivre libre ou mourir, pour la patrie.
Que le ciel ébranle de ses tonnerres la terre, que les foudres jettent leur courroux sur la terre. »
Ainsi, prédit-il, « Houmat Al Houma, tu resteras éternelle au cours de l’histoire d’un peuple, un murmure au fond de la pensée collective de la Tunisie qui ne peut mourir. »
Aucune armée ne viendra au bout des combattants de la liberté. « En meurt-il dix, cent, bientôt les remplaceront, des légions de combattants jailliront du sol meurtri au cri de « liberté ». »
Le 9 avril 1938 ; fête des martyrs. Ghazi en donne dans cette relation épique le sens « sacré ».
Cette date, martèle-t-il, est dans la mémoire de toute une nation en marche vers la liberté. Inoubliable. Imposante par ses martyrs tombés, et par la foi qu’ils ont fait naître.
Ce texte dû à un chantre de la liberté, parti très tôt, mérite d’être lu et relu dans nos lycées.
Messieurs les pontes du boulevard de Bab Bnat, à vous d’apprécier !