Conseil supérieur de l’éducation et de l’enseignement :  Des chantiers urgents pour l’école tunisienne 

Depuis plusieurs décennies, les diagnostics les plus alarmants se succèdent et alertent l’opinion publique sur l’état dans lequel se trouve l’institution éducative. Ces constats émanent de plusieurs organismes qui vont de l’Observatoire national de l’éducation à l’Unicef et pointent du doigt les mêmes carences. Infrastructures vieillissantes, abandon scolaire, violences sont ainsi régulièrement signalés sans qu’un plan global de réformes soit envisagé de manière opérationnelle. 

 

Cette situation de délabrement explique un certain soulagement de l’opinion après la mise en place effective du Conseil supérieur de l’éducation et de l’enseignement dont la première séance plénière a eu lieu lundi 17 août 2026. En effet, dans l’esprit du public, c’est ce conseil qui devrait constituer l’instance de pilotage de l’une des réformes les plus attendues, celle de l’école qui, de nos jours, constitue l’un des maillons faibles en matière de progrès social.

Un think tank pour des missions stratégiques
Depuis plusieurs décennies, l’institution éducative passe par une crise multiforme dont on ne sait pas par où commencer pour la résoudre. Alors que l’école tunisienne fut le fleuron des stratégies de développement des années antérieures, les témoignages se multiplient à tous les niveaux pour attester de son délabrement et de la dilution de son projet. Ainsi, le constat est accablant : le degré d’acquisition des compétences est de plus en plus faible ; le taux d’abandon scolaire atteint des niveaux inquiétants ; les inégalités régionales s’accentuent alors que l’enseignement est en crise aiguë.

Instance consultative, le Conseil supérieur de l’éducation et de l’enseignement est perçu comme un premier pas important dans la réforme globale des systèmes éducatifs. En effet, cet organisme est censé superviser les réformes et devra aussi méthodiquement défricher le terrain afin de faciliter les décisions des sphères exécutive et législative. Annoncé par la Constitution, attendu depuis 2024, ce conseil entre enfin dans la phase de concrétisation.

Le Conseil supérieur de l’éducation et de l’enseignement est une nouvelle haute instance constitutionnelle (prévue par l’article 135 de la Constitution) chargée d’évaluer et de réformer les politiques éducatives. Ce conseil émet des avis sur les grands plans nationaux concernant l’éducation, la recherche scientifique, la formation professionnelle et l’emploi. Il a pour objectif de stabiliser les programmes d’enseignement et protéger le système éducatif face aux instabilités politiques. Il assure une vision globale pour améliorer la qualité, l’équité et l’inclusion de l’école.

Parmi les missions de cette instance figure l’élaboration d’un rapport annuel destiné au président de la République. De plus, le conseil sera appelé à donner des avis consultatifs aux questions que pourraient lui soumettre la présidence de la République, l’Assemblée des représentants du peuple ou le Conseil national des régions et des districts. En outre, le conseil est compétent dans plusieurs domaines liés qui vont de l’enseignement à la recherche scientifique, de la formation professionnelle à l’emploi.

Comme on peut le voir, le Conseil supérieur de l’éducation et de l’enseignement a un champ d’action large qui devrait lui permettre d’appréhender les questions dans leur complexité et selon les chaînes de causalité qu’elles entraînent. Dans cette optique, il est clair que cette institution manquait à l’échafaudage général et pourrait envisager le domaine de l’éducation dans sa globalité et ses interactions avec les autres leviers de développement.

Spécifique à l’éducation, cette instance est appelée à jouer le rôle d’un think tank et d’un observatoire critique des stratégies actuellement à l’œuvre. En quelque sorte, il s’agit d’un conseil économique et social spécialisé dans un domaine précis tout en envisageant ce dernier de manière transitive.

 

Que faut-il attendre de cette nouvelle institution ?

Quatre points peuvent dès à présent être évoqués concernant les attentes – nombreuses, multiples et contradictoires – de l’opinion publique en ce qui concerne le Conseil supérieur de l’éducation et de l’enseignement. De fait, il est important pour le conseil de préciser sa nature et ses missions afin que le public assimile les grandes articulations de l’identité et des objectifs de cette institution.
1-Le conseil n’est ni une instance académique ni un levier syndical. Ce point est important à clarifier pour permettre au public de saisir cette instance pour ce qu’elle est. Par exemple, après la nomination des membres du conseil, plusieurs remarques ont concerné le profil académique – jugé insuffisant – des responsables de l’instance. Si ces observations peuvent sembler pertinentes, il n’en reste pas moins que le conseil ne se présente pas comme un collège d’experts ou un comité de sages. D’ailleurs, en toute logique, le conseil devra consulter les experts dans la diversité de leurs approches pour forger ses rapports à venir en matière d’éducation au sens large.
De même, cette instance n’est pas destinée à constituer un levier syndical ou un organisme corporatiste. Ces derniers existent par ailleurs et seront une partie importante des paramètres d’analyse du conseil dont les avis consultatifs devront être inclusifs et basés sur des méthodes d’écoute prenant en compte toutes les opinions.
2-La mise en mouvement du conseil est un premier pas dans la réforme globale du système éducatif. Ce point est d’une importance capitale car cette institution est pensée pour le long terme et aussi pour libérer l’école du joug de l’immédiat. En d’autres termes, l’efficacité promise par le conseil donnera le cap apte à soustraire l’école aux bricolages, aux approximations et aux approches biaisées. En effet, un organisme consultatif permet de faciliter la prise de décision tout en la déconcentrant sur plusieurs niveaux. De même, le travail sur un terme long offre la possibilité d’évaluer les différentes étapes et de rectifier le tir quand il le faut.
3-Le conseil a un devoir d’agrégation. Dès ses premiers pas, le Conseil supérieur de l’éducation et de l’enseignement a été appelé à intégrer des élèves, des étudiants, des enseignants, des chercheurs, des entrepreneurs ou des parents d’élèves. Cette demande coule de source et ne devrait pas tarder à être concrétisée. Loin d’être une quelconque tour d’ivoire, le conseil a, au contraire, un devoir d’agrégation, une vocation de hub appelé à passer au crible les idées, les projets et les analyses pour les insérer dans un élan national pensé sur le long terme. Cette capacité agrégative pésera lourd dans les bilans futurs d’une institution dont le but est d’abord de saisir, comprendre et expliquer les germes de la crise de l’école pour proposer les solutions les plus adéquates.
4-Quel plan d’action dans l’immédiat ? Le chantier qui attend le nouveau conseil est immense, lourd de nombreuses imbrications et d’une portée fondamentale pour l’avenir du pays. Par de nombreux aspects, l’école tunisienne nécessite une véritable refondation à l’aune des enjeux contemporains. Il serait vain de recenser les failles tant elles sont nombreuses et profondes. De fait, ce qui importe le plus aujourd’hui réside dans le calendrier opérationnel du conseil qui — en toute hypothèse — devra présenter son premier rapport annuel lors de la Journée du Savoir 2027.

 

Un exemple pertinent pour l’ensemble du service public 

Les questions cruciales sont des plus nombreuses dans le domaine de l’éducation et, à ce titre, il faudra pour le nouveau conseil établir des priorités décisives pour aspirer à de nouveaux équilibres. Évidemment, la question de l’infrastructure, celles de la qualité des programmes d’enseignement ou de la désaffection des élèves, sautent aux yeux et nécessitent des stratégies appropriées et des budgets importants.

De même, l’équation quasi insoluble de l’adéquation des formations au monde de l’emploi est dans tous les esprits tout comme celles de la promotion de la recherche scientifique et de la consolidation des pôles technologiques. Autre débat de fond qui sera incontournable, la place du système privé et sa vocation par rapport au public demeure une question lancinante pour les défenseurs d’une école universelle et gratuite.

Énumérer les différents points d’achoppement peut avoir son utilité documentaire. Cependant, il est tout aussi important de souligner que le Conseil supérieur de l’éducation et de l’enseignement propose une matrice initiale pour aborder d’autres domaines du service public notamment la Santé, le Transport ou l’Équipement. Parfois, une table de concertation pourrait suffire à ouvrir de nouveaux horizons alors que des organes plus importants sont de nature à engager des réformes de fond. Envisager d’élargir à d’autres domaines de premier plan les méthodes inclusives et l’association des compétences reconnues pourrait donner de nouvelles impulsions non négligeables. À l’heure où la Tunisie asseoit un plan de développement quinquennal, il importe en effet d’établir les bons diagnostics, délimiter harmonieusement les priorités et consulter le plus largement possible.

Au-delà, le Conseil supérieur de l’éducation et de l’enseignement devrait faire ses premiers pas, effectuer ses premières évaluations et convaincre l’opinion publique de la pertinence de sa démarche en attendant de découvrir les options qu’il préconise.

 


La Journée du savoir
Élaborer un système éducatif issu de la volonté du peuple

À l’occasion de la Journée du savoir, célébrée lundi 17 août 2026 au palais de Carthage, le président de la République a prononcé un discours dans lequel il a développé une approche inclusive de l’école. Cette réflexion réformiste va au-delà de la réforme des programmes et des conditions matérielles d’apprentissage. Dans ce discours prononcé lors de la cérémonie, Kaïs Saïed a également évoqué la possibilité de consacrer quelques minutes au début des cours pour informer les élèves des risques qui menacent la jeunesse et renforcer ainsi la prévention contre les drogues en milieu scolaire. Cette prévention s’inscrit dans une conception plus large de l’établissement scolaire qui ne doit pas se limiter à la transmission des cours et à l’acquisition des connaissances. De même, le chef de l’État a plaidé pour la création de clubs culturels consacrés notamment au cinéma, au théâtre, à la calligraphie et aux différentes formes d’expression artistique.

 

Visite présidentielle au siège du CSEE

Kaïs Saïed a en outre mis en exergue le lancement des travaux du Conseil supérieur de l’éducation et de l’enseignement, présenté comme une institution constitutionnelle appelée à préparer la réforme du secteur. Cette réforme devra, selon lui, reposer sur des critères objectifs, répondre aux choix des Tunisiens et rester à l’écart des « tiraillements politiques». Par ailleurs, le président de la République s’est rendu au siège du Conseil supérieur de l’éducation et de l’enseignement, à Tunis, à l’occasion de la séance inaugurale de cette nouvelle instance. Cette étape marque le début effectif des activités de ce conseil appelé à intervenir sur les grandes orientations du système éducatif, de la recherche scientifique et de la formation professionnelle. Kaïs Saïed a pris connaissance, lors de cette visite, des modalités de fonctionnement du Conseil ainsi que des conditions dans lesquelles ses activités commencent. Le président de la République a notamment exhorté les membres du conseil à travailler intensivement à l’élaboration d’un enseignement « national et démocratique » issu de la volonté du peuple tunisien.


Qui sont les membres du Conseil supérieur de l’éducation et de l’enseignement ?

Trois décrets présidentiels, publiés au Journal officiel de la République tunisienne du vendredi 14 août 2026, sont venus préciser la composition du Conseil supérieur de l’éducation et de l’enseignement, nommer son secrétaire général et fixer la date de sa séance inaugurale.

Mohamed Ali Boughdiri, ancien ministre de l’Éducation, a été nommé secrétaire général du Conseil supérieur de l’éducation et de l’enseignement selon le décret présidentiel n°2026-204 du 12 août 2026.

Le décret n°2026-203 du 12 août 2026 porte nomination des membres du Conseil supérieur de l’éducation et de l’enseignement qui sont : Tijani Gmati, Youssef Ben Othman, Chiraz Stambouli, Rim Laribi, Kamel Hnid, Mohamed Habib Allani et Mohamed Seifallah Ben Abderrazak.

Le troisième décret, n°2026-205, stipule que les membres du Conseil supérieur de l’éducation et de l’enseignement étaient convoqués pour tenir leur séance inaugurale lundi 17 août 2026.

 

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