L’ADN tounsi, elles sont comme on dit chez nous des « tounsiyettes » des filles d’Elyssa, issues de l’immigration, binationales ou tunisiennes qui s’exportent à l’international, elles font et sont la fierté de notre Nation. Elles sont entre deux rives de la Méditerranée, entre la France et la Tunisie ou la Tunisie et le Moyen-Orient dans un continuel va-et-vient d’échange et de proximité. Elles sont nos Ambassadrices et elles rappellent que notre matrice féconde de trois mille ans d’histoire n’a rien à envier à qui que ce soit. Elles sont internationales, elles repoussent les frontières, dans leur domaine, elles portent avec passion leur créativité, comme un étendard face au Monde.
Elles sont : soprano, artiste du qanun, réalisatrice, psychiatre, présidente d’association, créatrice de mode, artiste plasticienne, elles font bouger les lignes à l’international. Ici et ailleurs, elles célèbrent la créativité plurielle. Si certaines sont parties, elles sont et font le lien avec la terre d’origine, d’autres ont décidé par contre de revenir.
Hind Meddeb, documentariste et réalisatrice: Au carrefour du Maghreb
Fille du regretté écrivain et islamologue et ami si Abdelwahab Meddeb, Hind est au carrefour du Maghreb de sa mère, la linguiste algéro-marocaine Amina Maya Khelladi. Elle est titulaire d’un master de philosophie, obtenu à l’Université Paris-Nanterre sous la direction d’Étienne Balibar et Tereza Orozco de l’Université libre de Berlin, et d’un master de sciences politiques obtenu à l’École doctorale de Sciences Po Paris sous la direction de Jean Leca. Elle est aussi titulaire d’une licence d’allemand LCE (langue et culture étrangère) à l’Université Sorbonne-Nouvelle.
Documentariste et réalisatrice, on lui connaît, en 2008, son premier documentaire, intitulé « De Casa au paradis », qui retrace le destin de quatorze kamikazes marocains à Casablanca. En juin 2012, elle signe le “Manifeste des 70 pour la démocratie en Tunisie”.
Au lendemain de la révolution égyptienne, elle se rend dans les bidonvilles du Caire, là où la jeunesse danse au son de l’électro chaâbi, et tourne entre 2011 et 2013 son second documentaire. Tourné en parallèle, deux ans après la révolution tunisienne de 2011, le documentaire « Tunisia Clash » prend la forme d’un road movie intime, au moment où le rappeur Weld El 15 est en cavale dans l’attente de son procès. Elle traverse, avec lui et avec le rappeur Phenix, la Tunisie postrévolutionnaire, des banlieues populaires de Tunis jusqu’aux plateaux désertiques du centre du pays. Sur cette route, une scène alternative se dessine : artistes, militants, citoyens ordinaires lui confient leurs rêves et leurs espoirs, entre constat amer, désir de révolte et soif de liberté.
Avec « Organisez-vous ! », Hind Meddeb revient sur l’histoire de l’organisation communautaire. Une technique inventée aux États-Unis dans les années 1930 et reprise par quelques jeunes Français qui essayent de l’introduire dans leurs quartiers. De septembre 2015 à juin 2016, elle suit la ministre française de l’Éducation nationale, Najat Vallaud-Belkacem, pour en réaliser un portrait intime, Najat Vallaud Belkacem. L’école du pouvoir.
Son film « Paris Stalingrad » retrace la vie des réfugiés sur les campements de rue autour du métro Stalingrad entre juin et novembre 2016, et suit leur déplacement forcé vers la porte de la Chapelle et au-delà, dans un processus d’invisibilisation et de mise à l’écart d’une violence extrême ou comment la ville de Paris se ferme de plus en plus aux étrangers en créant de nouvelles frontières jusque dans l’enceinte même de la ville. Le film sort en salles le 26 mai 2021. La première de son documentaire « Soudan, souviens-toi de nous » a lieu aux Giornate degli Autori 2024, section indépendante de la Mostra de Venise.
*Crédit Photo: Maxime Lenik