L’histoire ne se répète pas mais elle se pense, et entre autres, par analogie. Ainsi, les contradictions disparaissent, les dates se concilient, les évènements se développent sans confusion et se succèdent sans embarras, et l’on n’est plus condamné à éviter la vue aux fantômes de l’Histoire quand ils s’invitent au balcon de l’événement orchestré à la mi-juin par les États-Unis et l’Iran. Un protocole d’accord censé ouvrir une période de pourparlers de paix mais qui a, dès le début, volé en éclats. La comparaison avec des évènements pareils dans l’histoire est tentante. À l’issue de la deuxième guerre punique en 149 avant J.C, Carthage avoua qu’il fallait obtenir la paix avec Rome. Celle-ci l’accorda aux conditions qu’elle avait prescrites. Mais au milieu de cet «accord», Rome ne pouvait voir, sans sentiment de haine viscérale, subsister son éternel ennemi. Elle en résolut donc la reprise des hostilités, et elle lui déclara la guerre sous prétexte que, contre la teneur du dernier «accord», Carthage avait attaqué Massinissa, allié de Rome. Ainsi, la guerre s’enflamma de nouveau malgré la signature d’un «Plan de paix».
Aujourd’hui, l’ordre mondial, avec ses divers principes théoriques et tout ce qui l’accompagne comme postulats juridiques, n’a pas été impuissant uniquement devant ces manœuvres et leurs retombées destructrices, il a contribué plutôt, dans une large mesure, à justifier le despotisme politique, le populisme dangereux, l’intolérance, le génocide, les crimes de guerre et l’hégémonie colonialiste. Il en a résulté que ces avancées juridiques et morales perdent leur influence sur la mémoire collective des sociétés politiques occidentales, réduisant leur efficience fonctionnelle de façon remarquable.
Sur le déclin de la grande idéologie d’un fantasmagorique «rêve romain» de jadis, se lève, à l’Occident judéo-chrétien, une sous-idéologie de prédation, qui sème à tout vent autocratie, totalitarisme, tyrannie et folie des grandeurs. Elle s’inspire d’une idée populiste, «notre civilisation en danger». Et elle jouit d’avoir rallié à sa cause un pouvoir propagandiste, qui se présente comme le sacré collège d’un culte suprémaciste envahissant. Telle est, en substance, l’une des conclusions offertes par les travaux de plusieurs chercheurs et historiens. Ils racontent comment, après des siècles d’hégémonie, Rome a sombré dans des guerres éternelles. Une «folie» qui a profondément influencé ses héritiers occidentaux d’aujourd’hui. L’histoire nous donne toujours des armes pour observer plus finement ce que l’on désigne quand on parle de «la folie des grandeurs».
Après cet aperçu effrayant d’un monde aveugle, dans lequel guerres et faux accords de paix se contrebalancent sauvagement, il ne fait plus de doute qu’il existe un lien entre les ambitions personnelles des tyrans, même en «démocratie» occidentale d’aujourd’hui, et l’endossement de ce type de théorie colonialiste. Ils paraissent constituer le catalyseur idéal du passage à la guerre, car ils offrent un récit qui permet à la fois de justifier cette guerre par le «droit de se défendre» et de suggérer qu’il n’y a pas d’autres moyens, étant donné l’existence des forces hostiles, que de recourir à des actions guerrières.
Qui sortira vainqueur d’un chaos si menaçant ? Ou, plutôt, qui ne paraîtra pas perdant ? Aucun.
Qu’on se rappelle Néron, Caligula, Tibère et leurs héritiers Mussolini, Hitler, Staline, Nixon, Reagan, Margaret Thatcher, Sharon, Georges Bush junior, Tony Blair, Netanyahu, Donald Trump et leurs rhétoriques outrageusement incendiaires, et l’on aura une juste idée de plusieurs tyrans, dont le règne ne fut qu’un tissu d’infamies et d’horreurs et qui ont fait tomber leurs pays dans la prédation, les guerres et l’hégémonisme.
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