L’ancien ministre de l’Intérieur Driss Guiga est décédé ce dimanche 19 avril 2026 à l’âge de 101 ans, après un long parcours étroitement lié à la construction de l’État post-indépendance sous Habib Bourguiba.
Les funérailles du défunt auront lieu lundi 20 avril à Hammamet. Le cortège funèbre quittera son domicile situé au quartier Taher Guiga à 15h00, après la prière d’Asr, en direction du cimetière de Hammamet où il sera inhumé.
Un pur produit de l’État bourguibien
Né le 21 octobre 1924 à Testour, dans le gouvernorat de Béja, Driss Guiga appartient à cette génération façonnée par la lutte nationale et les débuts de l’État tunisien. Très tôt engagé dans le mouvement nationaliste, il rejoint les rangs du Néo-Destour à l’adolescence, dans le sillage de figures comme Habib Bourguiba ou Ali Belhaouane.
Formé au Collège Sadiki puis à l’Université d’Alger et à Paris, il combine une culture juridique solide et une expérience militante précoce. Son parcours n’a rien d’anodin : arrestation en 1952, engagement dans la presse nationaliste, puis intégration rapide dans les rouages de l’administration après l’indépendance.
Après 1956, Guiga enchaîne les responsabilités : secrétaire général de l’Assemblée nationale, directeur de l’administration régionale, puis directeur général de la sûreté nationale en 1961 — un poste stratégique dans un État en consolidation.
Mais sa carrière prend une tournure plus politique à partir de la fin des années 1960. Il est nommé successivement ministre de la Santé (1969-1973), puis ministre de l’Éducation nationale (1973-1976), avant d’être envoyé comme ambassadeur à Bonn — une mise à distance interprétée par certains comme une sanction politique sous Hédi Nouira.
Il revient au cœur du pouvoir en 1980 en accédant au ministère de l’Intérieur, poste qu’il occupe jusqu’en janvier 1984, à une période particulièrement tendue.
L’ombre des « émeutes du pain »
Le nom de Driss Guiga reste indissociable des événements de l’hiver 1983-1984, lorsque la hausse brutale des prix du pain déclenche une vague de protestations à travers le pays. Face à la crise, il adopte une posture politique inattendue en appelant à la démission du gouvernement.
Ce positionnement ne le protège pas. Accusé de « haute trahison », il est condamné par contumace à dix ans de prison. Ses biens sont saisis, et il prend le chemin de l’exil à Londres. Une chute brutale, à la hauteur de son ascension.
Après le changement de régime en 1987, à la suite de l’arrivée au pouvoir de Zine el-Abidine Ben Ali, Guiga rentre en Tunisie. Il est brièvement incarcéré, puis libéré avec une peine avec sursis.
Il se retire ensuite de la vie politique, s’installant à Hammamet où il mène une existence discrète, consacrée à la lecture et à l’écriture. En 2024, à l’âge de cent ans, il publie ses mémoires, Sur le chemin de Bourguiba : 1934-1984, un témoignage dense mais forcément subjectif sur cinquante ans d’histoire tunisienne.