Prenant la parole lors de la 28e édition du , consacrée au thème « Tunisie-Union européenne : le pacte pour la Méditerranée à l’épreuve des chocs globaux », le président de l’Institut européen de la Méditerranée (IEMed), Senen Florensa, a plaidé pour la consolidation des liens entre Tunis et Bruxelles, à l’heure où les bouleversements géopolitiques poussent certains à repenser les alliances.
Des périodes de « dur labeur »
L’orateur a d’abord souligné l’attachement de son institution à ce rendez-vous, qu’il décrit comme « notre maison, notre cercle d’amis, le lieu où nous pouvons réfléchir ensemble sur l’avenir de la Tunisie, de l’Europe et de la Méditerranée ». Cet espace de dialogue a connu, au fil des années, des moments d’espoir et d’avancées, mais aussi des périodes de « dur labeur » pour défendre les conquêtes sociales et les libertés publiques. Malgré les divergences d’appréciation, la relation entre la Tunisie et l’Union européenne n’a cessé de prospérer.
Rappelant que la Tunisie fut, en 1995, le premier pays de la rive sud à signer un accord d’association avec l’Union, dans le cadre du processus de Barcelone, Florensa a avancé plusieurs chiffres éloquents. Les exportations tunisiennes vers l’Europe sont stables et diversifiées ; près de la moitié des importations du pays en proviennent ; plus de 85 % des investissements directs étrangers sont européens, les entreprises concernées assurant, selon lui, 60 à 80 % de l’emploi généré par le secteur étranger. La coopération financière de l’UE atteint environ 400 millions d’euros par an, en dons ou en prêts concessionnels, notamment via la Banque européenne d’investissement. L’Europe fournit en outre la majorité des touristes et l’essentiel des transferts de la diaspora.
Pour l’intervenant, ces données traduisent la profondeur de relations à la fois économiques et humaines, qui ont puissamment contribué à la modernisation du pays depuis trente-deux ans.
Face à ceux qui s’interrogent sur le caractère indispensable de ce partenariat et envisagent un changement d’alliance avec d’autres grandes puissances émergentes, Florensa a jugé ces dernières importantes et bienvenues, tout en affirmant que les chiffres montrent « clairement le caractère positif et structurel des relations économiques de la Tunisie » avec l’Europe, meilleur moteur de sa croissance et de son développement social.
Transformer les défis en opportunités
Il a ensuite présenté le nouveau Pacte pour la Méditerranée lancé par l’UE. À la demande de la Commission européenne, l’IEMed a mené une large consultation préalable auprès d’experts, d’universitaires et d’acteurs économiques, dont une réunion à Bruxelles réunissant une centaine de participants. Cette démarche se poursuivra durant le premier semestre afin de mieux cerner les objectifs du Pacte et d’associer leaders d’opinion, entreprises et monde universitaire de chaque pays à sa mise en œuvre. Le Pacte repose sur trois piliers : le capital humain et la formation, une économie soutenable et intégrée, et un espace de sécurité partagé.
En conclusion, Florensa a appelé à une réflexion commune, entre amis de la Tunisie et Tunisiens eux-mêmes, sur les défis du pays et de la région. La question centrale demeure : « comment pouvons-nous transformer ces défis en opportunité » pour des politiques économiques et sociales tournées vers « la démocratie, l’épanouissement et le bien-être » des Tunisiens ?