Ça a été annoncé, relayé par les médias dans pratiquement tous le continent africain. A partir du 1er Mai 2026, une franchise douanière sera appliquée au produits africains exportés vers la Chine pouvant atteindre zéro pour cent pour certains produits. Un engagement pris par le président chinois le président chinois XI Jinping lors du sommet de l’Organisation de l’Union Africaine (OUA) tenu à Adis Abéba en février 2026.
Aucune réciprocité n’est exigée par la chine, et tous les pays africains liés par des relations diplomatiques à la chine en bénéficieront. Ainsi, c’est 53 pays sur le 54 du continent vont pouvoir profiter de cette « aubaine » et voir leur produits (matières première et manufacturés) devenir concurrentiel sur le marché chinois, l’un des plus importants marchés au monde, si ce n’est pas le plus important, avec ses 1 milliards et 500 milles consommateurs.
La Chine va encore plus loin, elle a même pensé aux aspects logistiques et structurels pouvant permettre et faciliter et fluidifier l’accès des produits africains au marché chinois.
Tout cela semble réjouissant. Mais est-ce un cadeau offert par la chine au continent pour aider ce dernier, comme déclarent les responsables chinois, à franchir le seuil du sous-développement pour entrer dans la voie du progrès économique et du développement ?
Il y’a certainement des raisons de le croire, mais il y’a aussi des dessous qui, après analyse, font de la chine le plus grand gagnant de « concession » offerte au pays du continent noir.
Prendre à contrepied les mesures protectionnistes prônés par le président américain Donald Trump et qui affectent profondément les pays du continent africain donne matière de croire que cette mesure chinoise ne peut que s’inscrire dans le contexte de la compétition sino-américaine, notamment autour de l’accès aux ressources naturelles, minières notamment, du continent africain.
C’est dire que cette mesure est autant bénéfique pour le continent que pour la Chine.
Impact économique
D’une part, les pays africains vont voir leurs exportations vers la chine augmenter avec une meilleure compétitivité par rapports aux produits importés d’autres pays. Mais cela conduirait-il à réduire le déséquilibre de la balance commerciale entre l’Afrique et la chine.
En toute évidence, la réponse est par la négative, et ce sont les chiffres qui le démontrent. En 2025, les échanges sino-africains ont atteint 348 milliards de dollars, en hausse de 8 % par rapport à l’année précédente. Ce chiffre décortiqué nous permet de constater le déficit commercial du continent par rapport à la Chine.
En effet, les statistiques publiés montrent une hausse de 26 % des exportations chinoises vers l’Afrique. Des exportations qui ont atteint la valeur de 225 milliards de dollars. Du coté africain, les exportations n’ont augmenté en 2025 que de 5.4 %, soit la valeur de 123 milliards de dollars et ce en dépit de l’exonération des taxes douanière pour 33 pays africains. Chose qui donne un excédent en faveur de la Chine de 102 milliards de dollars.
Les chiffres du premier trimestre de 2026 ne confirment pas seulement ceux de 2025, mais enfoncent le clou. Certes, les exportations du continent africain vers la chine ont réalisé un bond en atteignant 17.6 %, soit 31.6 milliards de dollars. Toutefois, les exportations chinoise ont connu une hausse de 32.1 %, soit 60.66 milliards de dollars, par rapport à la même période de l’année précédente (source : Centre d’étude stratégiques de l’Afrique)
La Chine est ainsi toujours gagnante. Car, non seulement cette exonération de la taxe douanière va renforcer la position de la chine en tant que premier partenaire commercial de l’Afrique, mais elle va dynamiser encore plus le niveau des échanges entre les deux parties. Là aussi, la Chine sera certainement gagnante, étant donné que c’est un pays qui fabrique tout, alors que la grande partie des exportations africaines consistent en la matière première, très sollicitée par tous les pays industriels au monde.
En d’autres termes, en important des matières premières (minerais, hydrocarbures et produits agricoles) en franchise de douane, la Chine réoriente davantage de flux de ces produits vers elle, sécurise davantage son approvisionnement en ressources naturelles et surtout contribue à l’amélioration de la compétitivité de ses entreprises vis-à-vis des multinationales des pays concurrents (USA, Union européenne, Japon, Turquie, Inde, Russie…) qui, eux, doivent supporter des taxes douanières.
On se trompe ainsi si l’on croit que la décision chinoise est désintéressée. Bien au contraire, c’est la compétitivité de ses entreprises qui est en ligne de mire.
Impact diplomatique
Un autre volet, non moins important pour la chine est à prendre en considération. En prenant cette décision envers le continent africain, la chine va pouvoir renforcer ses positions diplomatiques. En excluant le seul pays ayant reconnu Taiwan, la chine va pouvoir mettre de la pression sur les pays de l’Afrique afin qu’ils réfléchissent bien aux conséquences, s’ils se trouvent un jour « tentés » de nouer des relations diplomatiques avec Taiwan.
En outre, et sur ce même volet diplomatique, en offrant une opportunité à l’exportation au pays africains, dans un contexte d’étouffement causé par les mesures protectionnistes prises par Donald Trump qui a revu à la hausse les taxes douanières imposée par les USA au produits importés, notamment d’Afrique, la Chine semble aussi chercher à couper la route devant une éventuelle mainmise des américains sur les produits miniers et les hydrocarbures du continent.
un autre aspect, non moins important, est à prendre en considération. l’Afrique, forte de ses 54 voix à l’Assemblée Générale des Nations Unies avec, de surcroit, la tradition de voter en bloc, pourrait être un allié de taille pour la Chine dans certaines questions relatives aux relations internationales et aux réformes du Conseil de Sécurité que la Chine envisage proposer à l’assemblée Générale, ainsi qu’à l’Organisation Mondiale du Commerce.
Krimi Abderrazek