Il y a des institutions qui se contentent de traverser le temps. La Garde nationale, elle, l’a affronté de plein fouet, particulièrement depuis 2011. Car si ses soixante-dix ans d’existence méritent qu’on s’y attarde, c’est bien la dernière décennie et demie qui aura le plus mis à l’épreuve son courage et sa capacité d’adaptation. Au lendemain de la révolution, la Tunisie a découvert, non sans effroi, que la menace terroriste n’était plus un scénario lointain. Les monts de Kasserine, du Kef ou de Jendouba sont devenus le théâtre d’une guerre silencieuse, où les unités spécialisées de la Garde nationale — en première ligne aux côtés de l’Armée nationale — ont traqué, pied à pied, dans un terrain hostile, des groupes armés retranchés. Cette collaboration étroite entre les deux institutions, loin des projecteurs, a permis d’éviter au pays le pire des scénarios qu’aient connu d’autres nations de la région. Le prix payé fut lourd : des martyrs tombés dans l’anonymat des djebels, dont le sacrifice continue de forcer le respect. Cette mobilisation s’est illustrée également lors de la bataille de Ben Guerdane, le 7 mars 2016. Une attaque menée par des dizaines de terroristes venus de Libye visait à prendre le contrôle de cette ville frontalière. Grâce à l’intervention rapide de la Garde nationale, de l’armée, des autres forces de sécurité et au soutien de la population, l’offensive a été neutralisée en quelques heures, empêchant l’installation d’un bastion terroriste sur le territoire tunisien.
Au-delà du terrorisme, la Garde nationale, droite dans ses bottes, a dû faire face à l’essor du trafic de stupéfiants et de la criminalité organisée. Profitant des bouleversements de l’après-2011, des réseaux spécialisés dans le trafic de drogue, la contrebande, le blanchiment d’argent ou le commerce illicite ont tenté d’étendre leurs activités. L’institution a répondu par le renforcement du renseignement, la création d’unités spécialisées et le développement de la coopération avec les autres forces de sécurité.
La question migratoire est également devenue un défi majeur. Des côtes de Sfax aux frontières désertiques du Sud, les unités de la Garde nationale interviennent quotidiennement pour surveiller les frontières, intercepter les traversées clandestines et porter secours aux embarcations en détresse en Méditerranée.
Sur terre comme en mer, seule ou aux côtés de l’Armée, la Garde nationale a ainsi fait de la protection des frontières sa raison d’être quotidienne. Soixante-dix ans après sa création, elle n’a rien perdu de sa vocation première : être là où personne d’autre ne voudrait être, et y rester envers et contre tout.