Selon Trump, le détroit d’Ormuz deviendra, bientôt, territoire des États-Unis. Derrière le propos émis par l’idiotie du puissant abruti, scintille un trait de génie. Car l’appellation appliquée à un pays n’a rien de substantifique et relève de la contingence historique. Mais une fois la souveraineté frontalière codifiée, l’outrepasser bafoue le droit international et engendre la colère nationale. Ainsi, Tunisie et Iran convoquent l’ambassadeur de France pour dénoncer l’arrogance de l’ingérence. Aussitôt, une levée de boucliers médiatiques monte, en France, à l’assaut de la Tunisie. Pour ces commentateurs outrés, l’ingérence n’en était pas une. Mais selon leurs contradicteurs, les dispositions colonialistes, sans cesse en piste, perdurent tant elles ont la vie dure. Dans ces conditions, quel est donc leur effet sur les relations établies entre les fléaux et les rapports internationaux ?
La représentation des ravages caniculaires apporte une réponse inattendue à l’interrogation. Fathi Hached, marchand de fruits au complexe commercial Phénicia, me dit : «Quand je vois les flammes ravager les forêts françaises, je pense aux Palestiniens massacrés par les Israéliens soutenus par les Européens». Employée de maison, Chadlia Malki me dit : «Le feu en France est un châtiment divin des crimes infligés aux musulmans». L’incendie ravage aussi des forêts tunisiennes mais les préconceptions outrepassent l’observation. Cependant, le relent nauséabond de la colonisation hypothèque et assassine la fraternisation.
La même vermine, engendrée par l’hitlérisme, ronge la Palestine. Héritier du nazisme, le judaïsme l’applique aux territoires occupés après l’avoir dénoncé. Dans son ouvrage “Eichmann à Jérusalem. Rapport sur la banalité du mal”, paru en 1963, Hannah Arendt décrit un dirigeant nazi astreint à obéir aux lois du système totalitaire comme tous les fonctionnaires.
“Ce n’est pas moi qui suis nazi, c’est la réalité sociale globale où je vis”. Ainsi parlait Adolf Eichmann lors de son procès à Jérusalem après avoir fui en Argentine et avoir été capturé par le Mossad.
Bettina Stangneth dans “Eichmann avant Jérusalem” conteste la thèse d’Arendt car le mal n’est jamais banal. Ce background sous-tend la mobilisation planétaire du sionisme lancé à l’assaut des pouvoirs occidentaux.
Maintenant, le sionisme tient les rênes de l’autorité euro-américaine. Au vu de cette alliance politique, Rima Basit surfe sur la corde médiatique déployée entre Israël et l’Amérique. Pour les Palestiniens, ses commentaires donnent à voir la pire des vipères.
Elle occulte le scandale dantesque infligé aux Palestiniens dans la prison à ciel ouvert sous le dôme de fer. D’ici, j’entends Ben Gvir et Netanyahu complimenter leur émissaire zélée : Sa7it ya rima Bassit. Pris dans notre filet à mailles serrées, depuis Hannah Arendt, Trump, coincé, ne parvient qu’à gigoter comme un serpent de mer attrapé. Il a beau cajoler son Bibi, cette amitié pipée attire, d’avance, la raillerie d’Adam Smith. Dans sa “Théorie des sentiments moraux” paru en 1759, ce fondateur de la science économique écrit : «Il existe un sentiment d’intérêt pour autrui, même chez les scélérats» du genre Trump et Netanyahu.
Le 28 septembre, Trump rend visite à XI Jinping, allié de l’Iran et de la Russie. Satan fustige, d’une main, le communisme et, de l’autre, soupèse le poids, décisif, de la Chine. Entre autres, l’avance prise en matière d’intelligence artificielle appliquée à la robotique ne saurait désintéresser l’Amérique. Cela remet les pendules à l’heure véridique dans la mesure où, pour les Etats-Unis, l’adversité ne provient pas du communisme, aujourd’hui assoupi, mais du libéralisme d’une Chine engagée dans la bizarre «économie socialiste de marché».
Dès lors, l’ingérence n’a plus de sens au moment où «toutes les sociétés sont interdépendantes», affirmait, déjà, Georges Balandier. La route de la soie devient le chemin à fréquenter même par un Trump affairé à dénoncer l’ingérence chinoise dans les élections américaines. Mais le parti pris agressif et intempestif du millionnaire foule aux pieds le nid de la diplomatie. «Le maître du monde», selon ses flatteurs, substitue l’exhibition ostentatoire de la puissance, de l’arrogance et de l’ingérence aux classiques pratiques démocratiques. Après le Sommet de l’OTAN, le transfert de Satan sur un camion alimentaire ajoute une épaisse couche supplémentaire au ridicule exemplaire. Pays arabes réunis, bien que désunis, Comité islamique mondial et Union européenne ont beau fustiger le déplacement des populations palestiniennes, pour le pantin américain, la diplomatie ne vaut rien.